‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 100 sur 179 · CALLOT · texte numérisé non relu

CALLOT

Jacques Callot, né à Nancy en i5q2, est issu d’une famille qui était fort considérée en Lorraine. Il était fils de Jean Callot, héraut d’armes de Lorraine et de Barois, et de Renée Brunehault, fille de Jacques Brunehault, médecin de Christine de Danemark, duchesse douairière de Lorraine. Ses parents le destinaient à l’état militaire, mais il était entraîné vers une autre direction par un penchant irrésistible. Il s’était lié de bonne heure avec trois jeunes gens

appelés tous les trois à devenir artistes. C’étaient Israël Henriet, Bellange et Claude de Ruet. Le père d’Israël Henriet était un peintre qui jouissait d’une certaine renommée à la cour des ducs de Lorraine, où il avait été appelé par Charles III, et qui, voulant pousser son fils dans la même carrière, l’envoya de bonne heure en Italie, où il eut pour compagnon Claude de Ruet. Tandis que Callot était resté à Nancy, ses camarades plus heureux étaient à Rome chez le Florentin Tempesta, où ils s’exercaient à peindre des batailles, des chasses et des sujets de fantaisie.

Callot conçut un morne chagrin de se voir obligé de vivre en homme de cour tandis que les autres se préparaient à devenir artistes. Les lettres de ses camarades parlaient avec enthousiasme de l’Italie. L’enfant ne put résister à son désir de visiter aussi la terre classique des aitS. Oubliant à la fois le chagrin qu’il allait causer à sa famille et les difficultés insurmontables contre lesquelles il aurait à lutter, Callot quitta à douze ans la maison de son père.

Sans argent, sans recommandations, et sans se rendre compte des distances, l’enfant prit la route d’Italie et se mit à marcher devant lui. Bientôt pourtant il ne sut plus comment continuer sa route, mais sa résolution n’en fut pas ébranlée. Ayant rencontré une troupe de bohémiens qui se rendait à Florence, il se joignit à eux, et pendant deux mois fit partie de leur bande.

Plus tard il a retracé dans quatre pièces charmantes les mœurs étranges de ses compagnons de voyage. La misère de ces gens qui ne possédaient, selon l’expression de l’artiste, « que des choses futures », leurs costumes bizarres, leurs maigres montures avaient vivement impressionné le jeune homme. On voit dans les gravures de Callot que l’industrie de « ces braves messagers » ne les enrichissait pas beaucoup, bien que, sous prétexte de bonne aventure, elle consistât principalement dans le vol et le pillage.

M. Arsène Houssaye décrit d’une façon piquante la Halte des bohémiens : « La troupe s’est arrêtée avec armes et bagages, dans un grenier à foin couvert de roseaux. Sur le premier plan, un homme à pied et une femme à cheval arrivent en traînards, avec grand renfort de butin : lapins, poulardes, agneaux et autres menues rapines. La femme va descendre de cheval ; avec ses cheveux épars, son collier de verroterie, sa draperie rayée, son sourire mutin, elle est agréable

Le Char du Soleil.

à voir. Un galant bien équipé lui offre gracieusement la main ; comme contraste, son compagnon d’aventures est bien le plus splendide coquin qu’on puisse imaginer : carabine, sabre, coutelas, rien ne lui manque. Le reste de la troupe est déjà installé à ce point que les cochons qui habitaient le rez-de-chaussée du grenier à foin ont pris la fuite dans leur panique : les pauvres bêtes n’avaient jamais vu si mauvaise compagnie. Leur fuite est plaisante; ils renversent tout sur leur passage, même les bohémiens. Devant l’habitation se pavanent avec leurs guenilles majestueuses et leurs coiffures pittoresques, les dignitaires de la bande : à la suite de ce groupe qui sent la canaille bien née se dresse une échelle où grimpent des enfants qui vont au grenier... »

Çette vie désordonnée semble n’avoir exercé aucune influence sur la moralité de Callot, qui ne vit dans les bohémiens que des figures plus pittoresques à dessiner que les autres, et s’empressa de les quitter dès qu’il arriva à Florence. « Sa gentillesse , dit M. Meaume, le fit bien accueillir par un officier du grand-duc qui, au récit de son escapade, prit intérêt à lui et le fit entrer dans l’atelier de Canta-Gallina, peintre, ingénieur et graveur, qui lui donna des leçons de dessin, et le fit aussi graver au burin. Pour détruire le goût déjà très-prononcé que Jacques Callot avait pour le grotesque, Gallina lui fit copier les bons ouvrages des grands maîtres. »

Au bout de quelque temps cependant, Callot avec l’inconstance naturelle à cet âge, quitta Florence pour aller à Rome, où étaient ses camarades. Il n’eut pas le temps de les voir, car, à peine arrivé, il fut reconnu par des marchands de Nancy qui l'emmenèrent avec eux malgré ses cris.

Reconduit chez ses parents, le jeune Callot dut reprendre le cours interrompu de ses études, et fut contraint d’abandonner les rêves qu’il avait cru un moment pouvoir réaliser. Cependant la persistance de ses résolutions fut plus forte que la volonté de ses parents, et il trouva moyen de s’échapper une seconde fois et même d’aller jusqu’à Turin. Mais sa mauvaise chance lui fit rencontrer en cette ville son frère aîné qui le prit de force, et l’obligea de reprendre le chemin de Nancy.

Callot continua néanmoins à vouloir être artiste, et, profitant du peu d'expérience qu’il avait acquise à Florence, il grava au burin une

LE XVIIe SIÈCLE»

copie d’un portrait de Charles III, duc de Lorraine. Son père, voyant la persistance des goûts du jeune homme qui avait alors seize ans, finit par se laisser fléchir ; seulement, voulant lui faire faire le voyage d'Italie en bonne compagnie, il profita d'une ambassade que le duc de Lorraine envoyait au Pape, pour placer son fils parmi les gens qui formaient la suite de l’ambassadeur.

Arrivé à Rome, Callot entra chez Tempesta, oti il retrouva ses deux anciens camarades, Israël Henriet et Claude de Ruet. Mais il quitta bientôt Tempesta pour se mettre sous la direction de Thomassin, graveur français établi à Rome. Thomassin n’était pas un homme

Fig. 169. — La Paresse.

sans talent, mais il faisait beaucoup d’ouvrages de pacotille et se faisait aider par des jeunes gens qu’il payait à la journée. Callot resta trois ans en apprentissage chez ce maître, qui était déjà vieux et avait une jeune femme dont il était fort jaloux.

Félibien dit simplement à ce sujet : « Il fut obligé de quitter son maître, qui eut quelque sujet de jalousie à cause de la familiarité, peut-être trop grande, que Callot, alors jeune et bien fait, avait avec sa femme. » M. Meaume ajoute : « On a brodé sur ce simple passage des aventures extraordinaires. Sous la plume des romanciers, Callot est devenu un Lovelace, un Saint-Preux, voire même un personnage du drame moderne. Parmi ces fictions, la plus ancienne en date se trouve dans un recueil intitulé Curiosités galantes, Amsterdam,

1687. Le conte dont notre artiste est le héros a pour titre : le Tableau parlant. »

Quoi qu’il en soit, Callot ne tarda pas à quitter Rome pour aller se fixer à Florence, où il fut fort bien accueilli par le grand-duc. C’est de ce second séjour à Florence que date véritablement le talent de l’artiste, qui jusque-là n’avait encore rien produit qui lui fût bien personnel.

Parmi les pièces qui furent remarquées à son début, il faut noter celles qui furent gravées à l’occasion des fêtes données au duc d’Urbin pendant le carnaval de 1 6 1 5 (fig. 168). La mythologie et les personnages allégoriques prirent sous la pointe de l’artiste un caractère tout à fait piquant, et sa manière de graver montre dans l’exécution même un talent déjà très-personnel.

On lit dans Félibien : « Ce fut après avoir considéré le pavé du dôme de Sienne, fait par Duccio, que Callot se proposa de ne faire qu’un seul trait pour graver les figures, grossissant plus ou moins les traits avec l’aiguille ou l’échoppe, sans se servir de hachures, voyant que dans les petites choses, cela faisait un bon effet et les rendait avec plus de netteté. En quoi il a été imité depuis, non-seulement dans de petites figures et par des graveurs à l’eau-forte, mais dans de grandes ordonnances, et par des graveurs au burin. »

La manière de l’artiste est encore plus caractérisée dans les sept péchés capitaux, suite de figures allégoriques se détachant sur des fonds entièrement blancs. L’orgueil est caractérisé par une femme richement vêtue qui se regarde dans un miroir à côté d’un paon qui fait la roue, la paresse par une femme assise à côté d’un âne (fig. 169), la gourmandise par une femme accompagnée d’un pourceau et tenant en main une bouteille, etc.

Une autre suite, qui est extrêmement populaire et traduit bien l’esprit grotesque et enjoué de Callot dans sa jeunesse, est celle qui a pour titre Balli ou Curucucu. Elle se compose de vingt-quatre pièces, représentant des personnages de la comédie italienne, figurés deux à deux et dans des attitudes bouffonnes. Le nom de chaque personnage est indiqué au bas et leurs attitudes nous fournissent les documents les plus curieux sur les amusements populaires des Florentins au xviie siècle (fig. 170 à 177).

L’artiste met en scène tantôt une femme avec un homme, tantôt

LE XVII' SIECLE

deux hommes ensemble. Des conversations, des danses, des combats, des déclarations amoureuses, sont représentés par une pantomime vive et accentuée où la musique joue d’ailleurs un grand rôle.

Fig. 170. — Cerimonia et Lavinia.

Tous nos matamores de théâtre, nos saltimbanques des foires, nos danseurs de tréteaux peuvent apprendre dans les jolies eaux-fortes de Callot comment on se grime , comment on se pourfend sans se faire du mal, comment on se contourne sans se briser les os et surtout

comment on amuse la galerie. Les Italiens sont passés maîtres dans ce genre de spectacle, qui exige avant tout la souplesse dans les membres et la mobilité dans le jeu. Lhie grande partie des larces de

nos jocrisses de village a son origine en Italie, où ce genre de comédie en plein air a été particulièrement populaire au xvne siècle.

L’Italie a toujours le don de séduire les artistes, seulement cha-

Fig. 172. — Scaramucia et Fricasso.

cun d’eux y voit une chose différente selon son tempérament propre. Il est certain que Callot a vu, comme les autres, les bas-reliefs et les grandes fresques de la Renaissance, et il est probable qu’il en a été frappé. S’il ne s’en est pas inspiré, c’est qu’il avait en lui une origina-

Fig. 173. — Scapino et Zcrbino.

lité propre, plus puissante que l’admiration, et que la nature lui paraissait une source féconde où l’artiste peut toujours puiser.

Il est certain que Callot, pendant son séjour à Rome, a dessiné

LE XVIIe SIÈCLE.

toutes les ruines qu’il a rencontrées, et il les a même utilisées dans ses compositions toutes les lois qu’il en a trouvé l’occasion. On en

Fig. 17+. — Fràcischina et Gian Farina.

voit la preuve dans son Saint Sébastien dont le musée du Louvre possède le dessin original.

La scène se passe près des ruines d’un amphithéâtre. Un peuple

Fig. 175. — Lucia et Trastullo.

immense est rassemblé sur une vaste place au milieu de laquelle le saint est attaché à un poteau, tandis que les archers décochent contre lui leurs flèches.

Aucun artiste dans aucun temps n’a su exprimer comme Callot le frémissement de la foule.

La grande foire de Florence, qui se passait à la fête de Saint-

Fig. 176. — Franca Trippa et lritclhno.

Luc, devant l’église de l’Imprunetta, où il y avait une image de la Vierge attribuée à saint Luc lui-même, a inspiré à Callot une de ses estampes les plus recherchées.

A Dropos de cette pièce, Baldinucci rapporte l’anecdote suivante : « J’ai connu dans mon enfance le docteur Cicognini. C’était un ami intime de Callot dont il vantait souvent le génie inventif. Sa mer-

Fig. 1 77. — Taglia Cantoni et Fracasso.

veilleuse facilité de conception, disait-il, était égale à l'habileté de sa main. Souvent, après avoir tiré l’épreuve d’une eau-forte, il découvrait qu’un groupe de petites figures remplissait bien un espace vide,

et soudain il se mettait à le graver du premier jet. Je lui ai vu plusieurs fois exécuter devant moi ce tour de force, et entre autres sur la magnifique planche qui représente la Foire de l'Imprunetta. »

Callot est le dessinateur des multitudes ; sur ses planches si petites, il sait mettre en scène tout un peuple. C’est ce qui lui a permis de traiter avec une très-grande supériorité des sujets compliqués comme le Passage de la mer Rouge. Moïse tenant une baguette est au premier plan à côté d’Aaron, et le peuple de Dieu, qui vient de

Fig. 17p. — Les yeux, fac-similé d’une gravure de Callot.

traverser, emporte l’arche et gravit la montagne. Au fond, l’armée de Pharaon poursuit les Israélites et va être engloutie par une vague immense qui s’élève sur l’ordre du prophète.

Cette planche a été gravée à Nancy, où l’artiste était retourné après un séjour de plusieurs années en Italie. La jolie série des Nobles et celle des Gueux se rattachent à la même époque. Callot était alors au comble de la gloire; il se maria en 1625, et fut appelé peu de temps après dans les Pays-Bas pour graver la Prise de Bréda. Pendant son séjour à Bruxelles, il connut Van Dyck qui fit, d’après lui, un admirable portrait reproduit dans une gravure de Vostermann.

Après avoir gravé les six pièces relatives au siège de Bréda, Callot fut chargé d’organiser à Nancy un grand carrousel dont le duc de Lorraine devait être le héros. Cette fête était une galanterie du duc de Lorraine à la duchesse de Chevreuse, qui s’était réfugiée dans ses États après ses querelles avec le cardinal de Richelieu.

Ces fêtes nous ont valu les deux superbes planches connues sous le nom de la Carrière et le Parterre. Callot fit à la duchesse de Chevreuse une dédicace qui mérite d’ètre rapportée :

Madame,

Cette Royale Maison, à qui Monseigneur vostre Mary doibt la gloire de son Sang, a de tout temps accoustumé de passer les heures du loisir en des exercices que la vertu ne peut désavouer. C’est pourquoi son Altesse, continuant les nobles coustumes de celles de ses ancêtres, a voulu, par sa propre personne, en l’année présente, sous des feintes utiles, animer les images de la vérité. A cet effet, m'ayant honore par son commandement, du soing des Machines arec le sieur de Ruet, de qui le pinceau, par son rare artifice, donne chaque jour des leçons au naturel ; elles n’ont pas esté trouuees du tout différentes de ses intentions. Mais, afin que ses gestes héroïques, qui seront à jamais présents à ceux qui les ont admirés, puissent approcher le sens des plus esloignez, je tasche d'en faire vivre les figures par mes crayons, en recherchant pour elles le jour de celle qui le donne. C’est vous, Madame, que la France ayant reconnue pour la lumière des perfections, estes venue recevoir le même suffrage de nos yeux, de nos voix et de nos cœurs. Nous confessons, belle Princesse, que la Lorraine ne vit jamais tant de beautez, en cela tant plus glorieuses qu’elles ne sont pas estrangères. Madame, c’est icy le Ciel où vostre Soleil doit naturellement reluire pour s’estre joinct à ce grand Mars qui relève de lui son origine. Je sais que vostre esprit et vostre corps estant les plus signalez miracles du Ciel et de la Nature, ne se peuvent plaire qu’en des entretiens qui respondent à leurs qualitez. Mais, si tant de belles actions illustrées par les rayons de votre présence, se sont rendues agréables à vos yeux, je me suis flatté de cette créance que les idées en seraient encore douces à vostre bel esprit. Je les offre votre Grandeur, Madame, avec la mesme révérence qui nous oblige au respect des Divinités, de qui les effigies sont vivantes en celles de vostre rang. Et, comme leurs célestes qualités sont naïvement représentées par les vostres, j’attends de vous la même grâce qu’elles font à ceux qui s’approchent de leurs autels, l’offrande et le cœur à la main, vous suppliant en toute humilité d’authoriser ma dévotion. La faveur en sera plus grande que le mérite, si, en les honorant du mesme œil que vostre douceur daigne jetter sur les oblations qui luy sont faites, vous me permettez de me dire éternellement,

Madame,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Jacque Callot.

La Rochelle venait de succomber sous les coups du cardina. de Richelieu. Callot fut appelé à Paris pour faire un travail semblable à celui qu’il avait exécuté à propos de la prise de Bréda dans la guerre des Pays-Bas. 11 retrouva à Paris son ami d’enfance, Israël Henriet, qui était également graveur et, de plus, marchand d'estampes. Callot exécuta pour lui divers ouvrages, entre autres des vues de Paris, et Israël devint bientôt l’éditeur de toutes les planches de son ami.

Après une année de séjour à Paris, Callot revint à Nancy. Une contestation s’étant élevée peu après entre le roi de France et le duc de Lorraine, Louis XIII vint assiéger Nancy, dont le cardinal de Richelieu lui ht ouvrir les portes par ruse. Il faut, à ce sujet, signaler un trait qui fait le plus grand honneur au caractère de Callot.

« Le roi, dit Fèlibien, ayant assiégé et réduit à son obéissance la ville de Nancy en r 633 , envoya quérir Callot, et lui proposa de représenter cette nouvelle conquête, comme il avait fait la prise de la Rochelle ; mais Callot pria sa Majesté, avec beaucoup de respect, de vouloir l'en dispenser, parce qu’il était Lorrain et qu’il ne croyait devoir rien faire contre l’honneur de son prince et contre son pays. Le roi reçut son excuse en disant que le duc de Lorraine était bien heureux d’avoir des sujets si fidèles et si affectionnés. Quelques courtisans, n’approuvant pas le refus qu’il avait fait, dirent assez haut qu’il fallait l’obliger d’obéir aux volontés de Sa Majesté; ce que Callot ayant entendu, il répondit aussitôt avec beaucoup de courage qu’il se couperait plutôt le pouce que de faire quelque chose contre son honneur si on voulait le contraindre. »

Callot composa, à l’occasion de la guerre dont il avait été témoin, la série de gravures connue sous le nom de Misères de la guerre. Sa santé commençait à péricliter et il avait l'intention d’aller chercher à Florence un climat plus doux, mais il n’en eut pas la force et succomba dans sa quarante-troisième année en i635.

La fantaisie et souvent aussi la verve satirique dominent dans la plupart de ses ouvrages. Mais s’il a fait des diableries étranges comme la Tentation de saint Antoine, s’il a cédé à des caprices quelquefois bizarres quoique toujours amusants, il a abordé aussi les sujets religieux, et les a traités, sinon avec une grande élévation de style, du moins avec une mise en scène toujours piquante et variée,

On a beaucoup débattu la question de savoir si Callot avait peint. M. Meaume paraît en douter. « Ce qui a fait attribuer à Callot les tableaux qu’on voit à Rome, à Florence, à Venise, à Munich et à Nancy, c’est que presque toutes sont des imitations des gravures qu’il a faites. Cela ne prouve rien autre chose, sinon que la réputation de l’artiste était telle, que des peintres, plus ou moins habiles, n’ont pas hésité à fixer sur la toile ses compositions gravées. C’est peut-être ia seule fois que les rôles auront été intervertis, et ce nouveau genre de gloire était réservé à l’illustre Lorrain. Le fait n’en est pas moins certain, et l’on- ne fera jamais croire à personne que Callot ait pu peindre en Italie, et dans le goût de l’école italienne, la série de douze tableaux qu’on montre au palais Corsini, et que Nibbi appelle la vie du soldat en les attribuant à notre maître. On a vu que les gravures originales ont été inspirées à Callot lors de l’invasion de la Lorraine, quinze ou dix-huit mois avant sa mort; les tableaux n’ont donc pu être exécutés en Italie. »

Aux raisons fournies par l’érudition, nous croyons pouvoir en ajouter une autre pour rejeter l’idée que Callot soit l’auteur des tableaux qu’on lui attribue; c’est qu’ils ne sont pas bons. Le grand artiste a été inimitable comme graveur et comme compositeur ; sa place est au premier rang, et la question de savoir s’il a tenu ou non un pinceau ne peut rien ajouter ni rien ôter à sa gloire.

BELLANG E

Bellange, dont le nom est oublié aujourd’hui, a été très-célèbre en Lorraine. Contemporain de Simon Vouet, il a été assimilé de son vivant aux plus grands artistes de cette époque et il est plus facile de constater sa réputation que de l’expliquer par ses travaux. Compositeur bizarre, Bellange, bien qu’ayant toujours fait de la peinture décorative, n'a jamais pu s’élever au style monumental. Parmi les ouvrages qui lui sont attribués à Nancy, le meilleur assurément est le tableau qui est connu sous le nom à' Assomption des Minimes et qui se voit à la cathédrale. On voit au bas le duc Charles III avec les princes

LE XVIIe SIÈCLE.

et princesses de sa famille, et autour de la toile, des médaillons représentant les mystères du Rosaire. Toutefois l’attribution de cette peinture a été contestée par le savant archiviste de Nancy, M. Henri Lepage : « Cette assomption, dit-il, est généralement attribuée à Jacques Bellange ; mais tout nous porte à croire que son véritable auteur est Jean de Wayembourg, qui fut peintre de Charles III, de 1592 à 1602. »

Bellange a fait des gravures qui ne sont pas dépourvues de mérite.

DERUET

laude Deruet ou Dervet est né à Nancy en 1 588 ; il étudia

V— > d’abord sous Israël Henriet et partit de bonne heure pour Lltalie, où il retrouva son compatriote Callot. En 1621, on le retrouve à Nancy, où il est directeur des fêtes du duc Henri II de Lorraine, et en 1626, il était dans la même ville occupé à décorer la voûte de l’église des Carmes. C’est à cette époque que Deruet occupa Claude Lorrain, qui avait alors vingt-six ans, à peindre l’architecture dans ses compositions. On sait que Claude Lorrain, ayant vu un doreur tomber de l’échafaudage où ils étaient ensemble, fut dégoûté de ce travail, et renonça à la décoration pour retourner en Italie.

11 existe au musée d’Orléans quatre tableaux de Deruet, qui pro- - viennent du château de Richelieu ; on prétend que les paysages de ces tableaux ont été peints par Claude Lorrain. Le fait est peu probable attendu que ces tableaux portent la date en 1641, et qu’à cette époque Claude Lorrain habitait depuis longtemps l’Italie. Toutefois il paraît certain que ces paysages, dont le faire est d’ailleurs très-inégal, ne sont pas de la main de Deruet qui a peint seulement les figures. Au reste, on se demande comment le cardinal de Richelieu a pu confier la décoration de son château à un peintre aussi médiocre que Deruet. Il est probable que ce choix a été de sa part un simple acte de courtisan, car Deruet, fut appelé à Paris pour être professeur de dessin de Louis XIII, conjointement avec Simon Vouet, et il paraît qu’il plaisait

L’A R T EN oA LS ACE - LORRAINE.

singulièrement au roi. Louis XIII a même dessiné un portrait de Deruet, à l’occasion duquel on a fait les vers suivants :

On sait à quelle gloire Apelle osa prétendre Par ce fameux portrait que laissa d’Alexandre, Son pinceau dans la Grèce autrefois adoré; Mais quoi qu’on ait écrit, je prise davantage Cet illustre crayon, où, par un rare ouvrage, Des mains d’un Alexandre un Apelle est tiré.

On a fait beaucoup de bruit à propos d’une querelle que Deruet aurait eue avec Cal lot, mais M. Meaume a montré l’exagération des récits qu’on avait faits sur ce sujet. Deruet, qui a été anobli en 1621 par le duc de Lorraine, est un artiste complètement oublié aujourd’hui et dont les ouvrages sont d’ailleurs fort rares.

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