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LES CHÈVRES, DESSIN DE CLAUDE LORRAIN

LE XVIIe SIECLE.

et chez lequel il demeura plusieurs années. Mais il n’a jamais été, comme on l’a dit, le domestique d’Agostino Tassi; cette fable vient de ce que Claude a dû, comme cela se faisait toujours à cette époque, se conformer à toutes les conditions imposées à l’apprentissage. Il a cela de commun avec tous les artistes qui ont fait leurs études avant l’établissement des académies et des grandes écoles publiques.

En 1625, Claude revint à Nancy et prit de l’occupation chez Deruet, qui l’employa à peindre l’architecture dans sa décoration de l’église des Carmélites. Un accident arrivé à un doreur qui tomba

Fig. 1Ü3. — Le Bouvier, par Claude Lorrain.

de son échafaudage le dégoûta, dit-on, de la décoration. Ce qui est sûr, c’est qu’il resta peu de temps dans sa ville natale et retourna bientôt en Italie.

En 1627, Claude était établi à Rome, et deux tableaux exécutés par lui pour le cardinal de Bentivoglio eurent un tel succès que le pape Urbain VIII se déclara son protecteur. Il se lia avec le Poussin, et ces deux grands maîtres vécurent de longues années dans l’intimité, sans toutefois exercer une bien grande influence l’un sur l’autre. Le Poussin est le peintre du raisonnement et de la réflexion : Claude Lorrain n’a jamais traduit que des impressions, « Les tableaux de ce

grand maître, dit l’historien Lanzi, embrassent des campagnes immenses, peuplées de mille objets différents. Le spectateur se lasse, pour ainsi dire, dans l'étude des collines, des bois, des étangs qu'il lui fait parcourir. L’éclat du soleil resplendissant dans les deux ou sur les eaux; les vapeurs ardentes et dorées dont est chargé l’horizon au coucher de cet astre ; le demi-jour et la fraîcheur du matin ; les tons roussâtres dont brille, vers le fond d’un paysage, un temple circulaire frappé par des rayons inclinés; la transparence d’un lac; la forme et le coloris particulier du feuillage de chaque arbre et de chaque plante, quel artiste imita jamais ces objets avec autant d’habileté ? » Deux traits caractéristiques distinguent les ouvrages de Claude

Fig, 184. — Une ruine, par Clattie Lorrain.

Lorrain, l'heureuse disposition des lignes et l’harmonie exquise des teintes. Contrairement aux habitudes de nos paysagistes modernes, Claude Lorrain ne peignait presque jamais d’après nature, mais il dessinait beaucoup dans la campagne et exécutait ensuite ses tableaux d’après un mode déterminé. Ses tableaux représentent quelquefois un site qu’il a vu, mais bien plus souvent une scène qu’il a arrangée. L’architecture et les navires y jouent un grand rôle, car il est peintre de marines et de monuments autant que paysagiste.

Presque tous les grands musées possèdent des ouvrages de lui; il y a au Louvre deux tableaux de Claude Gellée, le Siège de la Rochelle , en 1628, et le Pas de Sit{e forcé par Louis XIII en 162g, dont les figures ont passé pour être de Callot. La notice du Louvre,

Croquis au lavis, pur Claude Lorrain.

publiée en 1841, l’affirme, et Robert Dumesnil lui-même parait l’accepter. Le Catalogue de 1820 attribuait ces deux tableaux, non à Claude Gellée, mais à J. Courtois, et Villot, dans les dernières notices, laisse les tableaux à Claude Gellée, mais donne les figures à Courtois. M. Meaume conteste absolument les figures à Callot, et personne n’est plus que lui autorisé à trancher une pareille question.

Outre ses tableaux, Claude Lorrain a fait une immense quantité de dessins et des gravures à l’eau-forte très-recherchées. Il a réuni ses

Fig. 1 86. — La danse au bord de l’eau, par Claude Lorrain.

principales compositions dans une série de dessins, qui est connu sous le nom de Livre de vérité, et avait, dit-on, pour but d’empècher les contrefaçons de ses ouvrages déjà très-nombreuses de son vivant.

Claude Lorrain est mort à quatre-vingt-deux ans : il a eu un trèsgrand nombre d’imitateurs, mais il n’a formé en somme qu’un trèspetit nombre d’élèves, et il demeure dans l’histoire de l’art comme une figure en quelque sorte isolée, et, en tout cas, profondément originale.

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