HOUZEAU
Jacques Houzeau, né à Bar-le-Duc en 1624, appartient au groupe trop oublié des sculpteurs qui décorèrent le parc de Versailles. On ne sait rien sur lui, sinon qu’il épousa la fille du sculpteur Le Hongre, et reçut, en 1 663, le brevet de sculpteur du roi « en considération de la capacité qu’il a montrée dans les belles ouvrages qu'il a faites (sic) aux bâtiments de Sa Majesté et ailleurs. »
Houzeau a exécuté pour le château de Versailles les statues de de Thalie, Terpsichore, Mornus et le dieu Pan. Dans le jardin, il a été chargé de rendre un tempérament, le Colérique, et l’a
LE XVir SIECLE.
représenté sous la figure d’un homme furieux, et accompagné d’un lion qui lui sert de symbole. Mais c’est surtout dans ses vases, torchères et dans ses groupes d’animaux que Houzeau a montré un talent supérieur. Le Tigre terrassant un ours et le Limier abattant un cerf, qui ont été fondas en bronze par Relier, sont des ouvrages
Fig. 193. — Limier abattant un Cerf, groupe de Houzeau. (Parc de Versailles.)
tout à fait remarquables. Houzeau a également travaillé au bassin de Latone, au bosquet de la salle de Bal, etc. : cet artiste, dont les ouvrages sont beaucoup plus connus que le nom, est mort en 1691.
BERAIN
Jean B er a in, né à Saint-Mihiel en 1 638, fut nommé, en 1674, dessinateur de la chambre et du cabinet du roi « en conséquence, dit le brevet, de l’expérience qu’il s’est acquise dans la perspective et
les autres parties de la peinture ». Cette charge lui imposait le devoir de composer et exécuter « toutes sortes de dessins, perspectives, figures et habits qu’il conviendrait faire pour les comédies, ballets, courses de bagues et carrousels ». En cette qualité, il occupa quelques années plus tard le logement laissé vacant au Louvre par son compatriote Israël Sylvestre.
On n’a pas de renseignements sur l’éducation de Berain ; on le croit pourtant élève de Gissey, qui avait porté avant lui le titre de dessinateur
Fig. 19.J,. — Panneaux décoratifs par Berain.
de la chambre du roi. Mais il est présumable qu’il reçut également des conseils de Lebrun, qui fut son grand ami et le parrain de sa petite fille. On ne connaît d’ailleurs aucun détail sur la biographie de cet artiste; on sait seulement qu’il eut un frère, Claude Berain, qui se distingua comme graveur, et un fils, appelé Jean Berain comme son père, et comme lui aussi dessinateur d’un grand talent.
Jal, dans son savant Dictionnaire, se plaint de la confusion qu’on
Fig. 195. — Grand trumeau de la galerie d’Apollon par Berain.
fait souvent entre le père et le fils : ce La signature tremblante et mal conformée de Jean Berain le père, en 1707, dit-il, m’avertit qu’à cette époque et probablement déjà quelques années auparavant, le dessinateur fin et précieux, le graveur à la main légère et délicate, ne pouvait plus travailler de la main ni du crayon; je crois donc qu’il faut rendre à Jean II les ornements de la galerie d’Apollon et du château du Louvre, attribués à Jean Ier et gravés en 1717 et 1711 par
Fig. 196. — Panneaux décoratifs par Berain.
Berain et Chauveau. Il y a bien d’autres pièces encore qu’on devra restituer à Berain le fils, dont la manière et le style sont de tout point semblables à ceux de son père. »
Il est fort difficile, en somme, de discerner les œuvres du père et celles du fils, puisqu’ils ont fait le même genre et rempli les mêmes fonctions, mais la distinction qu’on en pourrait faire ne présente au point de vue de l’art qu’un intérêt assez secondaire. Le nom de Berain
Fig. 197. — Panneaux
décoratifs par Berain.
sera toujours populaire parmi les artistes qui travaillent pour l’industrie, parce qu’il rappelle à leur souvenir de charmants panneaux décoratifs, auxquels ils ont souvent recours quand ils veulent faire du style Louis XIV. Berain n’a pourtant pas l’ampleur et l’originalité de Lepautre, avec lequel il présente du reste une certaine analogie.
Les tapisseries exécutées sur les dessins de Berain sont parfaitement entendues sous le rapport décoratif, et c’est surtout sous cet aspect que son nom est demeuré populaire. Il a été, après la mort de Lebrun, chargé de la décoration extérieure des vaisseaux du roi en compagnie de Caffieri et a composé plusieurs modèles d’une tournure superbe.
Néanmoins, c’est comme ordonnateur des fêtes et ballets que Berain a dû la grande réputation dont il a joui de son vivant. « Jamais, dit Mariette, il n’y eut de décorations de théâtre mieux entendues, ni d’habits plus riches et d’un meilleur goût que ceux dont il a donné les dessins pendant qu’il a été employé pour l’Opéra de Paris, c’est-àdire pendant presque toute sa vie. »
Cependant, si nous classons Berain parmi les maîtres de l’ornement, nous ne partageons nullement l’admiration de ses contemporains pour les costumes qu’il a dessinés. L’esprit positif de notre siècle ne nous permet plus d’admettre ses étranges déguisements mythologiques et ses anachronismes bizarres, qu’il rachète d’ailleurs toujours par la grâce du décor.
C'est au milieu d’une riche colonnade fermée par des berceaux en treillage que l’artiste nous montre Vénus, Diane et Junon, servies à table par des Amours, tandis que des nymphes dansent en ronde parmi les fontaines jaillissantes. Comme la scène représente un Repas clie\ Vénus, nous admettrons pour un moment l’absence presque complète de vêtements qui distingue les personnages. Mais voici maintenant Alceste qu’Hercule, victorieux de la mort, ramène à Admète. Alceste, avec sa coiffure toute chargée de plumes; Admète, avec ses genouillères à crevés, et l’orchestre, dans lequel on remarque une viole et un tambour de basque forment le plus singulier effet, pour peu qu’on se reporte à la tragédie antique.
L’ingéniosité de l’artiste frise même le mauvais goût quand il veut composer des costumes allégoriques. La Musique par exemple est un composé de luths et de violons, l’Architecture a un chapiteau
LE XVIIe SIECLE.
corinthien sur la tète, des manchettes en cannelures de colonnes et des triglyphes sur sa culotte; la Sculpture a la jupe et les épaules garnis de masques, avec des volutes et des enroulements sur toute sa personne.
Quelques reproches qu’on puisse faire à Berain, il eut un rare mérite, celui de personnifier absolument les goûts et les aspirations de son temps, et quand on n’a pas un peu étudié son œuvre, on ne connaît qu’ imparfaitement le xvne siècle.
Jean Berain le père est mort en 1711; son fils, qui était né en 1674, a vécu jusqu’en 1726.