‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 108 sur 179 · LE CLERC · texte numérisé non relu

LE CLERC

Sébastien Le Clerc, né à Metz en 1 637, est un des plus grands artistes dont s’honorent les contrées dont nous nous occupons. A l’age de douze ans, il dessinait déjà et il donnait des leçons à des

Fig. 198. — Costumes par Sebastien Le Clerc.

dames que sa vivacité amusait beaucoup. « 11 était si faible et si fluet, dit Mariette, que l’hyver il avait des engelures et ne pouvait marcher, et que les dames qui voulaient l’employer étaient obligées d’envoyer un valet pour l’emporter entre ses bras. C’est à peu près en ce temps-là qu’i.1 a fait les figures de Nations dessinées à la main qui sont dans

LE XVIIU SIECLE.

son recueil et il s’en servait comme de modèles qu’il donnait à ceux qu’il instruisait. A vingt-deux ou vingt-trois ans, il fut reçu ingénieur géographe de M. de la Ferté; mais n’ayant pas pu y rester à cause de sa délicatesse, il fut obligé de se remettre à la gravure. C’est de lui-même que je sais cela... »

Sébastien Le Clerc, dit encore Mariette, était sage et réglé dans ses compositions, et quoique le petit genre qu’il avait embrassé l’engageât souvent à introduire dans un même sujet une multitude innombrable de figures, il n’en était ni moins exact ni moins correct; il faisait des études séparées pour chaque figure; il en variait les attitudes et les drapait avec beaucoup de grâce et de goût; il ornait son sujet de fonds agréables, tantôt de paysage, tantôt d’architecture,

où les règles de la perspective, qu’il possédait parfaitement, étaient scrupuleusement observées. Enfin il prenait pour le plus petit morceau les mêmes précautions que le peintre le plus jaloux de sa réputation aurait eues pour un grand tableau. 11 n’était pas moins curieux de l’exécution de la gravure que du dessin et terminait ses planches avec

un soin infini, ce qui fait qu’elles plaisent si fort à la première vue. Sa pointe et son burin sont d’une netteté merveilleuse; son génie, naturellement mécanique, lui avait fait imaginer une nouvelle façon de donner l’eau-forte à ses planches. Tant d’attention lui devait emporter beaucoup de temps; mais l’amour du travail et son extrême assiduité suppléaient à tout, et l’on n’a presque point vu de graveur produire un aussi grand nombre d’ouvrages différents. Rien ne pouvait l’arracher de son cabinet; la compagnie des personnes savantes, qui se faisaient un plaisir de le visiter, ne lui faisait pas même abandonner son ouvrage, et c’est dans ces conversations savantes qu’il faisait consister son unique plaisir. »

Sébastien Le Clerc a fait un nombre considérable de gravures,

Fig. 200. — Costume par Sébastien Le Clerc.

traéitées avec une très-grande liberté comme exécution, mais toujours charmantes de tournure et d’une grande précision comme dessin. 11 a reproduit des compositions de Charles Lebrun, dont il était l’ami, mais lorsqu’il veut copier il est bien moins fort que lorsqu’il compose luimême ses gravures.

Le peintre Dandré Bardon, qui fut au dernier siècle professeur à

LE XVIIe SIECLE.

l 'Académie royale de peinture et sculpture, a fort bien apprécié le talent de Sébastien Le Clerc. « Le Clerc, dit-il, s’est autant distingué par la fécondité et la noblesse de son style que par l’esprit et la netteté qu’il mettait dans tous ses ouvrages. On y sent qu’une eau-forte trèsavancée n’a laissé à faire au burin que ce qui doit rendre la pointe plus agréable et plus précieuse. Economie et variété de travaux, tailles simples, courtes, méplates et serrées avec intelligence, aimable irrégularité, suppression générale de ces points qui, dans le petit, détruisent l’effet et nuisent au goût, facilité de manœuvre, touche délicate et

Fig. 201. — Costume par Sébastien Leclerc.

moelleuse : tel est le style de Le Clerc. Son entrée d’Alexandre dans Babylone, l’Académie des sciences, les figures de la Bible, l’élévation des pierres du fronton du Louvre, toutes ses œuvres enfin présentent des compositions plus grandes que le cuivre où elles sont tracées. Dans sa belle manière de les rendre, l’artiste ne le cède en rien à celle de les concevoir. »

Page 1