‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 113 sur 179 · ADAM · texte numérisé non relu

ADAM

La famille des Adam a une importance considérable dans l’histoire de l’art lorrain. Jacob-Sigisbert Adam, né à Nancy en 1670, a été le père de trois sculpteurs célèbres. 11 était lui-même élève de Bagard,

Fig. 205. — Saint Christophe, statuette par Adam.

et s’est fait connaître par des statuettes en terre cuite et en bois. Quoiqu’il soit moins connu que ses fils, il n’était pas sans mérite et c’est à lui qu’il faut attribuer la plupart des petits ouvrages que les amateurs désignent sous le nom de Adam tout court, et qui se trouvent dans un grand nombre de collections. 11 y en avait plusieurs à l’Exposition rétrospective de Nancy en 1875, et on a beaucoup remarqué

LE XVIIIe SIECLE.

entre autres un Saint Christophe appartenant à M'"e de Haldat. Adam le père est mort à Paris en 1747.

Lambert-Sigisbert Adam, né à Nancy en 1700, est celui de la famille qui a acquis le plus de célébrité. Venu à Paris en 1719, il obtint le grand prix quatre ans plus tard, et partit pour Rome, où il demeura dix ans. Un concours ayant été ouvert en cette ville, pour la Fontaine de Trévi, Adam l’emporta sur les seize concurrents qui avaient envoyé un projet. Mais les Romains se plaignirent amèrement qu’un étranger fût préféré aux nationaux, et le pape, cédant aux vœux de ses sujets, abandonna momentanément son projet. Pour dédommager Adam, on lui commanda divers travaux dans l’église de Saint-Jeande-Latran, où il fit entre autres un bas-relief représentant la Vierge apparaissant à saint André Corsini, pour l’engager à accepter l’épiscopat qu’il venait de refuser.

Lambert-Sigisbert Adam fut admis membre de l’académie de Saint-Luc en 1732, et sa réputation était déjà très-bien établie à Rome,

Fig. 206. — Neptune et Amphitrite, par L.-S. Adam.

lorsqu’il revint à Paris, où l’appelaient d’importants travaux. Il fit en efFet pour le parc de Grosbois près Paris un groupe de onze pieds de haut représentant un chasseur qui prend un lion, et pour la résidence de Choisi, deux figures en marbre représentant la Chasse et la Pèche. Ces deux statues, envoyées depuis en présent au roi de Prusse, allèrent décorer les jardins de Sans-Souci.

Lambert-Sigisbert Adam fut reçu à l’académie royale avec un Neptune calmant les flots qui se voit au Louvre. Il est l’auteur du groupe de la jonction de la Seine et de la Marne qui forme le couronnement de la grande cascade de Saint-Cloud ; mais son meilleur ouvrage assurément est le fameux groupe de Neptune et Amphitrite placé au fond du bassin de Neptune à Versailles. C’est un des plus vaillants morceaux que la sculpture décorative ait produits en France. Neptune est assis dans une grande conque et tient son trident. Amphitrite est à sa gauche ; des naïades et des tritons forment le cortège du dieu des mers. Lambert-Sigisbert Adam, qui est mort en 175g, était

Fig. 207. — Le Supplice de Prométhée, par Sébastien Adam (Musée du Louvre).

dans la plus vigoureuse époque de son talent lorsqu’il a sculpté ce groupe en 1740.

Nicolas -Sébastien Adam, frère de *Sigisbert, est né à Nancy, en 1705. Après avoir fait ses premières études avec son père, il vint se perfectionner à Paris, puis alla rejoindre son frère à Rome. Le Pro-

LE .XVIIIe SIECLE.

méthée qui est au musée du Louvre a été son morceau de réception à l’Académie royale. Mariette désigne comme le meilleur ouvrage de cet artiste le bas-relief qu’il a exécuté pour la chapelle de Versailles et qui représente le martyre de sainte Victoire. Mais Mariette ne connaissait probablement pas le mausolée de la reine de Pologne, qui est de

beaucoup supérieur à tout ce qu’a fait Sébastien Adam. La reine Opalinska, agenouillée, regarde le ciel qu’un ange lui montre du doigt. Le groupe est en marbre blanc et repose sur le mausolée qui est en marbre noir, et sur lequel sont sculptés deux jolis bas-reliefs en médaillons représentant la Foi et la Charité. Le tombeau de la reine de

Pologne est dans l’église de Bon-Secours, près Nancy, à côté de celui du roi Stanislas, son époux.

Gaspard Adam, le frère des deux artistes précédents, né à Nancy en 1710, fut également pensionnaire de l’Académie de France à Rome, mais, appelé par le roi de Prusse à Berlin, il a travaillé toute sa vie à l’étranger et ses ouvrages sont à peu près inconnus en France.

On montre encore à Nancy la maison habitée par les Adam; la façade est entièrement décorée de leurs ouvrages. On a beaucoup reproché aux Adam leurs attitudes maniérées et la tournure forcée qu’ils donnent quelquefois à leurs personnages. La sculpture est un art calme par excellence et plutôt noble qu’expressif. La contraction des traits du visage répugnait aux sculpteurs de l’antiquité; et si les sculpteurs modernes se donnent à cet égard plus de liberté, ce n’est pas toujours sans danger. L’art du xvme siècle s’attachait à rendre la vérité individuelle plutôt que la vérité typique. L’art antique procédait par simplification et les tressaillements de la vie sur l’épiderme étaient moins accusés que les grandes divisions du corps humain qui en affirment les parties principales au détriment des accidents particuliers. Les Adam sont à l’antipode des traditions calmes de l’antiquité, et leur énergie va quelquefois jusqu’à la brutalité. Mais ils personnifient très-bien la recherche de vie, d’expression et de mouvement qui, depuis Puget, a si souvent tourmenté les sculpteurs de l’école française.

Page 1