SAINT-URBAIN
Ferdinand de Saint-Urbain, célèbre graveur en médailles, naquit à Nancy vers i652. Dom Calmet rapporte qu’étant allé à Rome, il s’y perfectionna au point de passer bientôt pour un graveur de premier ordre en monnaies et en médailles. « Après avoir exercé cet emploi et celui d’architecte, sous les pontificats d’innocent XI , d’Alexandre VIII, Innocent XII et Clément XI, il passa de Rome en Lorraine auprès du duc Léopold, qui voulut absolument l’attirer à son service, le gratifia de deux pensions, l’une comme graveur et l’autre comme son premier architecte, et le logea dans l’hôtel des Monnaies de Nancy, où il a demeuré jusqu’à sa mort, en 1738. En 1703, le duc Léopold, voulant bâtir une magnifique église primatiale à Nancy, chargea Saint-Urbain d’en dresser le plan et les dessins. Ils furent envoyés à Rome et à l’Académie, qui les approuva ; mais, comme la dépense en aurait été excessive, l’on changea de sentiment et l’on a suivi le dessin de l’église de Saint- André du Val. M. de Saint- Urbain y a fait quelques augmentations, comme les chapelles qui ont été faites sur ses dessins. Il a gravé toutes les monnaies qui ont été frappées en Lorraine depuis 1703. »
LE XVIIIe SIÈCLE
u 1 o n ait ou non des sympathies bien vives pour les productions du xvïif siècle, on est obligé de convenir que le goût qui dominait dans notre pays était alors partagé par toute l’Europe; en tout cas, l’influence de nos artistes n’a jamais été plus grande. Nos artistes étaient appelés partout; on peut en juger par une note qu’écrivait, en 1765, l’architecte Patte, attaché à la cour du prince palatin. « A Saint-Pétersbourg, dit-il, M. Lamothe est le premier architecte; à Berlin, M. Le Geay; à Copenhague, M. Jardin; à Munich, M. Cuvilliers; à Madrid, M. Marquet; à Parme, M. Petitot; et l’auteur de cet ouvrage a l’honneur d’être attaché en cette qualité à un prince souverain d’Allemagne... Nos sculpteurs sont également répandus partout : M. Sally, à Copenhague; M. Hutin, à Dresde; M. Larchevéque, à Stockholm; M. Gillet, à Pétersbourg; M. Slotz, qui est maintenant à Paris, a fait l’ornement de Rome pendant près de vingt ans. MM. Le Lorrain, Tocqué, Lagrénée, peintres de notre académie, ont été successivement appelés en Russie. Le roi de Danemark a pour premier peintre M. Leclerc, et vient d’attirer dans ses États M. Marmillaud ainsi que plusieurs ingénieurs français pour leur confier la direction des ponts et chaussées de son royaume... »
ùrnor.
La Lorraine ne faisait pas encore partie de la France à cette époque; néanmoins ses artistes appartiennent à l’école française et ne peuvent en être séparés. Le souffle inspirateur est le même à la cour de Nancy qu’à la cour de France, seulement l’apport de la Lorraine dans la production artistique du xviiT siècle est beaucoup plus important que celui de n’importe quelle province de France. Nancy est un petit Versailles; ses monuments en font foi.
Un architecte, dont il faut parler ici, bien qu’il ne soit pas Lorrain, Germain Boffrand, a exercé une grande influence sur les constructions élevées par la magnificence des derniers ducs de Lorraine. Boffrand était natif de Nantes; venu à Paris à quatorze ans, il s’était adonné à l’architecture et était devenu l’ami de Jules Hardouin Mansard.
Les constructions que Boffrand a élevées ou restaurées en Lorraine sont assez nombreuses. Il y avait été appelé par le duc Léopold. L’hôtel de Craon, l’hôtel de la Monnaie, le château de Lunéville, sont des ouvrages de Boffrand. Plusieurs des édifices qu’il a élevés en Lorraine ont disparu. Ainsi le palais neuf de Nancy et celui de la Malgrange ont été démolis sous le règne de Stanislas. Boffrand a écrit plusieurs ouvrages sur l’architecture, et la plupart des architectes qui ont travaillé pour Stanislas ont été plus ou moins imprégnés de son style et de ses idées.
Le style élégant qui dominait à cette époque dans l’ornementation architectonique se retrouve dans tous les arts appliqués à l’industrie. Dans la céramique particulièrement, la Lorraine occupait au dernier siècle un rang très-distingué. De nombreuses fabriques, en tète desquelles il faut placer celles de Niederviller et de Lunéville, livraient au commerce une production incessante, et avaient à leur service des artistes éminents, principalement dans la sculpture.
Vers le milieu du xvme siècle, le village de Niederviller avait pour seigneur Jean-Louis de Beyerlé, qui était directeur de la Monnaie de Strasbourg. Il fonda un établissement qui devint extrêmement florissant et d’où sortait une faïence fine, généralement ornée de bordures déchiquetées et de bouquets de fleurs formant parfois de charmants décors.
Le roi de Pologne Stanislas, lorsqu’il devint duc de Lorraine en 1738, encouragea beaucoup l’industrie dans ses États, et son goût déterminé pour les arts eut pour effet de leur donner un prompt essor. C’est pour lui qu’ont été faits les deux grands et beaux vases qui
Pig. 203- — Un Salon décoré par Boffrand.
portent ses armes et qui ont figuré à l’Exposition rétrospective de Nancy en 1875. Ce sont probablement les plus grands vases qui soient sortis de la fabrique de Niederviller. Ils proviennent de la pharmacie de Saint-Charles à Nancy. Stanislas en avait fait don à cet établissement hospitalier, qui en est encore aujourd’hui possesseur.
Vers 1774, le général Custine devint propriétaire de la fabrique de Niederviller et les produits céramiques se transformèrent peu à peu sous l’influence de Lanfrey, à qui il en avait confié la direction. « La faïence du général Custine, ditM. Jacquemart, est toujours trèsfine et peinte dans le goût des porcelaines ; les bouquets de fleurs y sont fréquents ; un autre décor est assez répandu ; il imite un bois veiné, sur lequel on aurait fixé un papier blanc portant, en camaïeu rose, un fin paysage ; pour mieux faire trompe-l’œil, un coin est parfois replié, et on lit au bord du cadre le nom du dessinateur ou du peintre. » Une de ces assiettes trompe-l'œil, portant la date de 1774, a figuré à l’Exposition de Nancy. Franchement il est impossible d’imaginer un décor plus faux et conçu dans un sens moins artistique. D’abord la faïence n’a pas besoin de s’évertuer à ressembler à du bois, et ensuite une assiette est destinée aux repas, et il y a quelque chose de répulsif dans l’idée d’une sauce répandue sur cette image dont les coins sont repliés.
Les meubles ont eu aussi une grande importance dans l’industrie artistique de la Lorraine. Dans son excellent travail sur les bois sculptés de la Lorraine, M. Auguin compte quatre types principaux dont il détermine ainsi les caractères. « Dans le premier, les ornements se distinguent par la richesse du décor, par la profondeur du travail, par les stries tracées dans le sens des fibres du feuillage dont l’artiste a voulu donner le sentiment. Dans ce groupe, le rinceau est enroulé suivant une double spire, la feuille reste le motif principal et comme le squelette de l’ornementation dont elle détermine les grandes lignes; la fleur n’en est que l’accessoire; les fonds sont toujours sablés. Les fleurs sont variées et dans leur variété ont un dessin défini, étudié suivant les exigences de la forme. C’est la bonne époque. »
Les types, qui viennent ensuite, ne sont en quelque sorte que les dégénérescences du premier. Dans le second, le rinceau, toujours trèsenroulé, est formé par les spirales d’une tige plutôt que par les révo-
LE XVIIIe SIECLE
lutions des feuilles. Dans le troisième, le rinceau est de moins en moins accentué et finit par disparaître tout à fait dans le quatrième. En outre les fleurs se substituent aux feuilles et deviennent l'ornement dominant avec les agencements des chiffres ; mais le travail perd de sa délicatesse.
Fig. 204. — Vase de Niederviller.
Si de l’industrie artistique nous passons aux beaux-arts proprement dits, le rôle de. la Lorraine s’affirme encore davantage. Dans la peinture et surtout dans la sculpture, ils occupent dans 1 école française une place éminente et quelquefois la première.