‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 123 sur 179 · CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

CONTEMPORAINS

a Lorraine fournit comme l’Alsace un contingent important à l’art contemporain; mais l’ordre alphabétique, usité dans nos Salons annuels, permet difficilement d’apprécier le mouvement artistique d’une province dans ce grand tout qui s’appelle la France et centralise à Paris son activité.

Cette centralisation présente certains avantages, et on ne peut d’ailleurs empêcher les artistes d’affluer vers la capitale, quand ils s’y croient appelés par leurs intérêts. Mais elle a le grave inconvénient de nous aveugler absolument sur la valeur artistique des diverses parties de la nation, et elle empêche la critique d’appeler l’attention sur les elforts très-sérieux qui se font dans certaines localités, tandis que d’autres semblent n’avoir aucun souci des beaux-arts.

S’il nous était permis d’émettre ici un vœu, nous demanderions

qu’on essayât une fois de classer par séries provinciales les ouvrages envoyés au Salon au lieu de les confondre dans l’ordre alphabétique. On se convaincrait alors que certaines provinces sont absolument nulles comme production artistique, tandis que d’autres présentent une richesse de production que l’opinion publique ne soupçonne pas.

Faut-il voir là une différence d’aptitudes entre les contrées qui constituent la France, ou est-ce le résultat d’un enseignement insuffisant dans certains endroits, tandis qu’il est bien fait dans d’autres ? C’est une question qui serait intéressante à étudier, mais qui ne pourra être résolue que lorsqu’on connaîtra exactement l’état de chaque province.

La ville de Metz était avant l’annexion un foyer artistique important : c’était une des rares villes de France qui ne reçût pas son mot d’ordre de Paris, et les habitants de la malheureuse cité parlaient avec orgueil de ce qu’ils appelaient l’École de Metz. Il est certain que le groupe messin comprenait quelques artistes d’une grande valeur et présentait une physionomie à part, dont l’importance n’a pas été suffisamment appréciée à cause du pèle-mèle de nos expositions. Ce groupe n’existe plus depuis l'annexion, et Metz, qui avait pris dans l’art une place spéciale entre Paris et Bruxelles, n’est plus aujourd’hui qu’une ville morne et sans initiative, avec des maisons vides et des casernes pleines d'Allemands.

Maréchal, qui avait été en quelque sorte l’initiateur de l’école de Metz, est allé demeurer à Bar-le-Duc, A. de Lemud, Devilly et Michel sont à Nancy, d’autres sont venus à Paris, tous ont voulu demeurer Français, et la ville de Metz, aujourd’hui dépourvue d’artistes, a perdu dans un jour de malheur l’activité dont elle était si fière. Ce groupe lui appartient néanmoins, et, avant de parler isolement des artistes lorrains, il était important de constater l’importance que Metz a eue dans l’art contemporain.

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