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AUGUSTIN

Jacques Augustin (1759-1832) est natif de Saint-Dié, dans les Vosges. On ne sait rien sur l’éducation de cet habile miniaturiste et on ne connaît même pas le nom de son professeur. Quand il débuta au Salon de 1791, il déclara s’être formé sans maître. C’était alors une mode parmi les jeunes artistes et, dans les livrets du temps, on en trouve qui se déclarent élèves « de la nature et de la méditation ». Nous avons vu surgir de nos jours des prétentions analogues et elles se reproduiront toutes les fois qu’il n’y aura pas dans la peinture une tendance bien nettement déterminée. Si Augustin était venu dix ans plus tard, il se serait sans doute enrôlé sous la bannière de David. Mais quand il vint à Paris, en 1781, l’école française était en plein désarroi. Augustin, d’ailleurs, arrivé de sa province avec trois louis pour toute fortune, fut obligé de chercher à gagner sa vie par tous les moyens possibles, et ce fut en faisant des portraits d’après nature qu’il perfectionna son talent.

Son nom ne figure pas dans les dernières expositions de l’Académie royale, dont il ne fut jamais membre, mais au Salon révolutionnaire de 1791, après l’abolition de l’Académie, Augustin fit comme bien d’autres artistes, qui saisirent l’occasion de montrer leurs ouvrages au public. Il obtint un certain succès avec ses miniatures, et en 1796 il fit une véritable sensation en exposant son propre portrait.

La critique d’art se faisait alors sur un ton assez goguenard et presque toujours en petits vers badins. Augustin ne recueillit que des éloges : dans une des brochures de l’époque, intitulée Critique du Salon, ou les Tableaux en vaudeville, on en parle dans les termes suivants :

LE XVIII1' SIECLE

Expression et vérité,

Accord de couleur, harmonie,

Jean Augustin, en vérité,

A l’Ivoire a donné la vie :

Il respire le sentiment.

Ce portrait que tout le monde aime.

Pour peindre l’auteur dignement.

Je crois qu’il faut être lui-même! (Bis.)

Le succès d’Augustin alla toujours en croissant; il fit en 1801 le portrait du statuaire Calamard, que le Pausanias français a appelé « la plus belle tête en miniature qu’on ait jamais peinte ». Les portraits de Mme Récamier, du statuaire Chaudet, celui de l’empereur Napoléon, en émail, ceux de Denon, de Joséphine, de la reine Hortense, du roi

Fig. 226. — Augustin (miniature de l’auteur),

de Hollande, de la reine de Naples, de Louis XVIII, de la duchesse d’Angoulème, des ducs de Berry, d’Orléans, etc., mirent le comble à la réputation de l’artiste, qui fut nommé en 1819 premier peintre en miniature du cabinet du roi. Il forma plusieurs élèves, entre autres M,ne de Mirbel.

La critique applaudissait à chaque nouvel ouvrage d’Augustin. En 1806, le Pausanias français en faisait un pompeux éloge qui commençait par ces mots : « On connaît le talent miraculeux de cet artiste; il s’est surpassé dans le portrait de l’empereur..., etc. » Dans Pasquin et Scapin au Muséum, brochure publiée en 1804, on lit : « La ressemblance, la vérité, l’effet et la douceur des chairs et des draperies

rendent Augustin bien recommandable dans ce genre où il excelle; car il approche de la peinture, parce qu’il abandonne le pointillé. » Dans une autre brochure publiée en 1812, on dit : « M. Augustin est de ceux qui peuvent dire : Mon travail est borné, mais ma gloire ne l’est pas. Ses miniatures ont pour le fini quelque chose de désespérant. C’est là le mot propre, je m’en rapporte à ses émules... »

La peinture correcte, distinguée et un peu froide d’Augustin, était absolument d’accord avec le goût du public au commencement de ce siècle. Mais ce goût se transforma et la touche plus vive de son élève, Mme de Mirbel, enleva bientôt tous les suffrages. L’artiste lorrain bouda, se fit oublier, et quand, après i83o, il voulut exposer de nouveau, il ne trouva plus dans l’opinion publique la même chaleur qu’ autrefois. Les idées avaient changé et l’artiste avait vieilli. Les belles miniatures d’Augustin sont aujourd’hui fort appréciées des amateurs, et celles qu’on peut voir au Louvre justifient pleinement la réputation qu’il s’est acquise autrefois et le rang éminent qu’il ^occupe parmi les peintres en miniature de l’école française1.

1. On peut consulter sur Augustin, outre les brochures citées plus haut, l’excellente notice que M. Reiset a consacrée à cet artiste.

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