‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 137 sur 179 · A. DE LE MU D · texte numérisé non relu

A. DE LE MU D

Aimé de Lemud, le maître exquis, bien' qu’un peu oublié qui avait ravi notre jeunesse, est natif de Metz. Dire comment il est devenu artiste serait peut-être un peu hasardeux, car il n’est pas bien certain qu’il l’ait jamais su lui-même. Ce qui est sûr, c’est qu’il a fait presque sur les bancs du collège un dessin de Salvator Rosa, qui fut remarqué dans sa ville natale et qui n’était pas sans valeur, malgré l’inexpérience de son auteur. De belles aquarelles, un Jeune Hallebardier faisant sentinelle et les Moines se préparant à la confession, des dessins à la plume, comme les Sorcières au galop, et d’étranges compositions, comme le Mathieu Landsberg interrogeant les étoiles et l’ Hoffmann en proie à ses rêves, complétèrent sa réputation.

Son talent prit pourtant un caractère plus décidé dans les Dénicheurs d'aigles et X Enfance de Callot, deux remarquables lithographies qui ont répandu son nom partout. Mais ses ouvrages les plus populaires sont assurément le Maître Wolframb, sujet tiré des Maîtres chanteurs d’Hoffmann, et Hélène Adelsfreit, scène empruntée aux Sept Cordes de la lyre de George Sand. Peu de compositions ont excité un enthousiasme aussi universel et aussi légitime que le Maître Wolframb de A. de Lemud; la génération de i83o retrouve là tout son rêve romantique, et l’artiste a su donner un corps aux aspirations poétiques de son temps. La figure d'Hélène Adelsfreit est moins heureuse parce qu’elle est un peu maniérée; mais les personnages accessoires sont admirables par l’élévation des pensées qui rayonnent sur leurs visages.

Le Café est une tentative réaliste tout à fait contraire aux habitudes de l’artiste, qui est en général préoccupé avant tout de la pensée première. Ici la conception est nulle, et on serait tenté de croire qu’il a voulu simplement faire le portrait d’un de ses amis. C'est, avec le Prisonnier du musée de Metz, la seule peinture que nous connais-

Hg. 2*8. — Beethoven, par A. de Lemud.

sions de l’artiste, qui semble surtout à son aise lorsqu’il a le crayon à la main.

S’il a peint peu de tableaux à l’huile, A. de Lemud a fait de nombreuses illustrations, entre autres la Notre-Dame de Paris, les Chansons de Béranger et Y Iliade. Béranger est très-ingénieusement compris, mais c’est une rude tâche que d'illustrer Homère. Faut-il, comme Flaxmann, s’inspirer des vases antiques ? faut-il emprunter au vieux poète ses scènes, à l’antiquité ses costumes, et assaisonner tout cela avec la vie et la passion qui est le caractère de l’art moderne ? C’est à ce dernier parti que s’est arrêté A. de Lemud. Il a certainement étudié

Fig. 249. Le Café, tableau de A. de Lemud.

les sculptures d’Égine; mais sous son crayon elles prennent un frémissement de vie, une rage de mouvement que la Grèce n’a jamais connus, et, tout en conservant leurs vêtements archaïques, ses figures perdent la raideur traditionnelle et empruntent à l’art de i83o ses habitudes échevelées et son horreur des lignes simples.

Le dernier ouvrage qu’on ait vu de A. de Lemud est son Beethoven.

Les graveurs, interprètes plus ou moins consciencieux, plus ou moins habiles, ne donnent qu’une idée imparfaite de la pensée de 1 auteur. C est ce qui a décidé A. de Lemud à graver lui-même sa

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