‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 139 sur 179 · HECTOR LEROUX · texte numérisé non relu

HECTOR LEROUX

Hector Leroux1, né à Verdun en 1829, appartient à une famille peu fortunée. 11 quitta à douze ans les frères de la Doctrine chrétienne pour apprendre le métier de perruquier, qu’il exerça jusqu’en 1848. Voulant utiliser les loisirs assez grands que lui laissait sa profession, il allait à un cours public de dessin qui se faisait au collège de la ville et où il remportait chaque année le premier prix. Ces succès, si minimes en apparence, eurent la plus grande influence sur sa destinée. On en parla dans sa province, et le conseil général du département de la xMeuse lui alloua, en 1848, une pension de six cents francs pour qu’il pût aller à Paris continuer ses études comme artiste. Il entra à l’atelier de Picot, peintre estimable dont les ouvrages pourraient prêter à plus d’une critique, mais qui fut un excellent professeur, et dont l’enseignement était alors fort suivi.

Après trois années d’atelier, Hector Leroux donna un tableau à sa ville natale, qui lui témoigna sa satisfaction en lui faisant pendant trois anpées une petite pension. C’est à l’aide de ces minces ressources que le jeune artiste subvenait aux dépenses qu’entraînaient ses études et son séjour à Paris. L’insouciante jeunesse a surtout besoin d’espérance, et, à défaut de plaisirs trop coûteux, Leroux

i. Ses principaux ouvrages sont : 1863. Les Croyantes ; l’Offrande à Hygie. — 1864. Le Colombarium. — 1865. Initiation aux mystères d'Isis. — 1867. Tibulle et Délié ; Sérénade. — 1868. La Sorcière ; Messahne. — 1869. Un Miracle chei la bonne déesse. — 1870. Prière à la Fièvre ; la Gardienne du feu sacré. — 1874. La Vestale Tuccia.

se dédommageait par des succès, répétés à l’École des Beaux-Arts. Mais comme les frais de modèle et d’atelier étaient trop considérables

Fig. 250. — L’Offrande à Hygie, tableau d’Hector Leroux.

pour lui, et que d ailleurs la pension de la ville avait cessé, il se mit à taire, pour vivre, des petites copies au musée, des illustrations, des

retouches pour la photographie, et les mille petits états qui sont la ressource habituelle des artistes dans la détresse.

Il traîna de la sorte jusqu’en 1857, où il obtint un second prix de Rome, avec une Résurrection de Lazare qui fit une certaine sensation. Il eut à cette époque une commande du gouvernement, qui lui demandait une copie de Y Amour sacré et Y Amour profane, du Titien. Il alla donc à Rome, et copia ensuite Y Aurore du Guide pour les Gobelins. Il fit encore d’autres copies pour des particuliers jusqu’en 1 863 , où il entrevit enfin la possibilité de pouvoir vivre autrement que par des reproductions. En effet, il venait d’envoyer au Salon une Offrande à Hj'gie et une Vestale , qui avaient obtenu un succès d’estime. L’année suivante, le Colombarium venait prendre place au musée du Luxembourg. L’artiste, cette fois, avait bien réellement son indépendance.

En 1869, Hector Leroux exposa le Miracle de la bonne déesse. La vestale Æmilia ayant confié la garde du feu sacré à une jeune novice, celle-ci s’endormit et le feu s’éteignit; comme elle allait être condamnée, en présence de ses compagnes et des pontifes, elle déchire un pan de sa robe de lin, la jette sur la cendre refroidie du brasier sacré et la flamme reparaît. — Telle es*t la légende, mais non le tableau, où la vestale, en deuil, se cramponne au pied de la statue de bronze de Vesta, tandis que derrière elle un long jet de flamme descend du ciel et rallume le foyer au grand étonnement des autres vestales qui témoignent leur surprise du miracle. Hector Leroux a su se faire une place à part parmi les amoureux de l’antiquité; sans s’égarer dans les grandes scènes historiques, il saisit le côté intime des mœurs païennes et sait le traduire d’une façon exacte et pleine de charme.

Page 1