LEVY
Henri Levy, né à Nancy en 1840, a été d’abord élève de Picot et Cabanel; après trois essais infructueux pour le prix de Rome, il se lia avec Lromentin et en reçut des conseils qui lui furent fort utiles pour l’entente pittoresque d’un tableau. N’étant pas par nature
porté au paysage et à la peinture de genre, il apporta dans ses tableaux d’histoire des éléments pittoresques, bien rares chez ceux qui se livrent à la grande peinture b
Chacun se rappelle Y Hérodiade de 1872. Salomé, grande, maigre et d’un caractère étrange et sauvage, apporte à Hérodiade la tète coupée du précurseur qu’Hérodiade contemple. C’est ce tableau qui a fondé la réputation de l’artiste, mais elle grandit singulièrement Tannée suivante quand il arriva au Salon avec Jésus dans le tombeau. On sut gré à l’artiste d’avoir su rester original avec un sujet tant de fois traité. Sans se rattacher aux traditions archaïques qui ont inspiré autrefois des chefs-d’œuvre, mais qui, de nos jours, ont été si tristement pastichées, Henri Le vy a fait un tableau conforme aux récits évangéliques et néanmoins conçu dans un esprit tout à fait moderne. C’est par le jeu de l’effet qu’il a voulu rendre le drame de la Passion; le Christ, étendu sur la pierre du sépulcre, forme le foyer lumineux qui éclaire les deux anges venus pour l’assister. Leurs grandes ailes et leur allure romantique concourent puissamment à l’impression de la scène.
Le dernier tableau que Henri Levy a envoyé au Salon est un sujet emprunté à la mythologie. 11 représente le corps de Sarpédon que le Sommeil et la Mort amènent devant Jupiter. Sarpédon était un prince lycien, fils de Jupiter et allié des Troyens. Il avait immolé de sa main un grand nombre de héros grecs, mais il succomba lui-même sous les coups de Patrocle, Junon s’étant opposée aux efforts de Jupiter qui voulait le sauver. Après un combat acharné, les Grecs restèrent enfin maîtres de son corps, horriblement défiguré. Mais Apollon, descendant des hauteurs de l’Ida par ordre de Jupiter, enleva le cadavre, le lava dans les eaux du fleuve, le parfuma d’ambroisie et le confia ensuite au Sommeil et à la Mort, qui le portèrent dans son pays. Là, les amis et la famille de Sarpédon lui firent des funérailles magnifiques et lui élevèrent un tombeau au milieu de son peuple.
Le groupe de Sarpédon enlevé par le Sommeil et la Mort est vraiment d’une tournure superbe, mais l’air compatissant du roi des
1. Ses principaux ouvrages sont : 1865. Hécube retrouvant le corps de son fils Polydore. — 1867. Joas sauvé du massacre des petits-fils d'Athalie. — 1 86p. Hébreu captif pleurant sur les ruines de Jérusalem. — 1872. Hérodiade. — 1873. désus dans le tombeau. — 1874. Sarpédon.