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UNE DES GRILLES DE LA PLACE STANISLAS, A NANCY

NANCY

mais il est considérable. Duccio, que Ghiberti préférait à Cimabué, fut le chef de l'École siennoise, et par conséquent un des pères de la peinture moderne ; il marque la transition entre les ouvrages byzantins et ceux de la Renaissance. Une peinture dans le dôme de Sienne, deux tableaux au musée de la même ville, un triptyque acquis par le prince Albert en i8q5, et qui a figuré à l’Exposition de Manchester, voilà, avec la Vierge de Nancy, tout ce qu’on connaît de Duccio.

Fig. 26s. — La Vierge, tableau de Pérugin.

Cette Vierge , à mi-corps et de grandeur naturelle, est vue de face ; l’enfant Jésus qu’elle porte sur ses genoux tient un chardonneret. Les contours sont tracés par un trait en creux, et de grandes hachures dorées indiquent les accrocs de la lumière sur les vêtements. Le fond est en or gaufré et pointillé. La Vierge a le nez très-long, la

bouche petite et les yeux fendus en amande; l’ensemble offre un caractère byzantin encore très-accentué. Au milieu des ouvrages qui l’entourent, cette antique madone, qui a toute la sécheresse et les inexpériences pratiques de la peinture primitive, ne peut assurément passer pour un chef-d’œuvre, mais c’est à coup sûr une des pièces les plus précieuses du musée.

Quand on parle de Léonard de Vinci, il ne s’agit plus seulement d’une relique vénérable; cette redoutable attribution prédispose à voir un chef-d’œuvre. Ce n’est malheureusement pas le cas pour le Sauveur du monde du musée de Nancy. Ce tableau, qui provient de l’ancienne collection des rois de France, a été catalogué par Lépicié de la façon suivante : « Le Sauveur tenant un globe. Tableau peint sur bois, hauteur de 16 pouces 1/2 sur 14 pouces de largeur; la figure est de petite nature. Ce tableau, attribué à Léonard de Vinci, est extrêmement faible; il représente le Sauveur du monde tenant d’une main un globe et donnant de l’autre la bénédiction. Son vêtement est une draperie bleue par-dessus une robe rouge. Il a été gravé à l’eau-forte par Venceslas Hollar, en i65o. »

Si le Léonard de Vinci est une œuvre douteuse, pour ne pas dire fausse, on ne peut pas en dire autant d’une Vierge du Pérugin(fig. 265), qui a dû être un tableau des plus remarquables, mais qui a été malheureusement horriblement abîmé par des restaurations maladroites. A part les contours du dessin qui ont été respectés et quelques rares morceaux qui sont demeurés intacts, tout le tableau est couvert de taches dont le ton jure avec l’ensemble et qui sont l’ouvrage du restaurateur.

Le Tobie guidé par l’Ange , d’André del Sarte, provient de l’ancienne collection des rois de France, aiusi que le Déluge , du Bassan; tous deux sont décrits dans le catalogue de Lépicié.

La Sibylle de C unies est un des bons tableaux de Piètre de Cortone, qui, après avoir fait partie de la galerie de Penthièvre, a été envoyé à Nancy sous le Consulat. La Sibylle, debout près d’Auguste agenouillé, lui montre le Messie porté par sa mère, assise sur un nuage. C’est une peinture aimable et facile, où le maître est aisément reconnaissable.

Le Pape Sixte-Quint sous un dais, d’Andréa Sacchi , est un tableau fort endommagé et qui a subi de nombreuses restaurations.

Quand nous aurons cité pour mémoire une curieuse copie des Noces de Cana, de Paul Véronèse, par le peintre lorrain, Claude

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Charles, et des ouvrages du Caravage, d’Augustin Carrache, du Guide, et de plusieurs peintres de l’École bolonaise, qui n’ont rien de particulièrement saillant, nous aurons fait la part de l’École italienne au musée de Nancy.

Fig. 2 6(3 — Portrait d’lio;nme; par François Porbus,

Quentin Metsys ouvre l’École flamande avec des Compteurs d’argent, qui ne sont ni meilleurs ni plus mauvais que ceux qu’on voit dans une multitude de galeries. Ce tableau a été reproduit identiquement un très-grand nombre de fois, mais il ne donne qu’une

imparfaite idée du maître , dont le chef-d’œuvre est au musée d’Anvers. Voici, en revanche, un bon portrait de François Pourbus (fig. 266) ; malheureusement c’est une peinture fatiguée et abîmée dans certaines parties par les restaurations.

Le nom de Rubens apparaît trois fois dans le catalogue. Le Jésus- Christ marchant sur les eaux et le Prophète Jouas jeté à la mer sont de brillantes esquisses données au musée de Nancy par l’impératrice Joséphine. Mais le troisième tableau, la Transfiguration , serait, au moins par la dimension, une œuvre capitale, si l’attribution n’était susceptible des plus sérieuses contestations. L’ancien livret le donnait à Déodat Dermont, et la dernière édition, en le restituant à Rubens, ajoute cette note : « Cette peinture, préparée sur la composition et les dessins du maître par son élève Dermont (Déodat), fut terminée rapidement, et avec une fougue incomparable, par Rubens, qui a laissé dans cette page imposante le souffle le plus énergique. »

On sait qu’un grand nombre de tableaux de Rubens, notamment ceux qui concernent Marie de Médicis au Louvre, ont été exécutés par les élèves de Rubens et sous la direction du maître, qui les a terminés. Mais la part des élèves se dissimule absolument, et Rubens, qu’il ait ou non exécuté certaines parties, s’affirme partout dans l’ensemble. C’est le contraire qui arrive dans le tableau de Nancy, qui produit l’effet d’un tableau retapé par le maître plutôt qu’exécuté sous sa direction immédiate. Sur un dessin dépourvu de vigueur et une peinture assez terne, figurez-vous des touches brûlantes et décisives, accusant un effet puissant, et d’autant plus imprévu, qu’on ne saisit pas le lien avec ce qu’il y avait primitivement. Il semble que Déodat Dermont n’ait pas osé reprendre les savantes indications du maître, pour les relier dans son tableau, ou ait senti son impuissance à repeindre ses propres tonalités pour les mettre à l’unisson de Rubens. C’est un tableau qui a été peint entièrement par un artiste de troisième ordre, auquel un grand artiste est venu, après coup, montrer comment il aurait dû être fait ; mais ce n’est pas une œuvre conçue et dirigée par Rubens, qui n’aurait pas voulu reprendre pour son compte les mollesses et les incorrections qu’on y trouve, et ne se serait pas contenté d’apposer la griffe du lion dans certaines parties.

La Vierge et l’Enfant Jésus , que le catalogue donne à Van Dyck, est-elle une répétition originale du fameux tableau de la galerie de

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Dresde, ou bien faut-il n’y voir qu’une simple copie ? La finesse et la fermeté des chairs feraient, en certaines parties, penser à un original. Malheureusement le tableau a eu à souffrir d’un nettoyage exagéré et les draperies ont été entièrement repeintes.

Fis. 26’. — La Vierge et l’Enfant Jésus, par Van Dyck,

Par exemple, voici un Jordaens sur lequel on n’élèvera jamais la moindre contestation, et qui en outre est un chef-d’œuvre. Il s’agit d’une simple étude d’après nature, représentant deux femmes âgées, vues, l’une de profil et l’autre de trois quarts. Excellente peinture.

exécutée avec une énergie surprenante, et d’après un type que le peintre a souvent utilisé dans ses tableaux. C’est la même personne présentée de deux côtés différents ; une tradition, qui ne repose d’ailleurs sur aucun document positif, veut que ce soit la mère du peintre (fig. 268).

Le catalogue paraît attacher une grande importance à un tableau de Wenceslas Koeberger représentant le Martyre de saint Sébastien. Cette toile, peinte en Italie pour la confrérie de Saint-Sébastien d’Anvers, était placée dans la cathédrale de cette ville, et, ayant été apportée à Paris lors de la conquête des Pays-Bas, elle fut donnée au

Fig 2(33. — Etude par Jacques JoarJcns.

musée de Nancy par le gouvernement consulaire. L’historien Descamps, grand amateur d’anecdotes, raconte, au sujet de ce tableau, une histoire qui doit être authentique, puisque la toile en porte la marque : « Dès qu’il fut en place, dit-il, les amateurs vinrent en foule pour l’admirer. Quelques jours après, deux tètes de femme, peintes sur le premier plan, furent coupées et emportées sans qu’on

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