LA LORRAINE
NANCY
Nancy1, telle qu’elle était au xvn® siècle, avec ses clochers, ses bastions et ses tours, est représentée sur une gravure d’Israël Sylvestre. Les remparts de la ville, élevés vers i58o par un ingénieur lorrain, Nicolas Marchai, furent renversés par Louis XIII. L’aspect de Nancy s’est complètement transformé au xviii6 siècle sous l’influence du dernier duc de Lorraine, Stanislas. Un amas informe de maisons, de jardins, de terrains vagues, occupait l’emplacement que Stanislas voulait décorer. La place Royale, fondée en l’honneur de Louis XV, et qui porte aujourd’hui le nom de place Stanislas, est
i. Les armoiries de Nancy sont : d’argent, au chardon arraché verdoyant, à la fleur purpurine, arrangée de deux feuilles piquantes au naturel; l’écu honoré, pour chef, des armes pleines de Lorraine qui sont: coupé d’un trait et parti de trois, savoir : au premier quartier, burelé d’argent et de gueules, de huit pièces, qui est de Hongrie; au second, d’azur, semé de fleurs de lis d’or sans nombre, brisé en chef d’un lambel de gueules à trois pièces, qui est des Deux-Siciles; au troisième, d’argent à la croix potencée d’or, cantonnée de quatre croisettes de même, qui est de Jérusalem; au quatrième, d’or, à quatre pals ou vergettes de gueules, qui est d’Aragon; au cinquième, d’azur semé de fleurs de lis d’or , brisé d’une bordure de gueules, qui est d’Anjou; au sixième, d’azur au lion contourné d’or,
une des plus belles places de l’Europe et elle a surtout le mérite d’affirmer bien nettement le style et le goût de l’époque où elle a été bâtie. Les superbes édifices- élevés par l’architecte Héré et les belles grilles de Lamour sont assurément ce qu’il y a de plus caractéristique à Nancy. Au reste la ville, dont toutes les rues sont tirées au cordeau, présente dans son ensemble une unité d’aspect bien rare, et ses portes, dont plusieurs sont de véritables arcs de triomphe, lui donnent la physionomie d’une véritable capitale.
Nancy a peu de monuments anciens; la cathédrale appartient au xvme siècle comme la plupart des édifices de la ville. Cet édifice, construit sur le plan de Saint- André du Val, à Rome, fut commencé en 1703, sous le règne de Léopold et terminé en 1742. La façade, qui, une fois le style admis, ne manque pas d’une certaine grandeur, est décorée par un double étage de colonnes corinthiennes accouplées qui supportent un fronton cintré, et présente deux tours surmontées d’une coupole. A l’intérieur, l’édifice, qui présente la forme d’une croix latine, est entouré de chapelles fermées par de belles grilles en fer dues à Jean Lamour et à François-Jean Maire; à l’intersection des deux branches de la croix, une vaste coupole, peinte par Jacquart, représente le ciel ouvert. On y voit aussi deux grandes toiles de Claude Charles, représentant des traits de la vie de saint Sigisbert et un très-bon tableau, intitulé P Assomption des Minimes qu’on attribue à Jacques Bellange, mais que M. Lepage croit être une œuvre de Jean de Wayembourg qui fut peintre de Charles 111, de 1592 à 1602.
On voit aussi dans la cathédrale une Vierge attribuée à César Bagard, les Quatre Statues des docteurs de l’Église qui faisaient autrefois partie du Tombeau du cardinal de Vaudémont et qui sont l’œuvre de Florent Drouin, et plusieurs pièces d’orfèvrerie très-précieuses, entre autres le Calice, la Patène et l’Évangéliaire de saint Gozlin.
à double queue, armé, lampassé et couronné de gueules, qui est de Gueldres; au septième, d’or, au lion de sable, sans couronne, armé et lampassé de gueules, qui est de Juliers; au huitième, d’azur, à deux barbeaux adossés, cantonnés de quatre croisettes recroisetées au pied fiché de même, qui est de Bar; puis, brochant sur le tout, d’or, à la bande de gueules chargée de trois alérions éplanis d’argent, qui est de Lorraine primitive. Ledit écusson timbré de la couronne ducale. Et pour devise, les mots latins : non insultus primor , ou les mots français : qui s’y frotte s’y pique. Ces armoiries sont celles que Charles III donna à sa capitale en 1576. (Pour ce qui concerne les écussons des villes, nous nous sommes servi de 1 excellent ouvrage de Al. Constant Lapaix, intitulé Armorial des villes de Lorraine.
NANCY
L’église de Bon-Secours est la plus importante après la cathédrale. Elle a été élevée en 1 738, sur l’emplacement d’une ancienne chapelle, dédiée à Notre-Dame de la Victoire, en souvenir de la bataille de Nancy, gagnée contre Charles le Téméraire. Elle renferme une
Fig. 26+. — Tombeau de Stanislas, dans l’église de Bon-Secours, à Nancy
statue de la Vierge, commandée en i5o5 par René II, au sculpteur Mansuy Cauvain, et les mausolées du roi et de la reine de Pologne. Le tombeau du roi de Pologne, ouvrage de Vassé, qui fut terminé par
Félix Lecomte, montre Stanislas couché sur un socle, devant une pyramide, et appuyant sa main droite sur son sceptre. Au bas du monument, un globe terrestre à demi voilé montre le deuil que causa à l’univers la mort du dernier duc de Lorraine. D’un côté du globe, on voit la Charité pleurant, et de l’autre la Lorraine lisant les actions de Stanislas.
Le monument placé vis-à-vis est celui de Catherine Opalinska, femme de Stanislas, dû à Sébastien Adam, sculpteur lorrain; nous l’avons décrit en parlant de cet artiste. Enfin, on voit dans la même église deux petits monuments, renfermant l’un le cœur de Marie Leszczinska, fille de Stanislas et femme de Louis XV, l’autre les restes du comte Tenezine, parent du roi de Pologne et grand maître de sa maison.
La place Royale de Nancy, ou place Stanislas, est un vaste quadrilatère à pans coupés, entouré d’hôtels d’un caractère monumental et construits sur un plan uniforme. Leur ordonnance de pilastres corinthiens embrasse deux étages dont les croisées sont ornées de balcons. Aux angles de la place, on voit les deux fontaines de Neptune et Amphitrite et les belles grilles dorées de Jean Lamour; une statue de Stanislas, par Jacquot, remplace celle de Louis XV qu’on voyait autrefois au milieu de la place.
En face le bel arc de triomphe élevé par Héré, est situé l’Hôtel de ville, qui renferme le Musée de peinture. On entre d’abord dans un grand vestibule, d’où on monte par un escalier monumental dont les doubles rampes sont un chef-d’œuvre du serrurier Lamour. Le salon du premier étage est décoré de peintures de Girardet, qui représentent plusieurs figures allégoriques en l’honneur de Stanislas. C’est là que se tenait autrefois l’Académie.
Le musée de la ville, un des plus riches de la province, a été composé d’abord de ce qui avait été enlevé aux églises pendant la Révolution. Il s’augmenta des tableaux envoyés à Lunéville pendant le congrès et qui après les négociations terminées sont presque tous restés à Nancy. Enfin divers envois ont été faits par le Musée central et par l’administration des Beaux-Arts.
En tête de l’école italienne il faut placer un vieux maître de la plus extrême rareté : Duccio de Sienne, qui vivait à la fin du xiiie siècle. Sa peinture présente surtout un intérêt archéologique,