ÉPINAL
On remarque à Épinal, à l’une des extrémités de la rue de Boudiou, dit M. Ch. Charton dans la Repue des Vosges , la statue d’un enfant accroupi sur le sommet d’une colonne d’où jaillissent les eaux d’une fontaine publique. Cet enfant est blessé au pied gauche, et ses faibles mains s’efforcent inutilement d’en extraire une épine... Dans le langage vulgaire, on le nomme Pinau ; c’est le symbole de la fondation d’Épinal. » Le nom d’Épinal paraît, en effet, venir du latin spina, d’où on aurait fait Spinal, et on dit que cette dénomination est venue des ronces qui couvraient autrefois la contrée.
L’église d’Épinal, dédiée à saint Gœric, remonte au xe siècle, mais elle a subi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, de nombreux remaniements. Quelques parties appartiennent au style roman, d’autres au style ogival de transition. La nef se distingue par des colonnettes annelées dont les arcades sont subdivisées en deux baies. La grosse tour carrée, qui paraît fort ancienne, est romane, et sur l’extrémité des transsepts s’élèvent deux tours cylindriques. Outre son église, Épinal possédait un ancien château, dont l’emplacement est marqué dans un grand jardin anglais situé sur une hauteur près de la ville.
Le musée d’Épinal est, sous le rapport de l'aspect, un des plus satisfaisants qu’on puisse trouver en province, et, à défaut de* pièces tout à fait hors ligne, il renferme un grand nombre d’ouvrages intéressants, et dont l’étude est singulièrement facilitée par la manière dont ils sont disposés.
La collection de tableaux n’est pas la partie la plus riche, et bon nombre d’attributions acceptées par le catalogue demanderaient à être revisées. U y a, entre autres, une esquisse de Rembrandt, qui doit donner aux habitants d’Épinal une singulière idée du chef de l’École hollandaise.
Français, Antigna, Clément Boulanger, Goupil, Monchablon,
Falguière, Fremiet, représentent l’École contemporaine. On y voit aussi des bustes par le conservateur actuel, Jules Laurent, statuaire, mais on regrette de n’y pas trouver de tableaux de son père, François Laurent, qui fut un peintre de talent et le premier organisateur du musée.
Dans les antiquités gallo-romaines, on remarque une mosaïque représentant des vases, des dauphins, des chevaux marins, des poissons et des canards de couleurs variées, sur fond blanc, entre
Fig. 300. — Porte de l’église d’Épinal.
deux bandes noires, une Pallas, plusieurs figures de Mercure, un assez joli bas-relief représentant Une Offrande à Cérès, un Œdipe vainqueur du Sphinx, etc. Ces fragments ont été trouvés dans le département, et le musée en possède quelques autres qui, bien que d’un travail beaucoup plus grossier, sont d’un grand intérêt pour l'archéologie .
De ce nombre sont les antiquités découvertes sur le mont Donon,
NANCY
et entre autres celui qui représente Un Lion et un Sanglier marchant l’un contre l’autre. Selon Macrobe, le lion est l’emblème du soleil dans sa force, et le sanglier est l’image de l’hiver. Nous aurions donc ici l’image d’une lutte que la mythologie primitive a exprimée sous toutes les formes.
Le musée renferme un grand nombre d’urnes funéraires, des vases peints et des bijoux provenant de l’ancienne collection Campana. Il y a, en outre, des haches celtiques, des objets francs, des armes anciennes fort curieuses, des meubles sculptés, des bahuts, de beaux vitraux et de jolies statuettes de la Renaissance.
La collection de numismatique est disposée dans des vitrines, au milieu de la galerie de tableaux. Elle est extrêmement riche, particulièrement en monnaies lorraines. Voici quelques échantillons de ces monnaies, dont nous empruntons la description aux Mémoires de la Société d’archéologie lorraine 1.
Parmi les monnaies lorraines, on remarque d’abord celles qui portent le type du cavalier. Celle de Ferry IV peut en donner une idée.
Fig. 301. — Monnaie de Ferry IV.
Elle porte : ^FERI • DVX LOTHORE GIE, cavalier au drapeau à gauche couvert d’un écu aux trois alérions; les pieds du cheval empiètent à droite et à gauche sur la légende. — tj). MONETA ; FACTA 5 APVD : NANCEYVM ( leg . ext.)j SIGNVM CRVCIS (leg. int .), croix pattée dans le champ.
Les monnaies des évêques de Toul sont assez rares et générale¬
ment d’un petit module. Il en existe néanmoins plusieurs variétés, notamment celle de l’évêque Jean.