BAR-LE-DUC
Bar-le-Duc1 se compose de deux parties, la ville basse qui est presque exclusivement moderne et la ville haute où Ton trouve un assez grand nombre de maisons du xvie siècle qui se composent généralement d’un rezde-chaussée, d’un premier étage et d’un comble. Les ouvertures sont presque toujours fort petites.
Au milieu de la ville haute est située l’église Saint-Pierre, construction du xive siècle, qui ne présente rien de bien saillant comme architecture, mais où il faut entrer pour voir une étrange statue de Ligier Richier, connue sous le nom de la Mort. Elle est placée au fond d’une petite chapelle près de laquelle on lit une inscription ainsi conçue : « Ce squelette, ouvrage de Ligier Richier, se trouvait autrefois dans l’église de Saint-Maxe de Bar-le-Duc et servait de mausolée à René de Châlons, prince d’Orange, tué en 1 5qq, au siège de Saint- Dizier. C’est Louise de Lorraine, épouse de ce prince et sœur du duc François Ier, qui le fit sculpter en mémoire et comme symbole de son amour pour René. Elle fit placer le cœur du prince dans la main gauche du squelette et il y resta jusqu’en 1793 enfermé dans un étui
1. Bar-le-Duc porte parti au premier d’azur, semé de croix recroisetées au pied fiché d’or à deux bars adossés de même, brochant sur le tout, qui est de Bar ; au second, d’argent, à trois pensées, feuillées et tigées au naturel qui est de la ville, avec la devise : Plus penser que dire. M. Lapaix, dans son Armorial des villes de Lorraine, constate que les trois pensées ne figurent qu’à partir de 1632, car il n’y en avait qu’une avant cette époque.
de vermeil. Pendant la Révolution, il fut enlevé, ce qui ne put se faire sans mutiler la main qui le portait. Depuis, elle a été restaurée et supporte actuellement un cœur moulé en plâtre. Lors de la démolition de 'l’église de Saint-Maxe, les cendres des anciens souverains du Barrois, qui étaient dispersés dans différents tombeaux, furent apportées ici et réunies sous le squelette dans une même tombe. »
Fig. 30 6, — Le Christ, sculpture attribuée à Ligier Richier.
Il paraît que le prince avait, par humilité, demandé à être représenté sur son tombeau tel qu’il serait un an après sa mort, et sa femme chargea Ligier Richier d’élever un tombeau en se conformant strictement aux volontés de son mari. Une pareille besogne était tout à fait conforme au tempérament du sculpteur lorrain; il fit, non un
NANCY
véritable squelette, mais une figure macabre, un cadavre à demi putréfié, qui, rongé par les vers et laissant voir des chairs desséchées tombant par lambeaux, lève sa tète vers le ciel en présentant à Dieu son cœur, qu’il tient dans sa main. C’est d’un effet horrible et d’une réalité qui donne le frisson.
Fig. 307. — Sculpture attribuée à Ligier Ricliier.
Trois autres statues, dans l’église de Saint-Pierre, à Bar-le-Duc, sont attribuées à Ligier Richier. Elles représentent le Christ et les deux larrons. Ce sont des ouvrages estimables, mais où il est difficile de reconnaître la puissance et l’énergie du maître. L’attitude maniérée des larrons et le modelé un peu arrondi des chairs se trouvent en
désaccord avec la simplicité de pose et la fermeté d’exécution qui lui sont habituelles.
Le musée de Bar-le-Duc, fondé en 1841, est placé dans la ville haute, non loin de l’église Saint-Pierre. Il est installé dans une jolie maison de la Renaissance, décorée d’un balcon en pierre. Mais dès
Fig. 308. Sculpture attribuée à Ligier Richier
qu’on veut pénétrer dans les salles où sont réunies les collections, le désenchantement commence. Peu de villes de provinces laissent leur musée dans un pareil abandon , et comme il est dépourvu de catalogue pour guider le visiteur, il ne peut servir en rien à l’instruction des habitants qui paraissent d’ailleurs n’avoir nul souci de leur musée.
NANCY
Il est même probable qu’un assez grand nombre n’en soupçonne pas l’existence.
Ce musée renferme une cheminée richement sculptée portant les armoiries des ducs de Lorraine et de Bar. L’art moderne y est d’ailleurs assez pauvrement représenté, et les peintres et sculpteurs de la Lorraine y font absolument défaut. On voit seulement, en fait de peintures , quelques portraits des personnages célèbres du département ; on voudrait que l’art véritable tînt un peu plus de place dans une collection de tableaux.
La collection archéologique est plus riche, et il y a deux beaux bustes antiques de Trajan et Hadrien qui mériteraient d’être plus connus. Ils ont été donnés à la ville par le maréchal Oudinot. Les fouilles faites à Nasium, en 1845, ont amené la découverte d’un assez grand nombre d'antiquités qu’on a placées dans le musée qui renferme aussi de belles armes, une collection numismatique et divers objets du moyen âge et de la Renaissance. Mais, faute d’un catalogue raisonné, ou au moins de notes indicatives placées dans le musée, il est bien difficile que le public puisse trouver un intérêt quelconque à tous ces débris du passé dont il ignore la signification.