SAINT-MIHIEL
La petite ville de Saint-Mihiel doit son importance dans les arts aux ouvrages de son grand sculpteur, Ligier Richier. C’est là qu’est le fameux sépulcre dont nous avons parlé plus haut et qui est un des plus fameux chefs-d’œuvre de la statuaire sous la Renaissance. Mais le Sépulcre n’est pas le seul ouvrage de Ligier Richier qu’on admire dans la ville natale de l’artiste. Au fond du chœur de 1 église paroissiale, on voit la Vierge soutenue par saint Jean, admirable sculpture en bois qui n’est que le fragment d’une vaste composition aujourd’hui disparue. L’ensemble représentait le Crucifiement. Outre les deux figures qui sont restées, on voyait, au pied de la croix, sainte Madeleine et saint Longin en prière devant le Sauveur expirant. Quatre
chérubins portés sur des nuages recueillaient pieusement, dans des coupes, le sang qui coulait des plaies.
Dès le commencement du xvme siècle, ce précieux monument était déjà détruit en partie. Les figures de saint Longin et de la Madeleine étaient complètement vermoulues et n’existaient pour ainsi dire plus lorsqu'on a rebâti l’église : le Christ a disparu pendant la Révolution. Le groupe de la Vierge et saint Jean, caché, à la même époque, dans un jardin du voisinage, a repris depuis sa place d’honneur dans l’église, mais il a fallu, pour le conserver, enlever la couleur dont il était revêtu, car le bas-relief était entièrement colorié. La tunique de
Fig- 3°9- — La Vierge et saint Jean, par Ligier Richier.
saint jean était brune et son manteau vert à l’extérieur et rouge intérieurement. La Vierge avait une robe d’un bleu foncé avec des entrelacs d’or ; son voile était blanc.
Le corps chancelant de la Vierge tombe dans les bras de saint Jean qui soutient la Mère de Dieu; l’émotion est simple et vraie. Ce qui reste de cet admirable monument fait bien vivement regretter les parties perdues. Le groupe est en bois de noyer d’une teinte sombre;
NANCY
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il en existe une réduction en terre cuite chez un amateur de la ville. Il est bon de remarquer que ce groupe de la Vierge et saint Jean se retrouve presque identiquement dans le Sépulcre.
Nous ferons quelques réserves au sujet d’un fragment de tombeau conservé dans l’église de Saint-Étienne à Saint-Mihiel, et qui est également attribué au grand sculpteur lorrain. Il se compose de deux petits anges ailés, de la forme la plus élégante, qui soulèvent une draperie sous laquelle on voit apparaître la tète dénudée d’un squelette. Cette tête repose sur une console dont la forme massive ne peut appartenir à la Renaissance, mais rappelle le style qui a prévalu dans les premières années du xvne siècle.
Fig. 310. — Sculpture attribuée à Ligier Richier.
Il y a toujours dans l’art un mouvement de bascule, et, après les élégances suprêmes qui caractérisent les règnes de François Ier et Henri II, une réaction en sens inverse a commencé à se faire sous Henri III pour arriver à son apogée sous son successeur. L’ornement alors, aussi bien que l’architecture, affecte la force bien plus que la grâce, et est même quelquefois empreint de lourdeur.
Les enfants de ce groupe sont modelés d’une façon ravissante,
mais il faut remarquer que, précisément à l’époque dont nous parlons, les sculpteurs se préoccupaient beaucoup de traduire les formes enfantines. Le Flamand Duquesnoi, qui fut ami du Poussin, était renommé pour ses petits enfants sculptés, mais il n’était pas sans rivaux, et la Lorraine suivait alors, dans les évolutions du goût, un mouvement analogue à celui de la Flandre.
Fig. 3 ii. — Sculpture attribuée à Ligier Richier.
Nous aimons moins un autre enfant placé dans les fonts baptismaux de l’église de Saint-Mihiel, et qui, dans chacun de ses petits bras, tient une tête de mort, nous ne le croyons pas plus que le précédent contemporain de Ligier Richier. Le contraste entre l’enfance souriante et la hideuse mort est une idée qui vient du moyen âge, dont les inspirations sinistres ont persisté longtemps dans l’École française, puisqu’on
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les retrouve encore dans certains tombeaux du xvine siècle. Mais si le corps de l’enfant montre un artiste habile, la vulgarité du visage doit
éloigner l’attribution qu’on en veut faire à Ligier Richier, et la coiffure implique absolument les premières années du xvne siècle.
En revanche, le sculpteur qui a fait cet enfant aux tètes de mort pourrait bien être également l’auteur de deux autres enfants, dont l’un a les mains jointes, tandis que l’autre croise les bras, et qu’on donne, bien entendu, au grand sculpteur lorrain.
On montre encore à Saint-Mihiel la maison habitée par Ligier Richier. C’est une habitation à deux étages qui a conservé quelques traces de la Renaissance, notamment un plafond couvert d’arabesques auxquels se mêlent des fruits, des oiseaux et des quadrupèdes. On y voyait aussi une cheminée fort célèbre, mais elle a été transportée par les bénédictins de Saint-Mihiel à Han, où elle est encore actuellement.
METZ
Armoiries du xvie siècle.
Metz1, qui semble au premier abord une ville exclusivement militaire, était pourtant avant l’annexion, un foyer de science et d’art. L’École de Metz a, comme nous l’avons vu, une grande importance dans l’art français contemporain. Metz est en outre une cité des plus remarquables par sec monuments [et ses collections.
La cathédrale de Metz est un des plus admirables monuments de l’art ogival. L’immense développement de ses larges fenêtres, où la pierre se découpe au milieu des splendides vitraux qui l’entourent de toutes parts, est d’une incomparable légèreté. Malheureusement l’édifice est déparé par une lourde et massive construction du xvnh siècle. En 1744, Louis XV tomba malade à Metz, et ce fut en souvenir de sa convalescence que les Messins chargèrent l’architecte Blondel de plaquer contre leur cathédrale cette malencontreuse addition.
La construction de l’église remonte à plusieurs époques différentes. C’était à l’origine un petit oratoire dédié à saint Étienne. Une construction plus vaste, élevée du temps de Charlemagne, disparut à son tour pour faire place à l’église actuelle, qui fut commencée au xue siècle par l’évèque Thierry III. « Cette basilique, dit Begin dans son excellente notice, dont la construction étrange, délicate et hardie,
1. Vers le milieu du xive siècle, les Messins adoptèrent pour leur blason la couleur blanche et noire de leur bannière.
La Cathédrale de Metz.
sera toujours un sujet d’étonnement et d’admiration, demeura dans l’état où l’avait laissée Thierry jusqu’en 1214, époque à laquelle la cité imposa sur les marchands forains un droit dont la moitié était destinée à la continuation de la cathédrale. Il ne paraît pas que cette contribution ait été bien productive, car on ne fit rien d’important à la cathédrale avant i33o, faute d’argent. A cette époque, Adhémar de Monteil, voulant reprendre les travaux de ses prédécesseurs, écrivit à tous les monastères de son diocèse pour engager le clergé et les fidèles à le seconder dans sa louable entreprise. Les indulgences furent la monnaie courante dont on gratifia ceux qui répondirent à l’appel de l’évêque, et les travaux se poussèrent avec une certaine activité. Sous l’épiscopat de Thierry Bayer de Boppart, mort en 1 383 , la cathédrale prit un développement extraordinaire. Son plan fut modifié par le génie de Pierre Perrat, et les voûtes une fois fermées, on vit la basilique s'embellir, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, de galeries élégantes, de sculptures et de peintures naïves. En 1478, au dire de Philippe Gérard, témoin oculaire, la cathédrale n’avait encore qu’un clocher de bois; la ville chargea Rancouval, architecte messin d’un grand génie, de le construire en pierre. Trois années lui suffirent pour mener à terme l’exécution de cette œuvre; mais le manque de fonds ne lui permit malheureusement pas de lui donner l’élévation qui entrait dans son plan; il encourut ainsi des reproches que la postérité doit adresser aux circonstances et non pas à l’artiste dont elles forcent souvent la main. A la fin du xve siècle, Jacques Damange, chanoine de la cathédrale et vicaire général du diocèse, entreprit de reconstruire le chœur, demeuré jusqu’alors tel qu’il était du temps de Charlemagne. Une cotisation générale eut lieu pour de nouvelles constructions. Jacques Damange mourut en i5io et n’eut pas la satisfaction de voir terminer cette magnifique croix latine, qui ne fut achevée qu’en 1519. »
La cathédrale de Metz a beaucoup souffert pendant les guerres religieuses, et plus encore par les suppressions et additions qu’elle a subies dans les siècles postérieurs. Elle possédait, entre autres, de nombreuses sculptures qui ont été enlevées ou détruites. C’est ainsi qu’ont disparu ses stalles ornées d’animaux habillés en chanoines, son jubé, dont la décoration présentait un assemblage bizarre de scènes empruntées à la mythologie et à Y Enfer du Dante. Les allures froides et composées du style académique ont changé tout cela au dernier
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siècle ; on a également gratté les fresques. L’église présente, à cause de cela, un aspect assez nu, mais on ne peut se lasser d’admirer la beauté du vaisseau et ses merveilleuses verrières. Les vitres de la rose, en verres peints, furent posés en i38o, par Hermann de Munster; celles du chœur, de 1 52 1 à 1 528, par un artiste alsacien, Valentin Bousch. On y voit aussi de beaux vitraux modernes, par Maréchal.
On conserve dans la cathédrale une baignoire antique en porphyre rouge, tirée des bains romains, et transformée en fonts baptismaux; un tronçon de colonne en marbre cipolin, taillé en trône épiscopal ; dans la sacristie on montre deux belles crosses en ivoire et la fameuse chape de Charlemagne.
L’établissement du musée de peinture ne remonte pas au delà de 1839. Comme presque tous les musées de province, il est pauvre en tableaux de l’École italienne, et, à part une fort belle Tête d’homme, dont l’attribution à Titien paraît assez douteuse, je ne vois pas grand’chose à signaler. Une Bouquetière, de Murillo, placée trop haut pour qu’on en puisse bien juger, mais qui semble une fort belle peinture, représente l’École espagnole.
Dans les Hollandais, un Porte-drapeau, avec la redoutable attribution à Rembrandt, attire tout d’abord l’attention. Un tableau analogue existait autrefois au Louvre ; il en a été retiré depuis comme n’étant pas original. Bürger considérait comme authentique le Portedrapeau de la collection Rothschild, et rejetait l’attribution donnée à celui du musée de Metz, qui a autrefois appartenu à l’impératrice Joséphine. Ce qui rend très-difficiles les discussions qui pourraient surgir à propos de ce dernier tableau, c’est qu’il a subi, à plusieurs reprises, des restaurations importantes.
Le vieux Geeritz Cuyp, le père d’Albert Cuyp, a ici deux admirables portraits. C’est un Hollandais et sa femme, peints de la même grandeur, et d’une réalité saisissante. La gloire d’Albert Cuyp a complètement éclipsé la réputation de son père, dont les œuvres sont, du reste, de la plus grande rareté. On peut encore citer, dans l’École hollandaise, un Effet de lune, par Van der Neer, et un Cabaret d’Ostade; ce dernier paraît être une imitation plutôt qu’un original.
Faut-il en dire autant du Portrait de Martin Ryckaert, par Van Dyck, qui a appartenu, comme le Porte-drapeau de Rembrandt, à
l’impératrice Joséphine ? Le paysagiste Martin Ryckaert, dit le Manchot parce qu’il était privé d’un de ses bras, était l’aîné des huit enfants de David Ryckaert le Vieux. Au reste, ce portrait peut être une imitation ou une simple copie, mais c'est assurément une fort belle peinture.
Dans l’École française ancienne, Oudry nous montre deux de ses meilleurs tableaux : le Loup et l’Agneau et le Renard et la
Fig. 313 — Le Prisonnier, tableau de A. de Lemud.
Cigogne , qui, après avoir figuré au Salon de 1737, ont fait partie du cabinet du Dauphin.
La peinture contemporaine est représentée par plusieurs ouvrages remarquables. Le Berger effrayé par un serpent, qui a été exposé à Paris en 1 85 5 , est un des plus vigoureux pastels de Maréchal. Un beau dessin de son fils nous fait regretter que cet artiste, sur lequel on fondait de si belles espérances, s’abstienne systématiquement de nos expositions.
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Parmi les artistes messins, un des mieux représentés au musée est assurément Rolland, qui est resté à peu près sans rivaux pour ses paysages au pastel. L "Étang de Bouligny, les Sangliers dans la neige, les Vaches passant une rivière et Y Etable à bœufs dans les Pyrénées, forment la part de cet artiste dans le musée de sa ville natale. Une Famille bohémienne, de Tourneux, et un beau Bouquet, de Mlle Sturel-Paigné, complètent la série des pastellistes.
Le Prisonnier, par A. de Lemud, dans une attitude triste et pleine de langueur, regarde par les barreaux de sa fenêtre les hirondelles qui traversent librement les airs. C’est un des rares tableaux peints par l’habile dessinateur, qui en a fait don au musée de Metz.
Devilly est représenté par la Bataille de Solferino et le Bivouac
F g. 314. — Le Centaure, par Emile Michel.
de 1 S 1 2 , deux toiles de grande dimension et toutes deux fort remarquables. On doit également signaler une figure allégorique de la France, par Auguste Marc, et des Juifs pleurant sur les ruines de Jérusalem , par Valério. Enfin il faut nous arrêter un moment devant les deux excellents paysages d’Émile Michel, les Olives et le Centaure. Ce dernier est un site sauvage et d’un caractère grandiose que l’artiste a animé en y mettant un centaure poursuivant son gibier.
Le groupe des peintres messins est donc à peu près complet au
musée. Mais ils ne sont pas les seuls dans l’École contemporaine. Eugène Delacroix a une jolie esquisse d’un Portement de croix , Achille Benouville un paysage très-agréable, et Corot , un chefd’œuvre.
Le Pâtre de Corot, exposé en 1840, est une des plus belles toiles de l’artiste, qui le citait volontiers parmi ses ouvrages les plus estimables. En voyant cet admirable paysage, on a peine à croire comment la réputation de Corot a été si lente à se faire, au moins dans le public. Il est certain qu’à cette époque les amateurs ne voulaient à aucun prix de ses œuvres. Aussi quand il eut vendu ce tableau, il accourut chez Troyon et lui annonça l’événement d’un air moitié joyeux, moitié consterné. Comme Troyon ne comprenait rien à sa mine : « J’avais la collection complète, lui dit en riant Corot, la voilà dépareillée ! »
A défaut du public, fort dédaigneux à l’égard de Corot, quelques jeunes artistes commençaient à apprécier ses paysages et à faire cercle autour de lui. Français, qui était parmi eux, fit d’après le Pâtre une lithographie qui parut dans Y Artiste. Corot en envoya un exemplaire à sa famille, qui le considérait comme un affreux barbouilleur entraîné par une passion aussi insensée qu’irrésistible vers un art pour lequel il n’avait aucune disposition.
Le père de Corot fut singulièrement étonné en apprenant qu’on avait reproduit dans un journal une œuvre de son fils. Ne comprenant rien à tout ceci, mais jugeant qu’une politesse en appelait une autre, il invita Français à dîner et le reçut de son mieux. Après dîner, il le prit à part, et, tout en le remerciant du bon vouloir qu’il avait pour son fils, il lui avoua ses craintes et lui demanda s’il était bien habile de venir en aide à un pauvre garçon qui se trompait ainsi sur sa vocation, si au lieu de cela il n’eût pas mieux valu le décourager tout à fait. Français se récria et parla avec enthousiasme de l’admiration que lui inspirait le talent de Corot. Alors le vieillard, le regardant fixement, comme quelqu’un qui se demande si on ne s’est pas moqué de lui, se mit à hocher la tête d’un air d’incrédulité et parla de toute autre chose. Si un homme a jamais justifié le vieil adage que nul n’est prophète dans son pays, c’est assurément Corot.
Parmi les meubles qui décorent le musée de Metz, il faut citer une superbe horloge en style rocaille. C’est un chef-d’œuvre d’orfé-
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vrerie en même temps que de menuiserie. Sa grande gaîne est en marqueterie de bois et enrichie d’ornements en cuivre ciselé et dorés. Le cadran, signé Lepaute, horloger du roi, est surmonté par une figure du Temps, qui semble vouloir faucher les heures à mesure qu’elles s’échappent.
Fig. 315 — Le Pâtre, tableau de Corot.
Metz possède également un musée archéologique, comprenant, outre les dons de l'État, un très-grand nombre d’antiquités trouvées dans le département. L’étude de cette collection est facilitée par un catalogue raisonné dû à M. Lorrain. Il est fâcheux qu’on n’en puisse
pas dire autant pour le musée de peinture qui manque de livret indicateur.
La première partie se compose d’antiquités gréco-étrusques, pro-
Fig. 31 6. — Pendule en style rocaille (musée de Metz).
venant de l’ancienne collection Campana. Parmi les objets galloromains, on remarque un autel quadrangulaire orné d’un bas-relief
représentant un personnage qui lit et un autre qui écoute en penchant la tète, un autre autel où on voit l'image de plusieurs divinités avec un sacrificateur tenant le glaive et une prêtresse apportant l’encens dans une cassolette. Il y a aussi une tète colossale de Jupiter, un Apollon, un Bacchus , un assez grand nombre de tombeaux décorés de personnages et une multitude de débris provenant des fouilles faites à Metz et dans les environs.
La contrée, très-florissante sous les Romains, possède de nombreuses traces de leur domination. L’aqueduc de Jouy, près de Metz, bien qu’il n’ait pas le caractère grandiose et monumental du pont du Gard, est un des édifices les plus importants qui soient restés de la domination romaine dans les Gaules. La principale prise d’eau se faisait à quatre lieues au sud de Metz, près le bourg de Gorze. Le canal en maçonnerie suivait sous terre la ligne des coteaux et traversait la Moselle sur une longue suite d’arcades, dont il reste encore cinq piles en partie détruites, sur la rive gauche, et dix-sept de l’autre côté, dont les arcs cintrés sont assez bien conservés.
Les piles qui baignaient dans la Moselle paraissent avoir été emportées par le courant à une époque fort reculée, car un écrivain du xe siècle signale le pont comme détruit depuis déjà longtemps. Quelques archéologues, sans s’appuyer sur des documents bien positifs, attribuent à Drusus la construction de cet aqueduc : la légende locale en fait l’œuvre du diable qui, pour gagner une âme, s’était engagé à construire le pont dans une nuit. Mais le jour l’ayant surpris, il disparut sans avoir achevé son ouvrage.
Outre cette ruine grandiose, on trouve dans tout le pays des traces nombreuses des grandes voies de communication établies par les Romains. On a même pu rétablir assez exactement non-seulement l’emplacement, mais encore la conformation de villes antiques disparues et qui ont joué un rôle important dans l’histoire, par exemple Scarpone.
On lit à ce sujet dans la savante notice de M. de Beaulieu : « Autant qu’il est possible d’en juger par les ondulations du sol et par ce qu’on connaît des ponts qui joignaient ensemble les divers quartiers de Scarpone, cette ville était bâtie sur cinq îlots, dont les deux premiers avaient 5oo mètres de longueur du sud au nord, et les trois autres 400 du nord-ouest à l’ouest. C’est entre cette ville et Dieulouard qu’étaient les principaux édifices : les temples, les bains et le fort, devant lequel
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s’élevaient trois grands monuments de forme pyramidale. Les autres îlots, qui communiquaient entre eux par quatre ponts en pierre, étaient couverts d’habitations particulières. Cette ville, bien que n’embrassant pas les sept lieues de tour que la tradition lui attribue, avait une trèsgrande étendue. Les maisons, bâties pour la plupart en pierre, étaient divisées en chambres de 4 à 5 mètres en carré, dont Faire, formée d’un blocage cimenté et recouvert d’un vernis rouge, adhérait si bien aux murs et était d’une dureté telle, que les eaux qui filtraient au travers des terres ne pouvaient la pénétrer. Plusieurs pans de mur avaient encore 3 mètres de hauteur et étaient ornés de peintures à fresque. » Dans toutes les contrées que nous avons parcourues, en Alsace aussi bien qu’en Lorraine, nous avons reconnu par les nombreuses traces du passé les marques de la domination romaine sur l’ancienne population gauloise. Une autre race partie d’outre-Rhin est-elle venue se substituer aux primitifs habitants, comme voudraient le faire croire certaines théories intéressées ? L’étude des monuments de l’art suffirait pour en démontrer le vide et la fausseté. Depuis les Romains jusqu’à nos jours, le génie français est empreint sur les productions artistiques du pays ; la politique aura beau faire, elle n’empêchera pas le lien de famille imprimé sur toutes les œuvres de l’intelligence, de donner raison aux sentiments purement français qui animeront toujours nos belles provinces.
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