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LE MONUMENT DE MARTIN SCHONGAUER

à Colmar,

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.orraine,

ses alliés, et serrant son épée sur son cœur, tandis qu'il a encore un pied sur le vaisseau qui l’amène. C’est une figure dont la vaillance aimable, rehaussée de tout 1 éclat de la jeunesse, porte bien la tournure franche et dégagée du xvme siècle (fig. 55).

L’archéologie tourmente quelquefois cet artiste qui, pour son Vercingétorix , a mis à contribution le musée de Saint-Germain. Mais si toutes les pièces qui lui ont servi peuvent se reconnaître l’une après l'autre, elles n’ont d’autre importance dans son œuvre qu’un certi-

Fig, 55. — Lafayette arrivant en Amérique.

ficat de véracité. Aussitôt la certitude historique admise et prouvée, Bartholdi s’est bien gardé de la souligner; il s’est efforcé au contraire d’effacer l’érudit derrière l’artiste. Nous avons devant nous un chef gaulois qui galope sur un cheval de forte encolure, et, dans sa course rapide, s’élance par-dessus le cadavre d’un soldat romain gisant à ses pieds. C’est un groupe bien arrangé, pittoresque, plein d’entrain et de mouvement.

Le joli groupe intitulé les Loisirs de la paix , qui parut au Salon de 1868, montre un guerrier assis près de sa femme qu'il enlace dans son bras, avec un petit enfant à leurs pieds. Hélas! quand il composait ce groupe, l’artiste ne songeait guère que, deux ans plus

tard, l’Alsace serait ravie à la France, et que lui-même quitterait le ciseau du sculpteur pour prendre le fusil du soldat. Quand, après nos désastres, il est rentré dans son atelier de travail, ce ne sont pas les loisirs de la paix qu’il y a trouvés, mais les inspirations de la colère. C’est alors qu’il a fait la Malédiction de l’Alsace, beau groupe en bronze, oit une femme alsacienne jure sur le corps de son fils qu’un jour viendra pour la justice.

Un travail plus important et actuellement en voie d’exécution attendait Bartholdi. La ville de Belfort, dont la belle défense tranche si glorieusement au milieu de nos désastres, a voulu élever un lion colossal au pied de sa montagne, pour en perpétuer le souvenir. Bartholdi était naturellement désigné pour ce monument. La tâche était difficile et particulièrement délicate dans les circonstances présentes. Faire un lion menaçant était une forfanterie inutile, et le faire abattu était un manifeste de découragement que le sentiment national eut repoussé.

L’artiste a trouvé la juste mesure dans son patriotisme. Blessé gravement, mais non mortellement, le lion est couché et commence à relever la tète, comme pour voir d’où est venue la flèche qui l’a blessé. Ce monument, qu’on apercevra de loin dans la campagne, raconte du même coup nos désastres de la veille et nos espérances du lendemain. Il ne pouvait être mieux placé que dans le seul coin de l’Alsace qui soit resté français.

BENNER

Les frères Benner appartiennent à une famille mulhousaine qui a de l’importance dans l’histoire de l’industrie alsacienne. Deux générations de dessinateurs ont rendu ce nom familier à tous ceux qui s’occupent des fleurs et des ornements appliqués aux tissus. Les frères Benner pourtant sont des déserteurs, ils ont renoncé aux travaux qui les avaient fait connaître et sont venus à Paris s’essayer sur un champ plus vaste.

Jean Benner, le premier, résolut de faire des tableaux de figures ; il partit pour l'Italie, où il fit la connaissance d’Hamon. Il est

installé depuis plusieurs années dans l'ile de Capri. C’est de là qu’il a envoyé en 1872 un tableau intitulé Après une tempête à Capri , avec lequel il a obtenu une deuxième médaille. Ce sont des femmes affolées, qui du haut d’un rocher semblent interroger la mer et se penchent vers le gouffre en tordant leurs cheveux. Malgré une allure un peu mélodramatique, il y avait dans ce tableau un désespoir poignant.

Les Chanteurs de Capri montrent un autre aspect des mœurs du

i-ig. s 6. — Hirondelles sur un fil télégraphique, faïence de Decl<, composée par Jean Benner.

pays. Ils sont rangés à la file, et leurs types méridionaux, très-bien exprimés, nous transportent dans un monde différent du nôtre; on voit que c’est une scène prise sur nature.

Emmanuel Benner qui fait, comme son frère, des tableaux de figures, montre aussi un penchant marqué pour ldtalie, et s’est déjà fait remarquer à nos Salons annuels. Les frères Benner ont tous deux un véritable talent comme peintres et on compte sur eux. Tout en appréciant leurs efforts pour élever leur talent par des études sérieuses, on aime à constater qu’ils restent pleins de verve et d’entrain dans leurs fantaisies décoratives. Aussi les Deck n’ont eu garde de les oublier, et ils comptent parmi les collaborateurs assidus de la maison (fig. 56).

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