‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 46 sur 179 · INVASION EN LORRAINE, DESSIN DE B R 1 0 N · texte numérisé non relu

INVASION EN LORRAINE, DESSIN DE B R 1 0 N

En visitant les pays basques, Brion a fait une petite incursion en Espagne, et, sans s’inquiéter des moines à la mine austère ou des mantilles amoureuses, il en a rapporté la Quête au loup, scène rustique empruntée au pays basque. Deux mendiants, appuyés contre une maison, ont devant eux la dépouille d’un loup, qu’ils ont monté sur quatre piquets dans la posture d’un loup véritable. Ils ont délivré le pays du fléau destructeur des moutons et attendent de la générosité publique la récompense qui leur est due.

Brion a vu Naples, Rome et Florence, mais une seule ville l’a arrêté en Italie, c’est Venise, et ce qu’il a vu à Venise c’est... un enterrement ! Il paraît que dans ce pays-là le deuil se porte en rouge; l’artiste nous montre une gondole, toute drapée de rouge, qui file silencieusement sur un canal bordé de palais. Le cercueil est rouge et les hommes qui l’emmènent sont également vêtus de rouge.

Brion a fait tous les genres. Ennemi-né des théories creuses de l’esthétique, il peint sans s’inquiéter du désespoir qu'il cause aux faiseurs de classifications fort embarrassés de savoir dans quelle catégorie ils doivent le ranger. La lutte de l’idéal et du réel ne le touche en aucune façon et il dirait volontiers comme le poète :

L'âme et le corps, hélas ! ils iront deux à deux,

Tant que le monde ira, — pas à pas, — côte à côte,

Comme s’en vont les vers classiques et les bœufs,

L’un disant « tu fais mal » et l’autre « c’est ta faute! »

Néanmoins, le sentiment pittoresque l’emporte chez Brion sur tout autre, même lorsqu’il traite des sujets religieux. Ainsi dans le Saint Pierre marchant sur les eaux, ce n’est pas le Christ dans sa toute-puissance qui a ému l’artiste, et le sujet évangélique n’a été pour lui qu’un prétexte à faire clapoter des vagues.

Et on peut en dire autant de la Fin du déluge. Noé est sur l’avant de la fameuse arche et tend ses bras à l’oiseau de bon augure ; près de lui trois femmes regardent l’espace immense. Mais les figures ne sont pas non plus la partie intéressante du tableau. Le soleil du soir baigne l’Océan et dessine encore une longue ligne de feu sur l’horizon. Voilà le véritable sujet sur lequel l’artiste a rêvé, et s’il y a introduit des figures, c’était pour animer son paysage.

Une circonstance imprévue vint subitement jeter l’artiste dans

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