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DECK

Voici un artiste de l’industrie qui honore singulièrement son pays. Quand on parle aujourd’hui des frères Deck, leur nom éveille dans

Fig. 66 — Plat en faïence par Deck.

la pensée les plus belles colorations de la faïence, et les étonnants progrès que leurs efforts ont fait faire à une de nos industries d’art les plus intéressantes.

En 1841 Théodore Deck entrait en apprentissage dans la fabrique de poêles de Hugelin de Strasbourg, dont nous parlerons bientôt et qui présente une des faces les plus intéressantes de l’art alsacien. Déjà

à cette époque, Th. Deck manifestait des goûts artistiques qui le mettaient fort au-dessus des autres apprentis et qui, en se développant, devinrent pour lui une ressource.

En effet, lorsque vers 1844, il eut l’idée de visiter l’Allemagne pour étudier les procédés en usage dans le pays, il fut accueilli partout

Fig. 67. — Plat en faïence par Deck.

comme un artiste auquel on pouvait confier un genre de travail dont les autres ouvriers n’auraient pas été capables. S’arrêtant partout où il trouvait une fabrique, restant davantage dans celles où il croyait se perfectionner, il visita successivement le duché de Bade, le Wurtemberg, la Bavière, la Styrie et notamment Gratz, où il séjourna quinze

mois.

A cette époque le système des corporations subsistait encore en Allemagne, en sorte que les travaux artistiques exécutés par Deck sur son passage lui avaient fait une réputation qui n’était pas seulement locale, mais s’étendait à tout son corps d’état.

Aussi, lorsqu’il se rendit à Vienne, toutes les fabriques d’Autriche

Fig. 68. — Faïence de Deck

lui ouvrirent leurs portes et cherchèrent à l’attirer, mais le choix de son atelier était fait d’avance. Pendant le séjour de quinze mois qu’il fit à Vienne, Deck exécuta plusieurs poêles monumentaux qu’il avait modelés à la main dans le style Louis XV pour le château de Schœnbrunn, pour le duc de Lucques en Illyrie et pour le prince de Rothau à Prague.

La fabrication de ces poêles diffère de celle de Paris en ce qu’elle

est essentiellement artistique. C’est là une supériorité qu’il faut bien reconnaître à l’Allemagne, ou du moins à l’Allemagne méridionale; dans toutes les maisons riches, le poêle, au lieu d’être un instrument de chauffage, est un véritable monument, participant de l’architecture et du mobilier, et dont la décoration commande celle de l’appartement.

De Vienne, Deck se rendit à Pesth, où il séjourna quatre mois, puis il repassa par Vienne pour aller à Prague, Dresde, Leipsick et Berlin qu’il quitta au bout de trois mois, avec l’intention de venir à »

Fig. 69, — Faïence de Deck.

Paris. Mais il s’arrêta quelque temps en route, à Hambourg, Hanovre, Dusseldorf. Deck est véritablement un homme d’un autre âge, transporté parmi nous, et la connaissance approfondie qu’il a de son état vient de ce qu’il a étudié en tous lieux les procédés de fabrication. C’est ainsi que, du temps des corporations, les hommes de métier procédaient, au grand avantage de l'artiste qui ne gagne jamais à l’isolement.

Deck arriva à Paris au mois de décembre 1847, possédant à fond tous les secrets de la fabrication allemande, à cette époque si supérieure à la nôtre. Il entra dans la fabrique de poêles de M. Vogt, mais la révolution de Février ayant interrompu les travaux, il alla pour quelque temps à Guebwiller, sa ville natale, puis revint à Paris,

chargé par la maison Dumas de fonder une nouvelle fabrique de faïences pour poêles.

Cette époque marque en même temps le commencement des innovations de Deck, qui s’établit définitivement en 1 858. Il était alors vivement préoccupé de la belle coloration des faïences persanes. Un échantillon de carreau ébréché, qu’on lui prêta, fut de sa part l’objet

Fig. 70. — Plat par Deck.

d’une étude attentive et le convainquit que cette fabrication était toute autre que celle usitée en Occident.

Trouver la teinte des faïences orientales fut dès lors une idée fixe pour lui, et il donnait à ses essais la plus grande partie de son temps. Cette nouvelle fabrication lui causa bien des soucis et des tribulations, car il n’avait que les ressources de son travail quotidien pour lui venir en aide. Ne perdant jamais courage malgré ses nombreux insuccès, il finit par obtenir le résultat qu’il attendait.

En 1860, Deck fit pour Nadar différents travaux, entre autres de grandes jardinières, une vasque de plus d’un mètre de diamètre, etc.

Les trois grands bustes colossaux qui décoraient encore, il y a quelque temps, le pignon de la maison Nadar sur le boulevard des Capucines, étaient son ouvrage, et la manière dont ils ont bravé les intempéries

Fi0\ 71. — Cylindre à décors japonais par Deck.

des saisons, sans subir aucune altération, devrait attirer davantage l’attention des architectes.

A cette époque, quelques artistes, comme Hamon, Ranvier, Gluck, Bracquemond et Mme Escallier, étaient préoccupés des tons qu’on peut obtenir avec la faïence ; ils se réunirent à Deck et apportèrent le concours de leur talent à cet infatigable chercheur, désireux de faire des tentatives en tout genre.

Deck fit sa première apparition en public, à l’exposition des arts industriels de 1861, et reçut une médaille d’argent comme récompense. Cette exposition lui valut en outre divers travaux intéressants, entre autres la décoration en faïence de l’hôtel Païva, aux Champs-Élysées.

L’exposition de Londres, en 1862, fut encore pour Deck l’occasion d’un éclatant succès. On y remarqua particulièrement ses bleus

Fig. 72. — Vase de style oriental par Decli.

turquoises et ses pièces décorées dans le style oriental. Il faut rendre justice aux Anglais : s’ils font des efforts inouïs pour perfectionner leur industrie nationale, ils accueillent toujours très-bien les productions étrangères.

En 1 863, Deck fit la décoration intérieure d’un kiosque en style persan, pour M. Luce de Marseille. Une partie de cette décoration a figuré à l’Exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie, et la beauté de ses colorations fut très-remarquée. Cependant cette poterie n’était pas parfaite. Elle était sujette à la tressaillure qui, sans pour

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