HAFFNER
Félix Haffner 1 naquit à Strasbourg en 1 8 1 8 ; son père était un ancien officier retraité du premier Empire ; mais il avait un oncle qui était professeur de dessin et eut une grande influence sur sa vie. 11 perdit son père à quinze ans, se lança dans la carrière des arts avec une ardeur frénétique et fut bientôt en état de soutenir sa mère par les ressources qu’il s’était créées avec ses dessins et ses aquarelles. 11 n’en continuait pas moins ses études et prit la résolution d’aller se perfectionner en Allemagne; mais pendant un séjour qui se prolongea au delà d’une année, il put se convaincre que son génie était français et incompatible avec les méthodes allemandes.
En 1840, Haffner revint à Paris, sous la mauvaise impression de ce qu’il avait vu en Allemagne, et en 1844, nous le trouvons dans
1. Ses principaux ouvrages sonc : 1845. Marais près de Dax (Landes); Brasserie aux environs de Munich; Portrait. — 1846. Intérieur de ville (Fontarabie) ; Chaudronniers catalans; Intérieur de ferme dans les Landes. — 1847. Noce de paysans béarnais; Portrait. — 1848. Halte de Gitanos (au musée de Valenciennes); la Mendiante; Intérieur de la ville de Strasbourg ; Bergère des Landes ; Passage du Rhin par les Germains ; Portrait. — 1849. Marché à Schlestadt (acquis par la Société des Amis des Arcs de Strasbourg); Environs de Tarias dans les Landes ; Zingaris; les Laveuses en Alsace. — 1850. Paysage aux environs de Bade (commandée par le ministère de l’intérieur); un Verger; un Chemin creux; Vendanges en Alsace ; Bac sur le Rhin. — 1852. Une Fontaine à Obernay ; environs de Strasbourg ; la Récolte des pommes dans le grand-duché de Bade (commandé par le miniscère de l’incérieur). — 1853. Arrivée des bateliers du Rhin au marché de Strasbourg; Alon Jardin. — 1855. La Récolte du tabac en Alsace ; Sanglier ravageant un champ de mais; Chevreuil surpris ; Intérieur de basse-cour. — 185 7. Etang de Meinau aux environs de Strasbourg ; les Bords du Rhin; Intérieur; Rendez-vous de chasse de Meinau; Chalet de la ville de Rappel à Bade. — 1 859. Le Coup double ; Pluie et beau Temps ; la Pèche (panneau décoracif). — 1861. Chevreuils chassés par des chiens. — 1863. Chat sauvage dévorant un faisan; Etang du château de la Doutre ; Pommiers en Alsace. — 1865. Bords de PIll aux environs de Strasbourg ; Entrée de la forêt de IV an\enau. près Strasbourg. — 1866. Robertsau } près Strasbourg. — 1867. Halte de chasse chez Fuchs} dans la forêt de Strasbourg. — 1868. Loutre; Arbres fruitiers en Alsace. — 1869. L’Affût aux canards.
les Landes, en compagnie de son ami Jules Dupré, qui personnifiait alors la tendance la plus énergique de la jeune école française.
Haffner, sans avoir les audaces des grands révolutionnaires de la peinture, a su résumer en lui leurs qualités les plus opposées.
Théophile Gautier a apprécié son talent avec une remarquable justesse, lorsqu’il a dit : « Haffner aperçoit la nature comme à travers
Fig. 8+. — Marché de Schlestadt.
un prisme et nuancée des couleurs les plus brillantes ; les teints d’ivoire jauni, les costumes noirs et les fonds de bitume lui feraient peur, et, tout en peignant des bohémiennes ou des paysannes, il frippe leurs haillons épais et les fait miroiter comme des jupes de taffetas ; si la joue est trop brûlée par le soleil, il y pose une touche de fard et jette un peu de poudre de riz sur le bras ganté de hàle. Sa manière rus-
tique a des grâces d’opéra. Mais comme c’est un charmant coloriste, on lui permet volontiers ces petits mensonges, qui ne nuisent à personne. »
L’œuvre de Haffner est extrêmement varié; quelquefois, comme
Fig. 8$. — Pluie et beau Temps.
dans le Marché de Schlestadt, le sentiment pittoresque déborde. Ailleurs, ses paysannes ont du style et, sans rien perdre de leur caractère rustique, elles se cambrent comme des statues. Dans le tableau intitulé Pluie et Beau l^emps, il touche au sentiment, quoique avec une pointe de malice. Sur un chemin battu par une effroyable averse, un chasseur accompagne une jeune Alsacienne et partage son parapluie.
Ils sont malgré cela trempés jusqu’aux os, mais ils se contentent de douces choses.
Paysagiste plein de charme, Haffner sait aussi peindre les animaux avec une remarquable habileté. Ses Chevreuils surpris étaient un tableau exquis ; on les voit tremblants, effarés, s’élancer d’un mouvement brusque pour échapper au danger dont ils se croient menacés. Mais notre peintre arrive à une véritable expression dramatique dans son Sanglier ravageant un champ de maïs. Il y a là une brutalité et une sauvagerie bien étonnantes chez un homme qui peint habituellement de si jolies paysannes.
Quelquefois, mais bien rarement, Haffner a tenté la peinture religieuse qui paraît répondre moins bien que le genre pittoresque aux aptitudes de l’artiste. Et cependant, il a fait en dehors de ses tableaux, plusieurs ouvrages décoratifs importants. A Saulure, dans les Vosges, il y a de lui un immense plafond figurant une galerie circulaire autour de laquelle se développent les principaux épisodes d’une chasse et d’un joyeux repas.
Dans les salons de l’Hôtel de ville de Strasbourg, Haffner a peint dix dessus de porte, traités avec la touche fière et libre qui le caractérise. Ce sont des paysages, des chasses, des fleurs, etc. Chez Mme Rouher, il a fait les saisons personnifiées par des jeux d’enfants, et dans une villa d’Ingouville, près du Havre, il a peint des panneaux décoratifs représentant des fêtes vénitiennes.
Après l’annexion de 1 Alsace à l’Allemagne, Haffner, déjà malade et très- vivement affecté, a quitté sa ville natale et est venu avec ses sœurs se retirer dans une petite campagne, à Menil-Amelot (Seine-et- Marne). Il s’est consumé peu à peu par le chagrin, et s’est éteint en 1875, à l’àge de cinquante-sept ans.