TH. SCHULER
Théophile Schuler1, de Strasbourg, se destinait d’abord à la gravure en taille-douce et vint à Paris se mettre sous la direction de Muller et Bein. Mais son imagination toujours en
i. Ses principaux ouvrages sont : 1845. La Construction de la cathédrale de Strasbourg (dessin à la plume). — 1846. Les Croisés à la vue de Jérusalem. — 1849. Illustrations d’une comédie en dialecte strasbourgeois, intitulée le Lundi de la Pentecôte. — 1850. Le Char de la Alort (musée de Colmar). — 1853. Les Schhtteurs et Bûcherons des Vosges (illustrations). — 1855. V Arrivée des Zurichois à Strasbourg en ipjd (acquis pour le musée de Strasbourg et détruit par les Allemands en 1870). — 1861. Les Soldats défricheurs ; le Cavalier d’alarme (grisaille). — 1862. Le Cage touché.
Fig. 99. — Les Soldats défricheurs, tableau de Th. Schüler.
activité et la facilité qu’il avait pour exprimer sa pensée avec le crayon lui firent mettre le burin de côté, et au Salon de i8q5 il envoya un dessin à la plume, la Construction de la cathédrale de Strasbourg , qui fut fort remarqué. La critique française, et notamment Théophile Gautier, applaudit aux essais du jeune artiste, qui se fit remarquer l’année suivante par les Croisés apercevant Jérusalem.
Théophile Schüler était encore très-jeune, et sa réputation en bonne voie, quand les événements de 1848 le rappelèrent dans son pays. Il publia en 1849 l’illustration d’un poème en dialecte strasbourgeois, intitulé le Lundi de la Pentecôte et fit en même temps une grande toile allégorique intitulée le Char de la Mort , qui se voit au musée de Colmar. C’est une composition confuse et tout empreinte de l’esprit germanique. Je constate le fait à titre d’exception, peut-être unique dans la peinture alsacienne, en général trèséloignée du symbolisme prétentieux des Allemands.
Aussi Théophile Schüler, un moment égaré par le contact des voisins, est revenu bien vite au vrai sentiment de sa race, qui répugne au style abracadabrant , et dont le premier mérite est la clarté. Les Schlitteurs et Bûcherons des Vosges, dessins inspirés par le sol même de l’Alsace, dénotent un observateur intelligent et un artiste doué d’un vif sentiment pittoresque.
Cette fois Théophile Schüler avait trouvé sa voie, et désormais ses œuvres, toujours consacrées aux souvenirs de l'Alsace, lui assurèrent une place éminente parmi nos artistes nationaux. Ses nombreux dessins sur les mœurs alsaciennes ont une saveur de terroir qui leur prête un charme particulier. Il a fait aussi quelques tableaux qui se rapportent également à l’Alsace. En 1 855, Théophile Schüler fit un grand tableau représentant Y Arrivée des Zurichois à Strasbourg en i5~6 pour assister au grand tir qui se célébrait à cette époque. C’est une reconstitution archéologique fort curieuse, avec de nombreuses figures, qui viennent animer la vieille cité que ses maisons à pignons rendaient si pittoresque. Acheté par le musée de Strasbourg, il a péri dans l’incendie de 1870 avec tous les autres.
On a beaucoup remarqué aussi son tableau des Soldats défricheurs, exposé en 1861 et celui qui a figuré au Salon de 1 863 et qui avait pour titre le Gage touché. C’est un usage emprunté aux
LES ARTISTES ALSACIENS CONTEMPORAINS. ig3
mœurs alsaciennes du xvme siècle, et qui répond à ce qu’on appelle encore dans certaines provinces les petits jeux innocents. Pendant que les parents prennent le café ou savourent les bons vins d’Alsace, les jeunes s’amusent, et naturellement la conclusion est toujours une demoiselle qui se laisse embrasser avec un cérémonial déterminé. La scène, qui se passe dans la campagne, au milieu des vergers, est d’une animation et d’une gaieté charmantes.
Depuis plusieurs années on ne voit plus guère de tableaux de Schüler, et cet artiste consacre son talent à des illustrations qui ont rendu son nom très-populaire. Outre les dessins qu’il fait journellement pour le Magasin pittoresque et d’autres recueils illustrés, on lui doit les jolies compositions qui accompagnent les livres de ses compatriotes alsaciens Erckmann-Chatrian. Enfin il vient de terminer les illustrations de deux ouvrages nouveaux les Patins d’argent et le Chalet des Sapins, publiés tous les deux par la librairie Hetzel.
Après l'annexion de l’Alsace à la Prusse, Schüler fit comme tant d’autres et ne put supporter la vue des étrangers parlant en maîtres sur un sol français. Il est allé demeurer en Suisse, dans la jolie petite ville de Neufchâtel, où il a maintenant son atelier.
SCHUTZENBERGER
ouïs - Frédéric Schutzenberger, natif de Strasbourg, est
1^ venu à Paris se placer sous la direction de Gleyre, et s’est fait remarquer de bonne heure dans nos Salons annuels. Abordant tour à tour les sujets les plus divers, il a pu être classé successivement parmi les peintres de paysanneries alsaciennes, parmi les conteurs d’anecdotes historiques et parmi les sectateurs de l’antiquité clas¬
sique.
La Famille alsacienne émigrant en France après la guerre de i8qo est peut-être le meilleur tableau que lui ait inspiré son pays. Il y a une tristesse profonde dans ce pêle-mêle pittoresque, où le sentiment moral de la patrie, plus puissant que l’amour du bien-être,
pousse de pauvres gens à quitter le sol qui les a vus naître pour se soustraire à la domination de l’étranger. C’est une protestation douloureuse qui s’est renouvelée sur tous les points de l’Alsace, et qui méritait bien d’avoir sa consécration dans l’art.
Parmi les tableaux du genre anecdotique, nous nous rappelons avec plaisir la Marie Stuart en Écosse. La reine, montée sur un poney à tous crins, a oublié la chasse et contemple la mer houleuse, qui la sépare du « doux pays de France ». L’escorte se tient à distance pour ne pas troubler sa rêverie, et les pages portent en silence leurs faucons encapuchonnés.
Faut-il ranger dans la même catégorie la Promenade du pape au Monte-Pincio ? Le saint Père, suivi de deux cardinaux, a laissé à distance les gens de sa suite et se promène dans la campagne de Rome.
Les Premiers Astronomes donnent une note différente. Par une nuit claire et près des tentes de la. tribu errante, un pâtre chaldéen veille en regardant le ciel, ses deux mains sont appuyées sur un bâton recourbé. Le soleil vient d’éteindre ses feux, l’horizon est encore incandescent et les rochers se silhouettent sur les teintes dorées du crépuscule. Les troupeaux dorment déjà et, devant un feu dont la fumée monte, un chien seul relève la tète, inquiété par les bruits vagues de la nature. La figure rêveuse du berger est une des meilleures inspirations de l’artiste.
Les sujets antiques forment une grande partie de l’œuvre de Schutzenberger. On a beaucoup remarqué ses tableaux de centaures, son Enlèvement d'Europe, sa Faunesse et surtout son Pygmalion et Galatée.
Pygmalion est un roi en même temps qu’un sculpteur. Dans Chypre où il habite , les femmes sont très-dissolues : il en a vu beaucoup de fort belles , mais aucune n’a ce charme pudique sans lequel il ne saurait aimer. Il conçoit un modèle conforme à l’idéal qu’il rêve et en fait une statue dont il ne peut plus se détacher. Toujours en admiration devant cette figure inanimée , Pygmalion invoque Vénus , et la supplie de permettre qu’il trouve dans ses États une femme pareille à celle dont il a sculpté l’image. La déesse l’entend et l’exauce ; la statue s’anime et se voyant nue elle rougit. En naissant à la vie, sa première pensée est un sentiment de pudeur.
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Cet adorable sujet , une des plus gracieuses fictions de la mythologie antique, a déjà tenté plus d’un artiste. Dans la jolie composition de Girodet, la statue est debout, et le sculpteur ravi semble ne pas oser l’approcher; c’est un Amour voltigeant qui sert de trait d’union. Moins respectueux et plus passionné, le Pygmalion de Schutzenberger embrasse résolûment sa nouvelle épouse. Dans le tableau de Girodet, Galatée baisse les yeux en signe de pudeur, et dans celui de Schutzenberger , elle les ouvre en signe d’étonnement. Girodet, malgré l’afféterie de son dessin, me parait plus conforme à l’esprit de la légende ; mais, bien qu’il ait modernisé son sujet, Schutzenberger n’en a pas moins fait un fort joli tableau, qui a été acquis pour le musée de Strasbourg et détruit par les Allemands en 1870.
STEINHEL
Louis-Charles-Auguste Steinhel1, né à Strasbourg en 1814, s’est fait connaître à nos expositions par de charmants tableaux; néanmoins sa réputation vient surtout des admirables vitraux qu’il
i. Ses principaux ouvrages son:: — Tableaux : 1836. Consolations. — 1837. Lénor } ballade de Burger. — 1838. Sujet tiré du Nouveau Testament. — 1840. Jeune Vierge présentée au Christ. — 1841. Sainte Philomène. — 1844. Portrait de Al. AI... — 1845. M°n petit doigt me l’a dit; Une ATere de famille. — 1846. Scène d’intérieur ; Fruits et légumes. — 1847. Les Bulles de savon (musée de Nantes). — 1848. Jeune Mère ; le Alatin. — 1849. Femme et enfant ; Portrait de AI. F... — 1850. Portrait du général Chabert ; Fleurs. — 1852. Aquarelle d'après un christ trouvé en Auvergne ; Etat actuel des peintures de la Sainte-Chapelle. — 1863. Girojlées.
Vitraux et Peintures décoratives, à Paris : Restauration des vitraux de la Sainte-Chapelle ; Dessins du dallage ; Peintures au-dessous de la rose; Restauration des sujets peints dans les quatre feuilles. — A Notre-Dame : Vitraux de la nef ; Vitraux à personnages dans trois chapelles ; Vitraux en grisailles dans le pourtour du chœur; V itraux dans la sacristie; Peinture de saint Georges. — Eglise Saint-Jean, à Belleville : Vitraux de la nef et des transsepts. — Conservatoire des Arts et Métiers : Grisailles dans la bibliothèque et dans la salle des machines. — Eglise Saint-Roch : Christ en croix. — Eglise Saint-Etienne-du-Mont : Vitrail sur la vie de sainte Geneviève. — Verdun : Peintures de la chapelle du séminaire. — Amiens : Une Fenêtre avec sujets légendaires et grisailles ; Sainte Aladeleine ; Saint François d’ Assise ; Sainte Thérèse ; Saint Firmin; Figures dans