‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 8 sur 179 · DROGON · texte numérisé non relu

DROGON

D ro go n, évêque de Metz en 825, est un fils naturel de Charlemagne, qui fut destiné aux fonctions ecclésiastiques par Louis le Débonnaire. A cette époque, l’étude de l’architecture religieuse entrait dans l'enseignement de tous ceux qui avaient l'espoir de devenir évêques ou abbés, car ils devaient diriger leur église matériellement aussi bien que moralement. 11 n’est donc pas étonnant que Drogon ait donné les plans d'une église.

En 827, les bâtiments monastiques de Marmoutier ayant été incendiés, Louis le Débonnaire chargea son frère de les rebâtir; et en 833, Drogon transféra solennellement dans l’église qu’il venait d’élever

t. Pour tout ce qui concerne ces époques obscures, nous avons suivi pas à pas le beau travail de M. Gérard, intitulé : Les Artistes de l’Alsace pendant le Moyen Age.

les reliques de saint Céleste, qui l’avait précédé dans le siège épiscopal de Metz.

La façade actuelle de Marmoutier passe pour appartenir à l’ancien édifice élevé par Drogon; mais l’intérieur de l’église est d’une construction beaucoup plus récente. Drogon a également rebâti l’abbaye de Neuwiller, et il reste peut-être des vestiges de son œuvre dans les parties les plus anciennes.

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Willo, moine de Murbach et abbé d’Ebersmunster, vivait au xT siècle ; c’est à lui que se rattachent les plus anciennes traditions de l’orfèvrerie en Alsace. Il était très-habile doreur, et l’empereur Henri III, dit le Noir, le chargeait de dorer des vases de cuivre ou d’étain, qu’il donnait ensuite à ses vassaux, leur faisant croire qu’ils étaient d’or. Ceux-ci finirent par s’en apercevoir, et ne pouvant se venger sur l’empereur, résolurent de tuer l’artiste. L’empereur, voulant le protéger, lui donna l’abbaye d’Ebersmunster, bien que les moines eussent déjà nommé un autre abbé. Les moines se révoltèrent, mais l’empereur le réintégra par force. Willo, redoutant une nouvelle révolte, vola le trésor de son église et s’enfuit avec ses rapines.

On ne sait rien de plus sur cet artiste, qui passe pour avoir été d’une habileté prodigieuse. Bien qu’il n’ait pas, dans la légende, la réputation d’intégrité de saint Eloi, son nom est important à noter, parce que c’est le plus ancien qu’on connaisse dans l’orfèvrerie alsacienne.

MINIATURES

’ o rien t n avait souffert que des dévastations passagères et les barbares ne s’y étaient point établis en maîtres. Il en résulte que les traditions léguées par l’antiquité avaient été complètement transformées par l’établissement du culte, mais n’avaient pas été anéanties comme dans nos pays par une cessation d’activité. Les vieilles légendes païennes étaient trop populaires pour disparaître absolument ; mais , par la plus étrange des métamorphoses, elles se modifiaient juste assez pour s’adapter à la morale chrétienne et se fondaient souvent dans les histoires pieuses qu’on racontait sur les saints. C’est surtout dans les miniatures qu’on voit ce curieux mélange et qu’on peut étudier les origines poétiques des légendes du christianisme sur lesquelles sont venues se greffer tant de fables païennes plus ou moins défigurées.

Sous l’influence de Charlemagne et de ses successeurs, les artistes byzantins s’établirent en très-grand nombre dans les contrées rhénanes, et leur influence s’est manifestée visiblement dans l’école de miniaturistes qui s’est formée en Alsace vers le xne siècle.

De cette école, il reste, ou du moins il restait, une œuvre prodigieuse ! — Hélas ! les Allemands ont passé par là et il n’en reste plus rien aujourd'hui. — Cette œuvre, c’était un énorme volume, j’allais

dire un monument : le Hortus deliciarum. Il était destiné à l’instruction des établissements religieux, et les innombrables miniatures dont il était orné formaient comme un cours de symbolique chrétienne, où les fables païennes se mêlaient aux idées personnifiées et aux récits bibliques de la façon la plus étrange.

L’auteur du Hortus deliciarum passe pour être Herrade de Landsberg, abbesse de Hohenbourg, sur laquelle l’historien de l’art alsacien du moyen âge1 nous donne les renseignements suivants : « Issue de la noble famille de Landsberg, dont le manoir féodal se dresse encore sur un des contre-forts de la montagne de Sainte-Odile, Herrade était entrée enfant dans le célèbre monastère de Hohenbourg, un des sièges vénérés de la sapience religieuse. L’on ne discerne point si elle était fille de Égelolphe ou de Conrad de Landsberg, tous deux vassaux et amis de Frédéric, duc de Souabe et d’Alsace, qui devint empereur sous le nom de Frédéric Barberousse. Nous n’avons guère de renseignements certains sur sa personne; mais sa longue administration abbatiale et l’époque où elle la prit permettent de placer sa naissance entre 1 1 25 et i i3o. »

L’histoire nous apprend donc bien peu de chose sur Herrade; dans la tradition, elle apparaît comme le type accompli de l’abbesse pratiquant toutes les vertus et en même temps comme une encyclopédie vivante possédant et enseignant toutes les sciences et tous les arts. Les papes correspondaient avec elle, les évêques la consultaient, et elle était pour tout le monde un objet de vénération. Outre les langues vivantes, Herrade parlait le grec et le latin ; elle lisait les Pères dans leur langue originale, était familière avec les saintes Écritures, connaissait à fond Aristote, Platon et Cicéron, élucidait les questions théologiques les plus subtiles et enseignait aux jeunes filles confiées à ses soins la géométrie, l’astronomie, la grammaire et la dialectique. Grand poète, elle composait des vers latins à la louange de Dieu; grande musicienne, elle faisait de la musique pour accompagner ses pieux cantiques; elle enseignait à ses élèves le chant religieux et excellait à jouer de plusieurs instruments. Elle était peintre habile, ses miniatures en font foi. Elle a réformé la discipline de son couvent, bâti des chapelles, fondé des hôpitaux, aidé les pauvres, secouru les

i. Gérard, Histoire des Artistes de l Alsace pendant le Moyen Age.

LES MINIATURES

voyageurs. Sa science était incomparable, ses talents merveilleux, sa vie exemplaire. Voilà ce que la tradition nous rapporte sur Herrade.

Où Herrade de Landsberg avait-elle appris l’art de peindre la miniature? La tradition veut que Relinde, qui la précéda dans le gouvernement du monastère de Hohenbourg, ait été elle-même une artiste fort habile, et M. Gérard paraît croire qu’elles ont pu travailler l’une et l’autre aux miniatures du Hortus deliciarum. « Il existe, dit-il, dans l’ancien cloître de Hohenbourg, un monument qui nous rappelle l’abbesse Relinde. C’est un bas-relief du xne siècle, représentant Relinde et son amie Herrade à genoux devant la Vierge qui tient l’enfant Jésus dans son giron. Les deux abbesses soutiennent un livre, emblème de leur savoir et de leurs travaux, qu’elles déposent comme un hommage aux pieds de la Vierge. Ce témoignage de la double fraternité dans la science et dans la piété qui lia les deux saintes femmes a été posé par Herrade. J’y aperçois la preuve que Relinde a préparé avec Herrade l’œuvre qui a illustré sa jeune compagne. Ce livre, solennellement offert par la maîtresse et son élève chérie à la mère de Dieu, n’est-ce pas le Hortus deliciarum lui-même ? »

Le Horuis deliciarum nous offre l’exemple le plus complet des traditions byzantines dans la miniature. Le grand nombre de compositions qu’il renferme se rattache à une multitude de sujets divers; on y trouve le type le plus ancien de plusieurs figures symboliques dont les variantes apparaissent sur divers monuments du moyen âge.

Les visions apocalyptiques dont les récits troublaient si fort nos pères, prennent, sous le pinceau d’Herrade, une grandeur surprenante. Voici d’abord la Cité de Dieu, où l’Église victorieuse, portant sur la tête un diadème étoilé. En relisant le passage on verra comment l’artiste a interprété le texte étrange de Y Apocalypse 1 : « Il parut un grand signe dans le ciel, une femme revêtue du soleil et qui avait la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte et elle criait, étant en travail et souffrant des douleurs de l’enfantement. Il parut aussi un autre signe dans le ciel; c’était un grand dragon roux qui avait sept tètes et dix cornes, et sur ses tètes sept diadèmes. Sa queue entraînait la troisième partie des étoiles du ciel et elle les jeta sur la terre; puis le dragon s’arrêta

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