‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 9 sur 179 · Apocalypse •. chap. xn · texte numérisé non relu

Apocalypse •. chap. xn

Fig. 5. — Sujet tiré de V Apocalypse , miniature du Hortus deliciarum1.

1. Tous les sujets que nous reproduisons d'après le Horlus deliciarum, ont été calqués sur les originaux, avant la destruction du livre.

LES MINIATURES

devant la femme , afin de dévorer son enfant , quand elle l’aurait mis au monde. Or elle mit au monde un fils, qui devait gouverner toutes

les nations avec un sceptre de fer et son enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône... »

La femme peinte par Herrade (fig. 5) a la tête nimbée et les

pieds sur le croissant de la lune. Le soleil dont elle est revêtue apparaît derrière son dos, et de ses épaules partent les grandes ailes d’aigle que Dieu lui a donné pour échapper au dragon. Un ange enlève au ciel l’enfant qu’elle vient de mettre au monde, et à ses pieds sont le dragon dont la queue balaye les étoiles et le lion symbolique tenant le glaive dont il doit blesser les croyants.

Le même archaïsme monumental se retrouve dans une autre scène de Y Apocalypse - : « Je vis une femme assise sur une bête de couleur écarlate, pleine de noms de blasphèmes et qui avait sept têtes et dix cornes. Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate, et parée d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle avait à la main une coupe d’or pleine des abominations et de la souillure de ses impudicités. Et sur son front était écrit ce nom mystérieux, la grande Babylone, la mère des impudicités et des abominations de la terre... »

Cette figure de la cité maudite (fig. 6), est remarquable par sa tournure étrange et grandiose, mais on remarquera que le visage, de même que celui de la précédente, est totalement dépourvu d’expression. L’artiste a été frappé par l’étrangeté de l’apparition et s’est uniquement préoccupé de la mise en scène.

Les sujets tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament sont nombreux dans le Hortus deliciarum, et empreints d’un caractère réaliste très-prononcé. La création de l’homme, par exemple, est représentée d’une façon presque brutale (fig. 7). Dieu le Père est un sculpteur modelant avec ses doigts une figure qui est Adam, et quand elle est terminée Dieu lui souffle dans la bouche pour lui donner la vie. Nous sommes bien loin du spiritualisme chrétien de Michel -Ange et de Raphaël, qui nous montrent le Père éternel, créant toute chose par la seule puissance du geste, mais il y a dans la conception d’Herrade comme un souvenir confus des monuments antiques. Dans la mythologie, c’est Prométhée qui fabrique l’homme avec de l’argile, et Minerve, l’intelligence divine, lui pose sur la tète le papillon, emblème de l’âme et de la vie. Cette scène figure sur plusieurs bas-reliefs antiques. La création de l’homme, sous sa forme matérielle et palpable, où Dieu façonne sa créature avec ses doigts, au lieu de la faire

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