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SCHLESTADT

La ville de Schlestadt1 est un des centres d’excursion les plus intéressants de l’Alsace. L’église Sainte- Foi et l’église Saint-Georges méritent d’être visitées : la première, qui est la plus ancienne, est remarquable par ses tours et son abside. L’église Saint-Georges est un joli édifice de style ogival, qui a été récemment l’objet d’importantes restaurations.

La plus imposante ruine de l’Alsace, celle du Haut-Kœnisberg, se trouve aux environs de Schlestadt. Cet immense château est situé sur une montagne extrêmement élevée. Un architecte qui a beaucoup étudié les monuments des contrées rhénanes, M. Daniel Ramée en parle ainsi : « Les abords du Haut-Kœnisberg sont si bien défendus par la nature, que le corps du logis n’est protégé par aucune fortification au nord et au sud. A l’est et à l’ouest, au contraire, il est couvert par deux enceintes carrées terminées à leurs angles par de grosses tours. La place affecte ainsi la forme d’un parallélogramme très-allongé, qui serait divisé en trois sections parallèles : celle du milieu , réservée aux usages de la vie civile et celles des deux extrémités occupées par des travaux de défense. C’est la forme à peu près constante des châteaux de l’Alsace. »

Pour entrer dans le corps d’habitation, il fallait franchir quatre portes, suivre les détours d'un chemin tortueux, et monter plusieurs escaliers. Il y avait plusieurs étages, aujourd'hui écroulés, ce qui donne à l’intérieur de la ruine un aspect étrange et grandiose. D’immenses voûtes, quelques salles, des tours et parmi elles un gros donjon, des terrasses d’où on jouit d’une vue splendide, voilà tout ce qui reste debout de cette immense demeure féodale.

i. Schlestadt porte d’argent à un lion couronné de gueules.

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Les montagnes qui avoisinent Schlestadt sont couvertes de vieux châteaux dont les ruines attirent les touristes, mais dont la description nous entraînerait à des redites inutiles. Peu de contrées sont aussi riches en vieilles constructions féodales. Citons seulement, parmi celles qu’on visite le plus, le château de Frackenbourg, dont la tradition

Fig. 122. — Château du Haut-Kœnisberg. (Extérieur. )

populaire attribue l’origine à Clovis, ceux de Girbaden, de Dreysten, de Lutzel bourg, de Bernstein, d’Ortenberg, etc.

De toutes les excursions qu’on peut faire aux environs, la plus intéressante est celle de la montagne Sainte-Odile. De là on découvre vingt villes, plus de trois cents villages, le Rhin qui, dans son parcours immense, semble un filet d’argent, la forêt noire qui s’échelonne par mamelons successifs et tout à l'horizon, par les belles matinées d été, les cimes neigeuses des Alpes. Tout autour, les montagnes sont

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Fig. 123. — Château du Haut-Kœnisberg. (Intérieur.)

de dix mille mètres dont les débris apparaissent partout. Puis ce sont des traces de voies romaines, des rochers semblables à des menhirs ou des dolmens celtiques. Les archéologues de France et d Allemagne sont venus cent fois interroger ces vestiges d une histoire inconnue.

Les Romains avaient-ils bâti dans les Vosges une sorte de rempart analogue à la muraille de la Chine, pour préserver la contrée des incursions barbares. On serait tenté de le croire en voyant ces traces de fortifications qui reparaissent çà et là dans les vallons vosgiens;

couronnées de vieux chàteaüx en ruine : celui-ci a été bâti par les géants, cet autre était la demeure d’une fée, tous ont une histoire à raconter. Sur le plateau même, il y a des groupes de rochers, que semblent relier entre eux des constructions d’apparence cyclopéenne. C’est ce qu’on appelle le mur païen : il y a là comme une enceinte de plus

mais l’histoire romaine est connue, les historiens auraient signalé une construction de cette importance, et ils n’en disent pas un mot. D’un autre côté, si une partie du mur païen est de construction romaine, d’autres parties bien plus considérables semblent être d’une date antérieure, et, parmi les débris qu’on trouve épars dans la contrée, il y. en a qu’on rattache à la période préhistorique. Il y a donc là toute une longue série d’événements, tout un passé attesté par les monuments et dont on ignore le premier mot : énigme étrange dont on cherchera longtemps encore la solution.

Mais ce ne sont pas seulement des historiens et des touristes qui fréquentent la montagne Sainte-Odile et ses environs, ce sont des pèlerins qui affluent de toutes parts. Sainte Odile est la patronne de l’Alsace, et le lieu qu’elle a habité est la montagne sainte des Vosges. Ici, à défaut de l’histoire, la légende s’affirme à chaque pas, et de pieuses stations indiquent au pèlerin l’endroit où il doit se recueillir, en souvenir d’un événement merveilleux qui s’y est passé.

Vers la fin du vne siècle, le duc Athic ou Étichon gouvernait l’Alsace où il avait de nombreux vassaux. Le duc n’avait pas d’enfants, et sa femme Bereswinde paraissait stérile. Il rêvait pourtant d’avoir un fils qui pût porter son nom et hériter de sa puissance. Aussi quelle joie dans le château quand on apprit que Bereswinde allait mettre au monde un enfant! L’enfant vint en effet; mais, au lieu d’un fils, ce fut une fille, et, qui pis est, une fille aveugle. Le courroux du duc n’a pas de bornes : il bannit l’enfant de sa présence. La nourrice l’emporte et va trouver saint Erhard et saint Hidolphe qui baptisent la petite fille. Au moment où l’eau sainte mouille le front de l’enfant, ses yeux reviennent à la lumière, elle n’est plus aveugle ! Le bruit du miracle se répand dans la contrée, et le duc est obligé de reprendre sa fille puisque maintenant elle est chrétienne ; mais il ne lui rend pas sa tendresse. Odile ne semble pas la fille du puissant seigneur auquel chacun rend hommage. Confondue avec les servantes, elle passe sa vie dans les travaux les plus humbles, et, la crainte qu’inspire son père fait que nul ne lui rend les honneurs qui sont dus à son rang.

Cependant Odile grandit, et sa beauté devient merveilleuse. Le duc alors réfléchit qu’un gendre puissant pourrait servir ses vues et annonce à sa fille qu’il a résolu de la marier. Pour tout au monde Odile n’eût pas voulu contrarier la volonté de son père, mais elle s’est

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vouée à Dieu et doit renoncer au monde. Le duc exige qu’elle se marie et la jeune fille quitte le toit paternel. Alors commence pour elle une course mystérieuse et vagabonde à travers les montagnes et les forêts, car le duc, armé jusqu’aux dents et suivi de nombreux soldats, poursuit la fugitive qui n’a pour se défendre que l’extase et la prière. En combien de lieux a-t-elle passé en laissant partout des traces de sa foi et de la puissance du Dieu qu’elle sert ! Que de fatigues n’a-t-elle pas essuyées, que de maux et de privations ont épuisé son corps sans

Fig, 124. — Colonne du monastère de Sainte-Odile.

jamais ébranler sa résolution! La voilà maintenant qui a passé le Rhin : comment? nul ne le sait; mais le duc l’a traversé après elle, et quand, accablée par la lassitude., elle arrive à la forêt Noire, où elle espère se cacher dans l’antre d’un rocher, elle se trouve en face de son père qui est parvenu à l’atteindre. Mais alors la terre s’entr’ouvre pour recevoir la sainte, et le rocher se referme sous les yeux du duc, qui reconnaît enfin que la volonté de Dieu est plus puissante que la sienne.

Confondu par le miracle qui vient de s’accomplir sous ses yeux,

le duc jure de ne plus contrarier désormais la vocation de sa fille. L’antique château se change alors en monastère, et les jeunes filles de la noblesse austrasienne et bourguignonne viennent se consacrer au Seigneur sous la direction de sainte Odile. Lorsque le duc fut mort, la sainte vit en songe son père expiant dans le purgatoire les rigueurs qu’il lui avait fait subir : elle fondit en larmes et pleura jusqu’à ce que Dieu, touché de ses prières, consentît à le délivrer.

La sainte éleva alors la Chapelle des Larmes , et, comme les anges venaient souvent la visiter, elle voulut consacrer ce souvenir en élevant la Chapelle des Anges. Bien des miracles vinrent prouver aux populations la sainteté de l’abbesse, et une source qu’elle a fait jaillir dans la montagne où est son monastère possède encore le don de guérir les maladies des yeux.

Après bien des péripéties , le monastère de Sainte-Odile est redevenu un lieu de pèlerinage. Des images sculptées ou peintes, appartenant à diverses époques, mais pour la plupart modernes, retracent les épisodes de la vie de la sainte. Les parties conservées de l’ancien édifice appartiennent au style roman primitif : le tombeau de sainte Odile est un sarcophage décoré d’arceaux, dont la date est difficile à déterminer. Dans la Chapelle des Larmes , on montre une pierre que la sainte a usée en s’agenouillant pour prier. La Chapelle des Anges possède un singulier privilège : les jeunes filles qui suivent le sentier qui l’entoure sont assurées de se marier dans l’année.

Sainte Odile n’est pas seulement le type de la vierge austère et convaincue, la tradition veut encore en faire une artiste. On la représente comme imposant à ses religieuses l’obligation de transcrire des

manuscrits et de les orner de miniatures. Inutile de dire qu’au temps

où se place la légende de sainte Odile, aucun monastère de femmes ne se livrait à ce genre d’occupation. Mais le couvent qu’elle avait fondé, en place de l’ancien château de Hohenbourg, s’est distingué entre tous, dans un âge postérieur, par son caractère savant et artiste, en sorte que l’imagination populaire, avide de tout personnifier, a fait de la patronne de l’Alsace le type du savoir et de l’étude, en même temps que le modèle de toutes les vertus monacales. C’est à une abbesse de Hohenbourg, Herrade de Lansberg, que se rattachent les monuments les plus importants de la peinture alsacienne au moyen âge.

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Au ixe siècle, Richarde, épouse répudiée de Charles le Gros, vint prier sur la tombe de sainte Odile , pour connaître le lieu qu’elle devait choisir pour retraite. La sainte lui apparut dans une vision et lui ordonna de se fixer aux environs, dans un endroit où elle serait témoin très-prochainement .d’un fait extraordinaire.

A quelque temps de là, Richarde, traversant la vallée d’Andlau, aperçut une ourse entourée de ses petits, qui grattait la terre et traçait l’emplacement d’une enceinte. Elle fonda là une abbaye et fut ellemême canonisée au xie siècle. Le trou creusé par les ours est marqué dans la chapelle par une ouverture circulaire, qui a eu longtemps des propriétés médicales. On nourrissait toujours un ours dans l’abbaye d’Andlau, en mémoire du miracle qui avait présidé à sa fondation, mais l’ours ayant une fois dévoré un enfant, cet usage fut aboli, et on sculpta un ours en pierre qui se voit encore près la porte de l’église.

L’ancienne église abbatiale d’Andlau montre de curieux basreliefs, où des scènes de chasse sont mêlées aux sujets religieux. On voit à l’intérieur la châsse de sainte Richarde, ouvrage du xive siècle, où sont sculptés les principaux traits de la vie de la sainte. La crypte, d’une construction très-ancienne s’étend sous le chœur de l’église.

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