MULHOUSE
Mulhouse est une des villes les plus industrieuses de l’Europe, mais sa prospérité ne remonte pas au delà du xvine siècle. En 1746, trois citoyens de la ville, Schmalzer, Kœchlin et Dolfus s’associèrent pour fonder une manufacture d’étoffes de coton imprimé, dans le but de faire concurrence aux tissus que le commerce allait
chercher en Inde. Schmalzer fabriquait, Kœchlin fournissait les fonds et Dolfus dessinait et s’occupait du décor. C’est à ces trois personnages que Mulhouse doit l’industrie des toiles peintes qui a fait sa richesse. Mulhouse s’est librement réunie à la France en 1 798.
Cette ville a peu de monuments anciens ; l’hôtel de ville, construit en 1 55 1 , est un édifice intéressant, décoré de peintures à l’extérieur et couvert de tuiles vertes et rouges disposées en losange ; on y monte par un double escalier de l’aspect le plus original. L’intérieur possède de beaux vitraux et une grande salle où sont les écussons des bourgmestres.
La cité de Mulhouse a réalisé, par l’initiative de ses habitants, un vœu qui a été souvent émis, mais presque toujours en vain, dans plusieurs de nos grandes villes de France. Elle a organisé un musée historique, musée qui, né d’hier, est déjà d’un grand intérêt, et qui ne p 3 ut manquer de s’accroître. Cette collection, dont le catalogue ne contient pas moins de six cent soixante-quatre numéros, et aura prochainement une édition beaucoup plus complète, comprend deux parties : la première composée d’objets divers, la seconde comprenant les manuscrits et les imprimés ; c’est donc un musée annexé à une bibliothèque, musée absolument local et exclusivement consacré à ce qui peut intéresser l’histoire de la ville.
L’antiquité est représentée par des médailles romaines, un glaive, des bijoux, des vases et différents objets trouvés dans la banlieue de Mulhouse. Pour le moyen âge, ce sont des bannières, des clefs, des armoiries, des plans, des sceaux, des monnaies, une quantité d’objets provenant des anciennes corporations. Puis une série assez nombreuse de portraits nous mène jusqu’à l’histoire moderne, pour laquelle on a réuni des dessins, vues, photographies, estampes anciennes, fragments de toute espèce.
La bibliothèque est particulièrement riche en titres, transactions, documents relatifs à l’histoire de la ville.
Outre son musée historique, Mulhouse en a deux autres, qui sont placés sous la direction de la Société industrielle de la ville. Le premier, consacré aux études pour l’industrie, renferme, entre autres richesses, une série d’échantillons provenant de toutes les manufactures anciennes et nouvelles de la ville.
Le musée de peinture est composé presque exclusivement d’ou-
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vrages modernes. Malheureusement le catalogue, qui contient soixantesept numéros, ne donne aucune indication sur la formation de ce musée, qui est très-récente. Tous les ouvrages qui le composent paraissent être des dons, et, parmi les donataires, le nom de M. Engel Dolfus est celui qui revient le plus souvent.
La peinture alsacienne est représentée par quelques bons tableaux.
Fig 146. — Intérieur de l’église d’Oltmarsheim, près Mulhouse.
Le Coup double, de Haffner, est un des succès du Salon de i85q. Le Fil d’or, de Hermann; le Champ de Mai, de Brion ; le Césai sauvé, de Gluck ; le Retour des cigognes, de Jundt; la Femme couchée, de
Henner; le Souvenir d’Italie , de Schutzenberger ; les Fleurs, de Benner, forment une belle part à l’école alsacienne.
En dehors de l’Alsace, nous citerons : un tableau de Troyon, le Braconnier ; deux jolies toiles de Jules Didier, des Bœufs dans la campagne romaine et le Lac de Trasimène ; la Villa d’Este, par Alfred de Curzon, et le Samson rompant ses liens , de Léon Glaise ; les Bords du lac du Bourget , d’Appian , etc.
Si Mulhouse n’a rien par lui-même qui soit particulièrement remarquable comme architecture ancienne, elle offre à une lieue un édifice qui est assurément un des plus curieux de l’Alsace pour l’archéologie : c’est la petite église d’Ottmarsheim. Elle est du même style que le dôme d’Aix-la-Chapelle élevé par Charlemagne et présente, à l’intérieur, un octogone dont la partie centrale est enveloppée par une double galerie. Des escaliers pratiqués dans l’épaisseur du mur conduisent à la partie supérieure s’ouvrant sur l’église et divisée en huit travées par de grands arcs en plein cintre. Chacun des arcs est soutenu par un double rang de colonnes cylindriques et à chapiteaux cubiques sans ornements. On croit qu’elle a été bâtie sur l’emplacement d’un ancien temple de Mars, par le comte Rodolphe, frère de l’évêque de Strasbourg Wernher, qui avait fondé dans cette localité un couvent de bénédictines.