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LE SEPULCRE DE SAINT EU H EL

LA RENAISSANCE

par Nicodème et Joseph d’Arimathie, dont les traits sont empreints d’un caractère grave et réfléchi : sainte Madeleine, agenouillée, baise les pieds du Christ et les arrose de ses larmes; au second plan, dans un demi-jour qui ajoute encore à la tristesse de la scène, la Vierge, défaillante, est soutenue par saint Jean et Marie, sœur de Marthe. C’est peut-être la figure la plus touchante de ce groupe admirable. Sur un des côtés, une

fjg. ijy. — Le jugement de Daniel, bas-relief attribué à Ligier Richier (musée du Louvre).

sainte femme contemple avec tristesse la couronne d épines qu elle tient dans ses mains ; du côté opposé, un ange porte des clous et la croix. Au fond, des soldats jouent aux dés : le désir du gain qui se lit sur leur visage contraste avec l’attitude désespérée des saints qui entourent le Christ. On raconte dans le pays que ces soldats repro-

duisent les traits de deux habitants de Saint-Mihiel : l’un serait un usurier inflexible qui aurait fait saisir le sculpteur dans ses meubles, l’autre, le sergent de justice qui aurait opéré la saisie.

La sculpture chrétienne ne s’est jamais élevée plus haut que le Sépulchre de Saint-Mihiel et c’est assurément, sous le rapport de l’expression, le plus grand chef-d’œuvre de l’école française dans la statuaire. Le peintre Louis David, allant en Belgique où il était exilé, s’arrêta à Saint-Mihiel, et resta, dit-on, six heures en contemplation devant le Sépulchre dont il ne pouvait arracher ses yeux.

Le nombre des ouvrages qui peuvent être attribués avec certitude à Ligier Richier est assez restreint ; mais en Lorraine, dès qu’une statue ancienne présente quelque valeur artistique, on ne manque pas de prononcer le nom du grand sculpteur. Ligier Richier, au lieu d’ètre le premier artiste de son pays, aurait été un maître isolé, ce qui est bien rare dans les arts ; le besoin de réunir tout sous un nom unique, et de supprimer à son profit les artistes qui ont pu être ses émules ou ses élèves, est un résultat naturel de la paresse humaine qui n’aime pas à chercher. L’orgueil des petites localités qui veulent rattacher à un nom illustre les œuvres d’art qu’elles possèdent et l’intérêt des amateurs qui espèrent par là donner de la valeur aux objets d’art dont ils sont détenteurs, contribuent également à fausser l’histoire. Plusieurs des ouvrages qu’on attribue à Ligier Richier se trouvent à Saint-Mihiel et dans d’autres villes de la Lorraine; nous nous proposons, quand nous en parlerons, d’examiner sur quels fondements repose cette attribution.

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