‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 98 sur 179 · W OE R I O T · texte numérisé non relu

W OE R I O T

Pierre Wœriot, orfèvre et graveur, est né au village de Bouzey, près de Bar-le-Duc, en 1 532, date constatée par lui-même

Fig. i <5 1 . — Pommeau d’épée d’après une gravure de Pierre Wœriot.

dans son propre portrait qu’il a gravé en 1 5 56, à 1 âge de vingtquatre ans. Pierre Wœriot a travaillé dans des genres très-dillérents;

lorsqu’il traite les motifs d’ornement et fait des modèles pour l’orfèvrerie, il se place d’emblée au premier rang. Il sait agencer les arabesques d’une façon charmante et y place des figures qui font le meilleur effet. Une suite de pommeaux d’épée, de garnitures et d’objets de damasquinerie sont particulièrement remarquables, et l’artiste s’y montre compositeur plein de goût.

Quoique contemporain de l’école de Fontainebleau , où les artistes français se soumettaient si docilement à la manière de voir des maîtres venus d’Italie, Pierre Wœriot, qui a toujours habité la province, a su garder une franche originalité, et s’il a quelquefois des formes incorrectes, il montre presque toujours un vif sentiment pittoresque.

Ses principaux ouvrages, en dehors de l’orfèvrerie sont le Taureau de Phalaris, estampe extrêmement célèbre, de belles compositions sur la Bible, une suite exécutée en petit et . représentant les différentes espèces de Funérailles, une suite de gravures et camées antiques, publiée à Paris en 1779, de nombreux portraits, entre autres ceux des rois de France, etc. Un livre intitulé Heures de Notre-Dame, imprimé à Metz en 1599, renferme une gravure en taille-douce de sa main; c’est la dernière pièce connue de lui et l’on peut présumer qu’il a dû mourir peu de temps après cette époque.

Pierre Wœriot était également graveur sur bois; mais il y a de vives contestations sur la plupart des ouvrages qui lui sont attribués. M. Ambroise-Firmin Didot signale un livre rarissime qui manque au cabinet des estampes et ne se trouve, d’ailleurs, dans aucune bibliothèque publique. C’est une édition latine de Flavius Josephe, in-folio, publiée à Lyon en 1 566 . M. Didot décrit ainsi l’exemplaire qu’il a vu et qu’il croit unique : « Ce livre, remarquable en tous points par la beauté des caractères , la netteté du tirage et la qualité du papier, fait honneur à l’imprimerie lyonnaise. Les 18 vignettes, dont 1 1 portent dans le bas la marque de Wœriot, ont 80 millimètres de large et 53 millimètres de hauteur, c’est-à-dire une dimension tellement réduite qu’on peut supposer qu’elles 11’étaient pas primitivement destinées à un in-folio. La plupart de ces compositions, à peine ombrées, représentent des scènes très-animées tirées de la Bible et l'emportent pour la clarté, pour la science des raccourcis, pour la perfection du dessin, sur les sujets analogues traités dans les mêmes

LA RENAISSANCE

dimensions par Petit-Bernard. Les lointains sont très-riches et d’une telle finesse d’exécution qu’on incline à croire que la plupart de ces

planches ont été exécutées en relief sur métal par Wœriot. La perspective des monuments y est exprimée d’une manière irréprochable et l’on croirait voir sous ce rapport les plus délicates estampes de Callot ou d’Étienne de la Belle. Malheureusement, parmi ces planches, celles qui ont un double filet d’encadrement et qui ne portent pas la marque de Wœriot sont d’une gravure lourde et trèsinférieure. Plusieurs des lettres initiales qui décorent ce livre sont d’une pureté et d’une élégance en rapport avec les vignettes placées dans le texte. »

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