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ART ET MODE

Art et Mode,

Benvenuto Cellini fit surtout beaucoup de médailles (îig. 104) d'or et d'argent que les dames et les gentilshommes avaient habitude de porter au chaperon. Chacun, en commandant une médaille pour l'attacher à sa toque, y faisait graver, suivant ses goûts personnels, son caprice ou celui de l'artiste, des sujets ou des allégories qui sont devenus naturellement lettre morte pour nous. Cette coutume rapportée par Cellini explique l'immense quantité de médailles que nous a laissées l'Italie et dont la signification embarrasse bien souvent.

JM

Il est cependant des pays qui ont singulièrement résisté à la mode. Ainsi, Mariette fait cette curieuse observation qu'on rencontre aujourd'hui en Nubie (fig. 105) des femmes qui, la tête ornée de la même coiffure, prennent la même pose et se servent des mêmes ustensiles pour accomplir la même opération que telles femmes représentées sur les plus antiques bas-reliefs, en train de pétrir le pain.

« Etrange pays, conclut le savant égyptologue, où, depuis

quatre mille ans, les femmes paraissent ignorer qu'il y a quelque chose qui s'appelle la mode ! »

Chez certains artisans, les instruments du travail sont restés les mêmes à travers les siècles, et l'on peut dire en quelque sorte qu’ils sont vieux comme le monde; sans doute parce que, dans leur simplicité, ils s'adaptent admirablement à l'usage auquel ils sont destinés.

Le potier égyptien, qui vivait deux mille ans avant Jésus- Christ, se servait presque du même our et de la même roue que manient aujourd'hui le potier que l'on rencontre dans nos campagnes, ou même dans nos colonies, et l'artisan malgache, tournant ses vases (fig. 106) de terre, pratique de la même façon qu'un contemporain du grand Sésostris.

Sait-on que la mode du caban fut lancée par un artiste? « Un jour que le comte d'Orsay, amateur d'art, peintre et sculpteur amateur, était allé à pied dans la Cité (en Angleterre), il fut surpris par une averse d'orage. Un matelot courut à lui et lui jeta son caban sur les épaules; après quoi, le comte poursuivit sa route. Il ne se doutait guère qu'il venait de créer une mode qui fit fureur. Les amis qui l'attendaient trouvèrent que ce caban avait si bonne grâce sur le comte, que tous les élégants de Londres en portèrent de pareils. »

Un Américain, M. Emerson, a fait une découverte de nature à soulever une vive émotion dans le monde de la mode : le boa de plumes ou de fourrures, tel que le portent les Parisiennes du xxe siècle, était déjà en faveur dès la plus haute

Fig. 104. — Plaquettes et médailles, par O. Roty.

antiquité ! Et les archéologues qui, décrivant d’antiques statues de déesses, parlèrent du serpent enroulé à leur cou, commirent, paraît-il, une grossière bévue : il s’agissait, en réalité, d’un article de mode. M. Emerson a même la preuve que la belle Hélène, en s’enfuyant avec le beau Pâris, avait un boa de plumes de cygnes au cou !

Ce fut pendant longtemps la mode en France de faire des tableaux ou des bijoux avec des plumes naturelles et on a conservé les noms de plusieurs ouvriers artistes très habiles en ce genre, auxquels Oudry, peintre du roi, ne dédaignait pas de fournir des modèles. Mais cette originalité a dégénéré, on a fait des tableaux, des portraits avec des cheveux, et même avec des timbres-poste ! Ce mauvais goût était réservé à nos jours.

A propos de la Madone du Corrège, tableau vendu

80.000 francs, voici le prix qu’atteignirent quelques autres toiles de maîtres au siècle dernier : Les Saules , tableau de Paul Potter, 27,050 francs. Le Pâturage, tableau du même peintre, 28,009 francs. U Enfant prodigue, de David Téniers, 29,900 francs. La Danaé, du Corrège, 30,000 francs. La Sainte Famille, tableau de Rubens, 64,000 francs. Les Filets de Vulcain, 123,000 francs. La Fille d’ H érode portant la tête de saint Jean-Baptiste sur un plat, tableau de Titien, 226,250 francs. Les Grandes Bacchanales, tableau de Poussin,

375.000 francs. La Vache, de Paul Potter, 800,000 francs, et tout récemment une petite toile de Fragonard « fit » près d’un million !

De nos jours, c’est la mode qui cote les artistes ou bien la Bourse des marchands de tableaux. Si un maître ancien est

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