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APT ET MODE

Fig. 106. — Vase en étain, par J. Desbois

i/art en anecdotes

Art et critique.

« Megabysus, un grand seigneur de Perse, alla un jour en la boutique d'Apelle, là où il peignait ; et comme il s'entremeist de parler de l'art et de la peinture, Apelle luy ferme la bouche dextrement, en luy disant : « Tandis que as « gardé silence, tu sembloies estre quelque chose de grand, à « cause de tes chaînes et carquans d'or, et de ta robe de « pourpre; mais maintenant il n'est pas de ces petits garçons- « là, qui broyent l'ochre, qui ne se moquent de toy, voyans « que tu ne sais ce que tu dis. » (Plutarque, au Traité de la tranquillité de l’âme et repos de l’esprit.)

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Le même Apelle était, dit-on, très sévère pour ses ouvrages. Il les exposait parfois en public, se tenant caché derrière un rideau pour entendre les observations ou critiques que chacun pouvait faire. Un cordonnier ayant trouvé à redire à la sandale d'un personnage, Apelle corrigea le défaut signalé. Le lendemain, l'ouvrier voulut critiquer une autre partie. Ce fut alors que le peintre, sortant de sa cachette : « Eh ! cordonnier, lui dit-il, tiens-t'en à la chaussure. » D'où l'expression souvent citée.

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Le célèbre sculpteur grec Polyclète, impatienté des avis qu'il recevait des prétendus connaisseurs, résolut de se venger.

Les Athéniens l'avaient chargé de travailler à une statue; il en fit deux, n'en montra qu'une publiquement, et la retoucha au gré de toutes les personnes qui le critiquaient. Lorsqu'il la crut digne de contentertout le monde, il l'exposa de nouveau aux regards de la multitude, et présenta en même temps celle qu'il avait gardée chez lui. Cette dernière fut généralement applaudie, et l'on trouva l'autre fort ridicule. « Apprenez, leur dit alors Polyclète, que vous admirez mon ouvrage et que vous méprisez le vôtre. »

C'est à l'architecte Apollodore que Trajan confia le soin de tracer le plan du forum qui porte le nom de cet empereur. Cet artiste célèbre fut exilé de Rome et ensuite condamné à mort, dit-on, par Adrien. Dion Cassius rapporte qu'un jour Trajan et Apollodore conférant ensemble sur le plan d'un monument, Adrien vint étourdiment donner son avis. L'architecte impatienté l'interrompit vivement et le pria de se retirer : « Allez peindre des citrouilles, lui dit-il, vous n'entendez rien à l'architecture. » Adrien garda un long ressentiment de cette injure et, suivant Dion, il s'en vengea cruellement lorsqu'il parvint à l’empire.

Michel-Ange était en train de terminer son David quand survint le gonfalonier Soderini, qui se mit à critiquer la grosseur du nez. « Michel-Ange, dit Vasari, voyant que Soderini regardait son ouvrage de bas en haut, et que ce point de vue défavorable ne lui permettait pas de bien juger la chose, monta sur son échafaud et ramassa adroitement de la poussière de marbre, qu'il laissa tomber sur son critique pendant qu’il faisait semblant de corriger le nez avec son

ciseau; puis, se retournant^ vers le gonfalonier, il lui dit : « Eh bien! qu'en pensez-vous maintenant? — Admirable! répondit Soderini, vous lui avez donné la vie, » Michel- Ange descendit de son échafaud en riant de ce docte magistrat, semblable à tant d'autres connaisseurs qui parlent sans savoir ce qu'ils disent.

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Le peintre d'Arpino, dit le Joseppin, voulant se battre contre Annibal Carrache, celui-ci, sans se déconcerter, prit un pinceau et le lui montrant : « C'est avec ces armes lui dit-il, que je vous défie, et que je veux avoir affaire à vous. »

Pendant que Michel-Ange peignait son admirable fresque du Jugement dernier , le pape Paul III vint un jour visiter la chapelle Sixtine. La suite du pontife était nombreuse et ne partageait pas à l'unisson son émerveillement. Paul III ayant demandé à son maître de cérémonies ce qu’il pensait personnellement de l’oeuvre de Buonarroti, celui-ci ne lui cacha pas que cette fresque était plutôt bonne « à décorer un cabaret qu'une église ». Le ressentiment de Michel-Ange ne se fit pas attendre et, sous le pinceau de l’illustre peintre, le mauvais juge en art, alias le maître de cérémonies, prit place au milieu des damnés : un serpent l’étreint et le dévore; sa tête, enfin, porte des oreilles d'âne, vengeresses.

Colère, supplications du maître de cérémonies qui, devant l'inflexibilité de Michel-Ange, soumet au pape ses doléances.

Paul III se tira d'embarras avec esprit : « J'ai, dit-il au « mauvais juge », tout pouvoir sur la terre et dans le ciel : s'il vous avait placé au purgatoire, sans doute y pourrais-je encore quelque chose, mais en enfer ! »

Fig. 107. — Les Sabines, par L. David.

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Raphaël avait assez de mérite pour n’être pas offensé de la critique, mais il voulait qu’elle fût juste. Deux cardinaux lui reprochaient, mal à propos, d’avoir fait, dans un tableau, les visages de saint Pierre et de saint Paul trop rouges : « Messieurs, leur répondit-il, un peu offensé de cette critique, n’en soyez pas étonnés; je les ai peints tels qu’ils sont au ciel. Cette rougeur leur vient de la honte qu’ils ont de voir l’église aussi mal gouvernée. »

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On rapporta à Titien que Pâris Bordone trouvait dans le Saint Pierre martyr ses chairs trop rouges : « Elles ne sont si rouges, répondit-il, que par leur colère de voir tant de peintres qui n’ont pas de sang dans les veines critiquer les chefs-d’œuvre. »

On reprocha au peintre Buonamico que les chairs de ses personnages étaient trop pâles et trop molles. Celui-ci répondit qu’on avait raison, mais que, pour donner plus de vivacité aux couleurs, il fallait les détremper dans d’excellent vernania. (Il savait que la cave de l’abbesse était très abondamment fournie de ce vin blanc.) On lui en apporta à l’instant une bouteille, qu’on renouvela tous les jours, et le teint de ses personnages s’anima à vue d’œil...

Le Dominiquin ayant fait un tableau où il y avait quelque chose qui avait plu à une cabale d’envieux et d’ignorants qui s’acharnaient ordinairement à décrier tous ses ouvrages, en témoigna beaucoup de chagrin : « J’ai bien peur dit-il, que mon pinceau ne m’ait trahi, et qu’il ne lui soit échappé quelque mauvais trait qui ait plu à ces ignorants-là. »

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« Vous avez peint Joséphine plus belle qu’elle n’est, » dit au peintre du Couronnement un grand dignitaire de l’Empire. « Allez-le-lui dire ! «répondit brusquement David (fig. 107) qui, en revanche, consentit à corriger dans ce tableau l’attitude du pape, sur le désir de Napoléon.

Le pape était d’abord comme un simple spectateur dans cette comédie héroïque du sacre et Napoléon dit au peintre :

« Je n’ai pas fait venir Pie VII de si loin pour ne rien faire. Faites-lui lever la main en signe de bénédiction. Et David obéit cette fois encore, mais si l’on en croit l’anecdote suivante, il sut aussi désobéir.

« Un jour que Bonaparte, encore premier consul, faisait à David, dans son atelier, des observations sur la longueur, d’un bras, qu’il trouvait exagérée, David se mit aussitôt à critiquer certains mouvements militaires de Bonaparte à Marengo. Le premier consul lui jeta un regard sévère que soutint David, et le futur peintre du Sacre , regardant le général en chef, lui dit : « C’est que, moi aussi, j’ai été le gouvernement! » [La Vie à Paris , par J. Claretie.) Le célèbre artiste se souvenait ainsi qu’il avait été nommé à la présidence de la Convention et aussi... qu’une tyrannie en vaut une autre...

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Jean Bellini, qui a l’honneur d’avoir eu pour disciples le Giorgione et le Titien, sut profiter, sans étroite vanité, du pas immense que le Giorgione fit faire à la peinture; en s’inspirant des œuvres de son élève, lui, alors le chef de l’école vénitienne, il entraîna beaucoup de convictions et facilita la réforme.

Le frère de Jean, Gentile Bellini, avait beaucoup moins de renommée que son frère, mais son nom se trouve mêlé avec agrément à celui de Mahomet II qui, ayant vu quelques

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ouvrages de peinture, émerveillé qu’une main humaine pût exécuter de semblables choses, voulut les voir faire sous ses propres yeux. On raconte alors que Mahomet II s’adressa à Venise qui lui adressa Gentile Bellini. Sans souci de la loi du Prophète qui défend les images, le sultan demanda à l’artiste beaucoup de tableaux. Il l’avait pris en grande affection, lorsqu’il lui arriva une aventure qui dégoûta pour toujours le Vénitien de la vie turque.

Gentile montrait à Mahomet une Décollation de saint Jean qu’il venait d’achever. Le grand seigneur, tout en admirant, fit observer qu’il avait mal représenté la rétractilité du col, lorsqu’on vient d’en séparer la tête; et, pour prouver la justesse de sa critique, il ordonna d’amener un esclave et de le décapiter !...

Un amateur considérait les sept Sacrements peints par le Poussin et trouvait beaucoup à critiquer dans le tableau qui représente le sacrement du mariage. « Je vois bien, dit-il, qu’il est difficile de faire un bon mariage, même en peinture. »

Pachéco, peintre espagnol, exposa à Madrid un Christ qui laissait beaucoup à désirer. Un plaisant écrivit au bas du tableau une épigramme dont voici la traduction : « Qui vous a fait ainsi, seigneur, si dolent, si blême et si sec ? Vous me direz que c’est l’amour, moi je vous dirai que c’est Pachéco. »

On raconte que Louis XIV, visitant avec Louvois les constructions nouvelles de Trianon, crut s’apercevoir que Tune des fenêtres était plus étroite que les autres. Louvois ayant répondu qu’elles étaient exactement pareilles, le roi,

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dépité, manda Le Nôtre et lui ordonna de mesurer la fenêtre incriminée. Or le roi avait raison de quelques pouces, et Louvois ayant voulu maintenir ses dires, Louis XIV fit taire son ministre qui en conçut un vif ressentiment. Pour se venger, Louvois prétendit susciter à Sa Majesté une guerre telle, qu’elle lui ferait avoir besoin de lui et laisser là la truelle. Il tint bientôt parole. Il enfourna la guerre pour l'affaire de la double élection de Cologne, etc.

Lullv était si passionné pour sa musique que, de son propre aveu, il aurait tué un homme qui lui aurait dit qu’elle était mauvaise. Il fit jouer pour lui seul un de ses opéras que le public n’avait pas goûté. Cette singularité fut rapportée à Louis XIV, qui jugea que puisque Lully trouvait son opéra bon, il l’était effectivement. La cour et la ville changèrent aussitôt de sentiment, et on le trouva supérieur. Cet opéra était Armide.

Quand Voltaire, après une longue absence de Paris, y revint pour assister à la représentation de sa tragédie à’ Irène, dont le succès fut immense, un de ses amis lui confia qu’il avait cru devoir refaire quelques vers de sa tragédie. Pendant que cet obligeant correcteur était encore chez le poète, entra l’architecte Perronet, auteur du magnifique pont de Neuilly : « Ah ! mon cher architecte, lui dit Voltaire, vous êtes bien heureux de ne pas connaître monsieur, car, bien sûr, il aurait refait une arche de votre pont. »

« A propos, disait-on un jour à Préault, on t’a vu hier au Salon causer avec M. de Lamartine devant son portrait.

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Que te disait-il? — Il me demandait mon opinion. Et, ma foi, j’avoue qu’il était difficile de la lui donner : Decaisne l’a représenté vêtu d’un pantalon de nankin, et avec un petit air guilleret, le tout sur un tertre... Franchement, comment répondre?... — Enfin, tu as répondu tout de même? — Oui !... Je lui ai dit : « Il vous manque quelque chose ! — Quoi? me demanda vivement M. de Lamartine. — Eh bien, il vous manque un arrosoir !... »

C’était de Decaisne que Préault disait : « Voyez-vous, si Rubens est le lion de la peinture, Decaisne en est le veau. »

Cette manière peu charitable de tomber l’œuvre d’un confrère nous rappelle cette autre. Il s’agit de décerner une médaille à une figure couchée sur une sorte de lit. Le jury est frappé par la beauté de l’œuvre, il va la récompenser, lorsque l’un des membres du jury fait, avec ostentation, plusieurs fois le tour de la statue en question en regardant dessus et dessous le lit. On remarque ce manège : « Que cherchez-vous donc, X...? — Moi? Je cherche... le vase de nuit ! » Le jury s’esclaffa et le malheureux artiste, victime d’une mauvaise plaisanterie, n’eut point sa médaille !

Toujours à propos de la critique. Il est vrai qu’il s’agit — circonstances atténuantes — = » de Thiers qui, des premiers, découvrit E. Delacroix.

« M. Thiers au cours d’une causerie, entreprit Raphaël et développa cette thèse qu’il n’avait fait que des vierges, et que c’était son plus beau titre de gloire. « Que des vierges ! s’écrie « alors M. Ingres, qui ne peut plus se contenir, que des « vierges!... Mais je donnerais toutes ses vierges, oui, mon- « sieur, toutes... pour un morceau de la Dispute , de Y Ecole « d’Athènes , du Parnasse... Et les Loges , monsieur, et la Far- « nésine il faudrait tout citer... » ( L’Atelier d’Ingres.)

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Glané dans Y Histoire de la Société Française , do Ed. et J. de Goncourt, sur quelques peintres du xvme siècle : « Isabey, dont les miniatures sont célèbres par le vaudeville, qui rime : On demande un portrait , il vous vend un miroir , et par Mme Tallien, qui s’exclame : « Ça pue l’huile ! » Isabey inventeur des dessins au crayon noir soutenu d’encre de Chine. Carie Vernet dont on dit : « Bon dessinateur, bon peintre, « bon époux, bon père, bon faiseur de calembours, bon « écuyer. »

Fragonard auquel la critique reproche des crayons aussi pointus que des aiguilles anglaises et que les Aristarques conseillent ainsi : « Allons, mon cher Fragonard, vous avez « assez joué avec ce marivaudage de la peinture. Laissez là « vos minutieux crayons et dessinez à grands traits... »

Boilly se met à brosser des portraits en deux heures : c’est le temps de fortune des peintres et des physionomistes à soixante livres, des Gonord, et des citoyennes Malon et des citoyens Pauzil, promettant mille livres de dédit si le portrait ne ressemble pas. »

Landon, « un peintre à petite réputation » : il a son petit genre, il choisit de petits sujets exécutés dans de petits tableaux avec de petites figures. Son petit pinceau est agréable; on aime assez son petit coloris, etc., etc.

A propos de la mode d’alors : Perrier, le Don Quichotte de l’amour de l’antiquité , se promène encore vêtu à la grecque ou à la romaine, grande barbe et grand manteau... Le tableau de Gérard Psyché et l’Amour met la pâleur en vogue; le blanc, d’usage général, fait aux belles qui se veulent intéressantes le visage à la Psyché.

Devant un tableau de Girodet : le Déluge , où notamment la facture scrupuleuse de l’artiste ne va pas sans être fastidieuse, David dit malignement : « Quand on regarde

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Raphaël ou Titien, la peinture semble facile; quand on regarde Girodet, c’est un galérien.

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« La tarentule, qui pique les critiques de tout âge, de tout sexe et de tout acabit, fait qu’ils ont vu un océan de mystère dans le sourire de la Joconde. »

Que signifie le sourire célèbre de la Napolitaine Monna Lisa? Chacun l’interprète à sa façon...

Oyez plutôt :

« Coupeau, dans Y Assommoir , dit Rouanet, se promène au Louvre. Ses pas errants l’amènent devant la Joconde , de Léonard de Vinci, ce pur joyau du Louvre qui a inspiré do si belles pages enthousiastes à Michelet, à Gustave Planche, à George Sand et à tant d’autres. Devant ce sourire divin et cette grâce parfaite, devant cette tête que Vinci peignit avec amour, Coupeau s’arrête et s’écrie .

« Tiens ! Elle ressemble à ma tante ! »

On est psychologue ou on ne l’est pas.

[La Presse , Lucien Klotz.)

C’était au salon de 1851. Corot avait alors cinquante-trois ans; — il y avait foule dans la salle où se trouvait son tableau, mais personne ne s’arrêtait pour le regarder; alors l’artiste eut l’idée d’aller se poster devant sa toile et de l’examiner avec persévérance. « Les hommes sont comme les mouches, se disait-il, dès qu’il en vient une sur le plat, d’autres accourent tout de suite; ma présence appellera peut-être celle des passants. » Bientôt, en effet, un jeune couple s’approche; le monsieur dit : « Ce n’est pas mal, il me semble qu’il y a quelque chose là-dedans. » Mais sa femme, qui avait l’air doux, le tirant par le bras, répond . « C’est affreux; allons-nous-en. »

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« Et moi, c’est Corot qui parle, d’ajouter en moi-même : « Attrape ! tu as voulu connaître l’opinion du. public : es-tu « content? »

Et voici ce qu’il advint à une personnalité coutumière de jugements d’art sévères. Il s’agit de l’excellent peintre Bastien- Lepage excédé de servir de cible aux attaques d’un éminent critique auquel il propose finalement de faire son portrait...

— Comment, mon cher maître, dit le critique, soudain converti, vous consentiriez?

Étonnement, confusion et remerciements du maître . Bref, on prend jour pour les séances de pose et, un mois après, « l’éminent critique » ravi, porte le portrait à l’appréciation du peintre Gérôme. Ce dernier, très au courant de la conversion soudaine du critique à la cause de Bastien-Lepage, examine durant quelques instants le tableau qui représentait X... chaussé de hautes bottes, et s’écrie :

» — Parfait! superbe! pourtant... un reproche; je trouve

les bottes un peu léchées!

D’ailleurs, quelque temps après, Gérôme, sollicité directement et sans rancune, de la part du même personnage, de vouloir bien lui offrir pour sa galerie de tableaux « un petit Gérôme », se vit gifler de cette réponse de l’auteur du Combat de coqs ; « Je ne paie pas la claque. »

Jauregui, auteur espagnol, était aussi mauvais poète que bon peintre. Un jour qu’il faisait représenter une de ses comédies, que le public ne goûtait pas, un spectateur s’écria : « S’il veut qu’on applaudisse ses comédies qu’il les peigne » !

Un peintre avait placé un de ses tableaux auprès d’un

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tableau de Jouvenet. Comme il ne pouvait soutenir la comparaison, il dit : « Jouvenet a retouché son tableau depuis qu’il a vu le mien. » Jouvenet, qui le sut, répartit finement : « Ce n’est pas moi qui ai retouché mon tableau, c’est bien lui, en plaçant le sien à côté du mien. »

La Tour négligeait souvent ses pinceaux pour ne s’occuper que de ses rêveries philanthropiques. Un jour il déclamait avec beaucoup de chaleur, chez la marquise de Pompadour, sur la décadence de la marine française. Louis XV entre dans le moment. « Et de quoi parlez-vous donc avec tant de chaleur? » Le peintre n’ose l’avouer. Le prince insiste. « Sire, puisque Votre Majesté l’ordonne, il faut bien lui avouer que je disais à madame qu’il n’y a plus de marine en France.

— Plus de marine, mon cher La Tour ! et Vernet? » Grâce * à cet heureux jeu de mots, le roi remit doucement le peintre à sa place.

Un brocanteur d’intelligence avec Mignard, ayant annoncé qu’il lui était arrivé d’Italie une fameuse Madeleine du Guide les curieux s’empressèrent de la venir voir, elle fut vendue 2,000 francs. Quelque temps après, on dit à l’acheteur qu’il avait été trompé et que le tableau était de Mignard. Le curieux l’alla trouver. Mignard s’en défendit, et ajouta que le peintre Le Brun pourrait en juger mieux qu’un autre. L’amateur pria à dîner Le Brun et Mignard, et Le Brun, après un long examen du tableau, prononça très affirmativement que la Madeleine était du Guide. Mignard, voyant l’affaire assez engagée pour sa gloire, dit alors : « Cette Madeleine est de moi; et pour le prouver, c’est que sous les cheveux de la belle pénitente est peinte la barrette d’un cardinal : « A l’instant Mignard, prenant un pinceau détrempé d’huile, frotte les cheveux et décou-

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vrc la calotte. « A la bonne heure, dit Le Brun un peu piqué, dans ce cas, faites toujours des Guides et jamais des Mignards.»

Lorsque Pigalle eut achevé sa statue de Minerve, il l'exposa dans son atelier à l'examen des amateurs. Or, un jour qu'un grand nombre de personnes étaient venues pour la voir, un étranger, après l'avoir considérée avec la plus grande attention :

— Jamais, s'écria-t-il, les antiques n’ont rien fait de plus beau 1

Pigalle, qui, sans se faire connaître, écoutait les jugements divers portés sur son œuvre, s'approche de l'étranger et lui dit :

— Avez-vous bien, monsieur, étudié les chefs-d’œuvre des anciens ?

- - Eh ! monsieur, lui réplique vivement l'étranger, avezvous bien étudié cette figure-là?

L'artiste ne trouvant rien à répondre, tourna les talons en souriant.

Un soi-disant amateur contemplait un jour, avec ostentation, une gravure. Survient un maître de cet art qui lui demande à brûle-pourpoint : « Vous vous y connaissez, monsieur, en gravure? — Beaucoup, beaucoup, certes, répond vivement l'interpellé, mais... dites-moi donc à qui l'on doit tous ces traits, tous ces croisillons, tout ce travail minutieux enfin, de fines et patientes tailles et hachures. » Alors, le graveur de répondre sans se laisser démonter et en se rengorgeant : « Ah ! ça, ça, nous faisons faire ça dans les prisons ! »

Mozart répondit à l'empereur d'Autriche, qui trouvait qu'il y avait « trop de notes » dans les Noces de Figaro : « Sire, il y

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en a juste autant qu’il en faut, pas une de plus ni de moins ! »

L’excellent écrivain Jean Lorrain fut chargé, dans les dernières années de sa vie, de la critique du Salon au Journal , et nous citons de souvenir l’erreur amusante qu’il commit. Jean Lorrain décrit, avec son talent habituel, une grande toile représentant des femmes nues prenant leurs ébats dans la mer et il conclut: « C’est intitulé : La Lyre... comprends pas... »

L’auteur de M. de Bougrelon avait pris le Pirée pour un homme, car La Lyre était le nom du peintre du tableau i

Une spirituelle boutade : Un détracteur de Meissonier (fig. 108) disait un jour, en regardant une toile de ce maître qui représentait un combat de cuirassiers: « Tous ces soldats sont en fer-blanc, il n’y a que leurs cuirasses qui soient... en carton ! »

Le peintre H. Pille, en manière de plaisanterie, exagéra un jour la compétence. La scène se passe à l’Élysée, sous Jules Grévy. L’artiste apprend que le ministre de l’Agriculture désire faire sa connaissance « Moue? l’ ministre veut m’ connaître, moue? et que qu’y m veut, c’t’ homme? » Et voici en quels termes Pille entame la conversation avec le personnage :« A lors c’est vous qu’êtes V ministre d’V Agriculture? Bonté divine! Ah! ben, oui, c’est vous : eh ben , dites moue donc comment vont les pommes de terre à c’tte heure? et les betteraves? et les petits pois? » Interloqué, le ministre chercha vainement à détourner la conversation; toutes les céréales furent passées en revue!

Augustin Carrache, ayant longuement louangé, devant son

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frère Annibal, l’admirable groupe du Laocoon, s’étonnait que ce dernier ne dît rien pour louer ce chef-d’œuvre. Annibal Carrache prit alors un crayon et dessina le groupe fameux

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contre la muraille, aussi fidèlement que s’il l’avait eu devant les yeux. « Les poètes, dit-il alors, en se tournant vers son frère, peignent avec la parole, et les peintres parlent avec le pinceau. »

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