QUIBELL
dejä en usage dans les necropoles prehistoriqiies, comme Tont proiive les decoiivertes de M. Mac Iver ä El Amrah. Ces animaiix sollt parfois groupes eii rangees de qiiatre, sur im seul et meme socle. La plupart du temps^ ils sont imiquement petris et tellement friables qu'il est extremement difficile de les conserver ; quelques-iins seulement ont ete soiimis ä une cuisson *.
D'autres pieces ont ete decoiivertes a Diospolis et ä Abydos, Sans qu'il soit toujours possible de distinguer nettement quel est l'animal qu'on a voulu imiter ^ (fig. 134).
Deux moiceaux, Tun en ivoire, l'autre en terre emaillee, nous montrent un veau abattu dont les quatre pattes sont liees ^. Quadru- Mentionnons rapidement les representations du porc^ (fig. 134),
pedcs jjy chacal ""j de l'antilope *^, de Tours ', du lievre ^ et enfin du chameau, qiii avait ete considere jusqu'a present comme un animal introduit en Egypte ä une epoque fort rapprochee ^. On a decouvert, a Ab^'dos et ä Hieraconpolis, deux tetes de chameau en terre cuite 011, notamment, le mouvement caracteristique de la levre inferieure supprime tout doute (fig. 135). Le chameau aurait donc ete introduit en Egypte au debut de l'histoire, pour disparaitre ensiiite sans presque laisser de trace. II semble, d'apres la theorie de M. Zippelius, qu'il en ait ete de meme du cheval *^'.
' Mac Iver and Mace, El Avirali and Abydos, pl. ix, i, 2, 3, 6, 9 et 10 et p. 41. ■ — Mac Iver, a Prehi&toric Cemetery at El Anirah in Egypi : Preliminary Reporl of excavatiojis, dans Man, 1901, n° 40, p. 5 i et fig. 2, p. 50.
2 Petrie, Diospolis, pl. VI, B 109 (.') ; Abydos, I, pl. Liii, 40-42 et p. 26 ; pl. VI, 63 et p. 25 ; pl. IX, 204 et p. 27 (veau en ivoire).
'^ Quibell, Hierakojipolis, I, pl. xxi, 5 = xxii, 7 (terre emaillee). — Petrie, Abydos, II, pl. 11, 30 et p. 24 (ivoire creuse en forme de coupe plate, analogue aux pieces de la XVIII® d3'nastie et des temps posterieurs).
* M.\c Iver and Mace, El Amrah and Abydos, pl. ix, 4 (?). — Petrie, Abydos, II, pl. VI, 66 et p. 25. — Quibell, Hicrakonpolis, I, pl. xxi, 7 = xxii, 8, et p. 8, II, p. 39.
^ OuiBELL, Hierako7ipolis, I, pl. xx, 12 et p. 8 (chien .'') ; II, p. 39 (hyene ?).
^ Quibell, Hicrakonpolis, I, pl. xxi, 13, et xxii, 1 3 et 17, et p. 8 ; II, p. 39.
" Petrie, Abydos, II, pl. 11, 15, et p. 24. M. F. de Zeltner ni'ecrit ä ce sujet : « Tours ne semble avoir jamais existe (en Afrique) qua dans les montagnes de TAtlas, oü il n'est d'ailleurs pas eteint, quoique tres rare ».
^ Petrie, Naqada, pl. vii, et lx, 17, et pp. 14 et 35.
^ Voir, en dernier lieu, von Bissixg, ;:;//;• Geschichte des Kamels, dans la Zeilschfift ßir ägyptische Spjache, XXXYUl, 1900, pp. 68-69. H faut ajouter, aux ouvrages auxquels l'auteur renvoie, linllctin de l' histiliii cgyptien, V^ serie, n» 14, 1875-1878, pp. 57 et 61-62.
"^ Quibell and Green, Hicrakonpolis, II, pl. lxii, 2, et p. 49, oü on le consi-
Des les debuts de la periode primitive apparaissent les figurines Oiscaux. d'oiseaux. Les specimens decouverts sont en quartz et en terre emailles, en pierre, en os et en plomb K C'est le faucon que Ton represente le plus souvent, sans pattes, comme s'il etait
Fig. 135. — Tetk de Chameau^ en terke^ decouverte
A HlERACOXPOLIS.
Ashmolean Museum, ä Oxford.
momifie, dans la pose qui se retroiive freqiiemment sur les monuments egyptiens, notamment sur les steles d'Hieraconpolis -. On en a decouvert un bon nombre ä Hieraconpolis ^ et ä Abydos *. Les
dere comme une tete d'äne. — Petrie, AdjdoSj U, pl. x, 224, et pp. 27 et 49 (lire Zippelius au lieu de Zippelin). — Zippelius, das Pferd im Pharaotienlatide, dans la Zeitschrift für Pferdekunde iotd Pferdezucht (Würzburg), XVII, 1900, pp. 125-127, 133-135, 142-144, 149-151-
1 Petrie, Naqada, pl. lx, 14, 15, 18, 19 et 20 et p. 46 (Ashmolean Museum, ä Oxford, ä l'exception de 20, qui se trouve ä l'University College de Londres); DiospoliSj p. 26.
• QuiBELL, Hierahonpolis, I, pl. xlvi, 7 et 11.
3 QuiBELL, Hierahonpolis, I, pl. xxi, 14; xxii, 14 et 15. — Quibell and Green, Hierakonpolis, II, pl. xxui, perles en terre emaillee en forme d'oiseaux.
* Petrie, Abydos. I, pl. liii, 6 (calcaire) ; II, pl. vii, 79-83 (terre emaillee),
pattes sont parfois repliees soiis le corps, comme dans la statiie en calcaire decouverte a Coptos et conservee a l'Ashmolean Museum, ä Oxford '. Ces representations semblent s'etre peu modifiees pendant las premieres dynasties, ä en juger d'apres les figurines d'oiseaux decouvertes a Meidoun, dans le temple de la pyramide de Snofrou, et auxquelles M. Petrie a attribue, au moment meme de la trouvaille, un äge tres recule '\ Cela indiquerait-il que l'on
Fig. 136. — Figurines d'Oiseaux et de Gkiffons. Ashmolean Museum, ä Oxford, et University College de Londres.
copiait un type determine sans oser s'ecarter du modele ? Une figurine provenant de Hieraconpolis ^, demontre la maniere excellente dont les artistes representaient le faucon, lorsqu'ils n'etaient pas forces de suivre exactement un modele.
84 (quartz) ; pl. ix, 198 (?), 199 (calcaire) : la base est creusee de fa? on ä ce que l'on puisse placer la figure sur un bäton ou au sommet d'un etendard. Voir p. 27; XI, 242 (terre emaillee). Voir aussi Petrie, Diospolis, pl. vii; pas d'indication precise dans le texte.
' Petrie, Koptos, pl. v, 6, et p. 7.
* Petrie, Medum. Londres, 1892, pl. xxix, 1-5, et pp. 9 et 35 : « glazing of n° 3, a clear light purplish blue, with dark purple stripes is also early and cannot be of the XYIII''^ dynasty, nor hardly of the XIF'^. I think probably therefore that these are contemporary with the decease of Sneferu, and the oldest small figures known ».
"^ Quibell, Hicj-ako7ipoliSj I, pl. xviii, 5 (schiste), et p. 7 (Ashmolean Museum, ä Oxford) ; II, p. 38 : « found in the temple, but not in main deposit : it is doubtless of later date than the rest and has been put in this place by error, as a fragment of a diorite bowl with the name of Khufu incised... ».
Poissons.
Crocodiles.
Scorpions.
Enfin, les fouilles de Hieraconpolis ont donne une Statuette — xmiqiie — de pelican (oii de dindon) en terre emaillee * (fig. 136).
Dans le grand tombeau de Negacah, M. de Morgan a decouvert ime Serie de poissons en ivoire, portant ä la boiiche im trou de Suspension. Sur quelques exemplaires, on avait soigneusement indique les details au trait-. Un autre poisson en terre emaillee provient de Hieraconpolis ^. Les memes fouilles ont encore donne I'image d'un panier garni de poissons, en steatite ^, et Celles ■d'Abydos, quelques figurines de crocodiles en terre emaillee '\
On trouve des figurines de scorpions en cornaline des la fin de l'epoque primitive (dates de succession 70-80) ^; elles sont extremement frequentes dans le temple de Hieraconpolis et sont faites ■en diverses matieres : Serpentine, cristal de röche, hematite, terre •emaillee ^ (fig. 137)-
On trouve des figurines de grenouilles des la periode primitive ^. G'cnouillcs Elles sont frequentes ä Hieraconpolis ^ et ä Abydos *"^ soit en pierre, soit en terre emaillee (fig. 137).
Mentionnons enfin la curieuse figurine representant un felin avecune tete d'oiseau, decouverte a Negadah ^K Un specimen analogue se trouve a l'University College de Londres; le corps de l'animal est orne de deux bandes en or. On peut y reconnaitre
Griffons.
* QuiBELL, Hierahmpolis, I, pl. XXI, 15, et xxii, i6 et p. 8.
2 DE Morgan, Recherches sur les Origines, II, fig. 701-713 et p. 193. — ■Capart, Notes sur les Origines Je l'Egvpte d'apres les fouilles recentes, dans la Revue de l' Universitc de Brjixelles, IV, 1898- 1899, p. 128, note 4 et fig. (tirage ä part, p. 28). - Uli fragnient analogue a ete decouvert a Abydos. Petrie, .Royal Tombs of the earliest dynasties, II, pl. iii^, 10, et p. 21.
3 QuiBELL, Hierakonpolis, I, pl. xxi, 16; xxii, 18.
* QuiBELL, HierakoJipolis, I, pl. xix, 2 = XX, 7, et p. 8.
^ Petrie, Abydos, I, pl. vi, 74-76 et p. 25 ; Diospolis, p. 26, indique un crocodile en Serpentine ä la date de succession 52.
*" Petrie, Diospolis, p. 27 et pl. iv.
" QuiBELL, Hierakonpolis, I, pl. xviii, 5 (serpentine), 16 (cristal), Z2 ; xix, 5^ XX, 10 (hematite); xxi, 4 ^ xxii, 4 (terre emaillee); II, pl. xxiii (perles •emaillees) ; xxxii (hematite).
^^ Petrie, Naqada, pl. lviii ; Diospolis, p. 26 (date de succession 65).
^ Qvi'RV.hl., Hierahmpolis, I, pl. xviii, 10, 11 et 14.
^° Petrie, Abydos, II, pl. vi, 72 (terre emaillee) ; x, 214 (terre emaillee), JCI, 240, 245 (terre emaillee) ; plusieurs specimens en pierre dans la collection Petrie ä l'University College de Londres.
" Fkt:-r\¥., A^aqada, pl. lx, 13.
ranimal bizarre
Oll — »•— YX S Sga ou Sag qiie les
Eg3"ptiens representaient encore, dans leurs scenes de chasses, ä la XIP dynastie ^ (fig. 135).
Un bon nombre de ces figurines d'animaiix sont percees de trous
Fig. 137. — Figurines dk Grknouilt.es et de Scorpions. Ashmolean Museum, ä Oxford, et University College de Londres.
de Suspension, pouvant faire supposer qu'elles ont servi d'amiilettes, Nous avons vii plus haut, dans le chapitre III, que plusieurs^ palettes en schiste, fagonnees en forme d'animaux, presentaient la meme caracteristique. Nous admettons donc provisoirement, des ä. present, que plusieurs de ces statuettes avaient un role magique ou religieux. On trouve des amulettes de ce genre, representant des. crocodiles, des grenouilles, des poissons, des oiseaux, des scor-
' Chabas, Etules sur l'antiqjiiti historiqiic. Paris, 1873, pp. 399-400. — ■ Maspero, Lecturcs historiqiics. Histoirc ancicnne. Paris, 1892, pp. 11 6-1 17 et fig. 67.
cn forme de tetes de taurcaux.
pions, des chacals, des lions, etc., dans les moniiments de l'Egypte classiqiie.
Comme nous paiions ici d'amiilettes, je rappellerai ce que Amulettes disait M. Petrie ä propos de quelques objets en forme de tete de taureau : « La plus ancienne forme d'amulette, dit-il, est la tete de taureau... Son origine fut un veritable probleme jusqu'a la decouverte, a Ab3'dos, d'un specimen dans lequel le front aplati et l'extremite inferieure en forme de museau prouvent clairement que nous sommes en presence de la copie d'une tete de taureau. On rencontre ce t5^pe a partir de la date de succession 46, et meme anterieurement, et il continue a etre en usage jusqu'a la date de succession d'] , oü on le retrouve encore, mais tres deforme. Un exemplaire en marbre bleu decouvert^ avec des perles de la XIP dynastie, en presente, vraisemblablement, la survivance. II a donc persiste tres tard, bien que, depuis longtemps, on ait oublie sa connexion avec la tete de taureau. L'idee de considerer cette tete comme une amulette s'etait neanmoins conservee, puisque, vers la fin de la periode prehistorique, on rencontre des tetes de taureau en cornaline parfaitement executees. Elles continuerent a etre en usage sous la V^ et la VI^ dynastie, oü graduellement leur dimension s'amoindrit ». M. Petrie rapproche de ce fait les cränes •de taureaux peints decouverts dans les « tombes en cuvette » (pan graves), et continue : « Si nous nous tournons vers l'Occident, nous trouvons des amulettes en tete de taureau en Espagne, et de grandes tetes de taureau en bronze destinees a etre suspendues dans les monuments de Majorque (Revue archeologiqite, 1897, ^S^)- Des amulettes en tete de taureau, en or, ont ete trouvees egalement ä Ch3"pre et ä IVU^cenes. De nos jours encore, a Malte, on suspend des cränes de taureau ä la porte des maisons; en Sicile, on les place sur les arbres fruitiers ; de meme en Algerie, dans le but d'ecarter le mauvais ceil. La question tout entiere du bucräne se pose ici ä propos de ces amulettes prehistoriques » '.
Ces amulettes en forme de tete de taureau rappellent suffi-
1 Petrie, Diospolis, p. 26 ; Naqada, pl. lviii ; Prehistoric Egyplian Carvings, dans Ma?i, 1902, n" 14, p. 17 et pl. B, 8-16 ; AhyJos, I, pl. Li, 4 et 5 et p. 23 ; II, pl. XIV, 281 et p. 30. — Scharfer, neue Altertümer der « new race » aus Negaddh, dans la Zeitschrift für ägyptische Sprache, XXXIV, 1896, fig. 6, p. 180. — Au sujet du bucrane en Egypte, voir Wiedemann, zu Petrie' s
samment, dans leur aspect general, iin omement m3'cenien poiir qu'il soit interessant de noter ici cette analogie ' (fig. 138).
Fig. 138. — Amulettes en forme de tete de Taureau.
Doubles Le prehistorique europeen a donne un grand nombre de figii-
rines representant « des animaiix adosses, mais dont les croupes
tieiieti FnndeUj d^nsldi OrietitalistLche Litteraturzeifjing, II, 1899, col. 182-184; Conipfe rendic de Hierakojipolis, \, ibidem, col. 331. — Golenischeff, Lettre ä M. G. Maspero siir trois petites trouvailles egvptologiqiies, dans \& Recueil de travaux relatifs ä la philologie et ä l'archeologie egyptiennes et assyriennes, XI, 1889, p. 98. — Lefebure, les Hiittes de Cham, dans le Museon, XVII, 1898, pp. 350 et suiv.; Rites egyptiens. Construction et protection des edifices (Publica! ions de l'Ecole des letlres d' Alger. Bulletin de correspondance africaine). Paris, 1890, pp. 20 et suiv. — Naville, the Festival Hall of Osorkon II in tlie great templc of Bicbastis. Londres, 1892, pl. ix, 9 et p. 21. — Daressy, Catalogue general des a.7itiqiiites cgypticnnes du Mtisce du Cairc ; Ostraca, pl. V, n° 25019 (revers) et p. 5. — - Maspero, la Pyramide du roi Ounas, dans le Rectceil de travaux relatifs ä la philologie et ä larchcologie egyptienties et assyriennes, IV, 1883, p. 48, ligne 423, et les variantes dans la Pyramide duroi Teti, ibidem, V, 1884, p. 29, ligne 242. — Capart, la Fete de frapper les Anoic, dans la Revue de l'histoire des religions, XLIII, 1901, pp. 252-253. (Tirage ä part, pp. 4-5.)
1 Perrov et Chipiez, Histoire de l'Art dans l'a7itiquite, VI, la Gr'ece primitive, l'art myccnien, fig. 223, p. 546.
se confondent, de maniere a presenter Taspect d'iin corps uniqiie termine par deux avant-trains qui se fönt pendant » ' .
La plupart du temps, ce sont de petites pendeloques de bronze
Fig. 139. — ■ Amulettes en forme de doubi.e Taureau. Cüllection Hilton Price.
formees de deux taiireaux adosses et, comme le remarqiie M . Salomon Reinach, il n'est guere de musee important qiü n'en possede. De telles figurines se rencontrent egalement dans l'Egypte primitive, notamment sur des cylindres. On en trouvera, dans notre figure 104 (M 560), ainsi que sur une palette avec figures en relief qui sera etudiee plus tard. La collection de M. Hilton Price, de Londres, renferme trois curieux ivoires representant de ces doubles
' Reinach, S., la Sculpiure en Europc avant les infliicnces greco-roiiiames, pp. I 13-1 15 et fig. 320-327.
ipo
Instruments ma-
giques avec
figures humaines.
taiireaiix dont les pattes ne sont pas indiquees. De meme qiie certaines figurines eiiropeennes, ils portent, au milieu du dos, un teuon permettant de les suspendre (fig. 139) ^
Dans certains tombeaux de la premiere periode des temps pri-
FiG. 140. — Instruments MAGiyuKS (?) kn ivoike. University College de Londres et Ashmolean Museum, :i Oxford.
mitifs, entre les dates de succession 33 et 44, on ^rencontre deux cornes ou defenses en ivoire : l'une est toujours pleine et l'autre creuse. Elles sont unies, parfois terminees en pointe - et percees
' Price, HiLTON, Sollte Ivorics froiii Ahydos, dans \e?, Proceediiigs of the Society oj bib/ical Archeology, XXll, 1900, p. 160 etpl. Le cliche de notre fig. 139 nous a ete aimablement prete par la Societe d'archeologie biblique de Londres, ainsi que les cliches des fig. 53 et 54 ; ce que nous avons oublie de noter precedemment.
'^ Petrie, Diospolis, p. 21. — Mac Iver and Mace, El Aiiirah and Abydos, pl. vii, 2, et p. 48.
ipl
ä la partie superieure, de fagon a pouvoir etre suspendiies, parfois terminees au sommet par im retrecissement et im amieau de Suspension. Dans ce cas, on a grave a la surface de la conie deux yeux et des lignes indiquant la barbe ; parfois, aussi, les yeux sont representes par des perles incrustees \ Enfin, et c'est le cas le plus interessant, les cornes sont parfois terminees en tete humaine, soigneusement representee. La tete elle-meme est alors surmontee d'un anneau de Suspension ^ (fig. 140).
La destination precise de ces objets est difficile ä determiner. M. Petrie suppose qu'ils appartenaient a l'attirail d'un sorcier oii homme mMecine. Ces cornes lui rappellent la croyance des negres de la Cote d'Or qui s'imaginent que les blancs peuvent enchanter les ämes des indigenes dans des cornes d'ivoire et les empörter avec eux dans leur pays pour les faire travailler ä leur Service 3. Au Congo, certains negres croient que les sorciers peuvent s'emparer des ämes humaines, les enfermer dans des cornes d'ivoire et les vendre aux blancs qui les fönt travailler dans leur pays, au bord de la mer. Ils s'imaginent qu'un bon nombre des laboureurs de la cöte sont des hommes qu'on s'est ainsi procures. Lorsqu'un des indigenes s'y rend pour faire le commerce^ il cherche souvent, anxieusement, a retrouver ses parents morts. L'homme dont l'äme est ainsi reduite en esclavage mourra rapidement ou instantanement ^.
Je rapprocherai volontiers aussi de cette croyance la coutume observee par Alice Werner dans l'Afrique centrale britannique. Une vieille femme portait autour du cou un ornement en ivoire, creux, long d'environ 3 pouces et ayant la forme d'une cheville ronde^ pointue au sommet, avec un leger retrecissement permettant de le suspendre. Cet objet, qui repond exactement aux ivoires egyptiens^ etait appele, par cette femme, sa vie ou son äme. Naturellement, eile ne voulait pas s'en separer : un colon chercha •en vain ä le lui acheter ^.
' PfnKiE, Naqada, pl. LXi, 34 et 35 ; pl. i.xiv, 81, et pp. 19, 21 et 47.
•^ Price, Hiltox, Tivo ohjccts Jrovi Prehistoric Tombs, dans la Zeitschrift für ägyptische Sprache, XXXVII, 1899, p. 47 et Hg.; Notes ufon some Praedynastic ■a7id Early Dynastie A^itiquities froni Egypt in tlie Writcr's Collectio?i, dans V Archiiologia, LVI, 1899. (Tirage üpart, p. 2 et fig. i.)
•^ Petkie, Naqada, p. 47; Diospolis, p. z\ .
* Frazer, the Golden Bough, 2« ed., I, p. 279. Ed. franvaise,' I, p. 211.
■'' Frazer, the Golden Bough, 2'^ ed., 111, p. 407 et note 4.
Bateaux. Quelques tombes prehistoriques de Negadah contiennent des
modeles de barques en terre, parfois decorees de peintures (fig. 141). Nous avons vu plus haut qu'on avait peint na'ivement, sur le bord d'un de ces bateaux, des petites figures humaines representant les rameurs '. L'equipage etait aussi parfois figure par de petites statuettes en terre '-'. Les peintures des barques montrent,
Fig. 141. — MonKLKS de Bateaux en terre et en ivou^e. Ashmolean Museum, ä Oxford.
d'apres M. Petrie, qu'il ne s'agit pas de bateaux construits en bois, mais plutot en bottes de roseaux ou de pap3aais fortement serrees, pareils ä ceux qui furent employes pendant toute la duree de l'histoire de l'Egypte ^. Un specimen, en albatre, provenant des tombes royales d'Abydos montre clairement cette technique ^ On a decouvert des bateaux analos^ues dans les fouilles de
1 Petrie, Naqada, pl. xxxvi, 80, Si^' et "^ , pp. 13, 41 ; pl. lxvi, i, et p. 48. — DE Morgan, Rechcrches sur les Origincs, II, p. 91 et fig. 235-237, p. 90.
^ SCHAEFER, neue Altertümer der « tiew race » atis Negadah, dans la Zeitschrift für ägyptische Sprache, XXXIV, 1896, pp. 15Q et 161, fig.
^ Erman, ^JLgypten und ägyptisches Leben im Altertioii, pp. 635 et suiv.
^ Petrie, Abydos, I, pl. ix, 4.
El Amrah * et d'Abydos '-. Enfin, les representations de bateaiix sont frequentes dans la grande trouvaille d'ivoires de Hieraconpolis. Un des specimens rappelle etrangement la forme des gondoles venitiennes " (fig. 141). La presence, en. ces divers endroits, de
Fig. 142. — Modele de Maison en terre. Decouvert ä El Amrah.
bateaux en terre et en ivoire a une tres grande importance. Noiis aurons l'occasion d'y revenir avec plus de details.
Un modele de maison en terre, decouvert a El xA.mrah, nous donne une idee des habitations des primitifs. On voit qu'elles etaient faites en terre battue, recouvertes vraisemblablement de
Maisons.
1 Mac Iver and Mace, El Amrah and Abydos, pl. ix, 8, et p. 41. •^ Petrie, Abydos, II, pl. in, 20, et p. 24 (ivoire) : vii, 89 et 90 et p. 26 (terre emaillee).
^ QuiBELL, Hierakonpolis, I, pl. v et p. 6.
Enceinte fortifiee.
Sculptures en relief.
Dessin et peinture.
Graffiti.
poutres en bois de palmier, noyees dans im lit d'argile. Une porte et deux fenetres sont meiiagees dans les parois, et la porte reproduit dejä les principales caracteristiques des steles en forme de porte de l'Ancien Empire ^ (fig. 142).
Enfin, une tombe decouverte a Diospolis a donne des fragments d'un modele d'enceinte fortifiee, avec la representation de deux hommes regardant par dessus la muraille ^ (fig. 143).
Nous avons termine l'examen des principales pieces en rondebosse, et nous devons, ä present, etudier le dessin et la peinture chez les primitifs. Qu'il nous soit permis, cependant, de rappeler les sculptures en leger relief, decrites dans le chapitre sur l'Art ornementaire, reliefs sur les palettes en schiste, sur les manches de couteau, les fragments de meubles, les vases en terre et en pierre. Nous verrons, au chapitre suivant, que cette technique a ete developpee, dans une large proportion, des les debuts de l'histoire de l'Egypte et qu'elle a produit des oeuvres d'une puissance veritablement surprenante.
Les dessins et les peintures des primitifs nous sont deja en grande partie connus ; nous en avons rencontre sur le corps, sur les palettes en schiste, sur les vases, principalementsur les poteries. II ne nous reste, dans ce chapitre, qu'a examiner deux categories de dessins : les grafßti graves sur les rochers et les peintures d'une tombe prehistorique, decouverte par M. Green non loin de Hieraconpolis.
Sur les rochers des montagnes libyques et arabiques, on a releve, d'une fagon malheureusement peu complete, une serie de dessins d'hommes, d'animaux, de barques, d'un style identique a celui des marques de poteries et des peintures de poteries decorees ^. On en
1 Mac IvER, a Prdiistoric Cevicicry at El Aiiirah in Egypt : Pi-cliininary Report of Excavations, dans Man, 1901, n° 40, p. 5 i, et fig. i, p. 50. — Mac Iver and Mace, El Aviv ah a7id Abydos, pl. x, i, 2 et 3, p. 42. — Voir, sur les maisons ä l'epoque primitive, Petrie,7/?^ Sourccs and Groivth of ArchUccturc,dL-AX\% le Jotcrnal of thc Royal Institute of British Architccts, 3« serie, VIII, igoi, pp. 341- 343 et fig. 1-4.
"'' Petrie, Diospolis, pl. vi, B, 83, et p. 32 (Ashmolean Museum, ü Oxford).
3 Wiedemann, les Modes d'ensevelisseme7it dans la nccropole de Negadah et la question de t'originc du pcuple egyptien, dans de Morgan, Rcclicrches snr les Origines de l'Egypte, II, p. 222, et note i, oü Ton trouve cites les ouvrages suivants : de Morgan, loc. cit., I, pp. 162 et suiv. et fig. 487-492. — Golenis-
a tire cette conclusion legitime qu'ils appartenaient egalement a l'epoque primitive. Ces dessins sont frequemment meles ä des representations accompagnees d'inscriptions hieroglyphiques, et parfois, il est d'une extreme difficulte d'etablir ime ligne de demar-
FiG. 143. — Modele d'enceinte foktifiee. Ashmolean Museum, ä Oxford,
cation nette entre les graffiti primitifs et ceux d'une epoque plus recente \
Dans certains cas cependant, le doute est impossible. Je citerai, comme particulierement curieux a cet egard, 6.e?>graßiti copies par
CHEFF, iC7ie E.vcursion ä Bercnicc, dans le Recueil de travaux relatifs a la Philologie et ä l'aj-cheologie egyptiennes et assyriejuies, XIII, 1890, pl. IV, 17, et pl. VII, 62. — • Petrie, Ten years' digging ifi Egypt, 1881-1891. Londres, 2« ed., 1893, P- 75) fig- 57 • * to judge by the weathering of the rock, it seems probable that they were begun here long before any of the monuments of Egypt that we know. The usual figures are of men, horses, and boats, but there are also cameis, ostriches and elephant to be seen ».
1 Les graffiti primitifs peuvent etre distingues de ceux de l'epoque historique, gräce ä la patine qui les recouvre. Voir Schvveinfurth, G., ägyptische Tierbilder als Kieselartefakte, dans t/?V Umschau, VII, 1903, p. 806 : « Diese Tierbilder versetzen uns im (leiste in jene Zeiten, da die Urbewohner von Aegypten und Nordwestafrika ähnliche Zeichnungen in die Felswände einkratzten, die in den Sandsteintälern Oberägyptens häufig angetroffen werden und von deren hohem Alter die bräunliche Patina Zeugnis ablegt, mit der die Linien bedeckt erscheinen, während datierte Inschriften aus der Zeit der 5. und 6. Dynastie \bei el Qab), die z. T. über die älteren hinweg eingeritzt wurden, aussehen als wären sie von gestern, wie prof. Sayce bezeugen kann ».
M . Legrain ä Gebel-Hetematt ^ et qui ressemblent fort ä ceux de Silsileli releves par M. Petrie -.
On troiivera, dans la figure 144, les principaux graßti qui me semblent appartenir ä la periode primitive. L'analogie avec les marques de poteries representees dans la figure loi est particulierement remarquable. Quelques-unes de ces figures d'animaux sont quadrillees, comme sur les poteries rouges a peint.ures blanches. Certaines representations curieuses pourraient indiquer l'emploi du cheval. II faudrait rapprocher cette remarque de la theorie de M. Zippelius a laquelle nous avons fait allusion plus haut.
Un de ces graffiti merite une mention speciale. Un personnage parait lancer un harpon dans une peau d'animal vraisemblablement €tendue sur le sol ; un autre harpon y est dejä enfonce. J'y vois une representation analogue a celle d'une tablette en ivoire, decouverte dans la tombe du roi Den-Setui de la V"" dynastie '\
Dans le Wady-Hammanat, la grande voie unissant la vallee du Nil au rivage de la mer Rouge, M. Golenischeff a releve quelques graßti qui semblent appartenir egalement aux primitifs, notamment des representations de l'autruche et meme d'un homme chassant l'autruche au lasso. Citons aussi une barque, bien qu'elle ne soit pas absolument identique aux bateaux primitifs et qu'elle doive, peut-etre, etre attribuee ä l'Ancien Empire ^ Les carrieres de Silsileh ont donne egalement un grand nombre de graffiti analogues : personnages, barques, animaux, etc. ^ . Citons enfin les graffiti de El Kab, et tont specialement une barque identique ä Celles de la tombe d'Hieraconpolis, dont nous allons nous occuper dans un instant ^ (fig. 145).
II est ä peine necessaire de rappeler qu'on a decouvert des
^ DE Morgan, Rcchcrchcs sur les Origincs de l'jtgypie, I, fig. 487, p. 162.
^ Petrie, Teji years digging in Egypt, p. 75, fig. 57.
3 Petrie, Royal Tombs of Ihc ear liest dynasiics, II, pl. vii, 11 ; AhydoSj I, pl. XI, 8.
■^ GOLtNisCHEFF, hiscriptic7is du Ouady Hammaviat, dans les Mcmoires de la Sectio7i Orientale de la Societc imperiale russc d'arclicologie (en russe), II, 1887, pl. V, 1-3, et pl. XIII.
^ Antiquities in Egypt, Preliistoric rock draivings^ dans tlic Graphic, 1898, i^'" janvier, fig. 7, avec 4 photographies.
^ Green, Preliistoric Dramngs at El Kab, dans les Proccedings of the Society vf Biblical Archcrology, XXV, 1903, pp. 371-372 avec pl. et fig.
^'t^ ir^^
Fig. 144. — Gkaffiti rkleves sur les rochers DANS LA Haute Egypte.
Les trois dessins du bas sont empruntes aux representations du Sud Oranais.
graßiti analogues chez les peiiples les plus divers, aussi bien chez les Australiens ^ que chez les Boschimans -, ou meme dans les cavernes prehistoriques de France ^. La ressemblance la plus frappante se remarque entre les grafftii egyptiens et ceux du
Fig. 145. — Gravüre prehistorique d'un Bateau a Ei.-Kab ^.
Sud oranais. Ici, il y a identite a peu pres absolue. La comparaison, etendue aux dessins graves sur les vases (fig. loi)^ est veritablement surprenante, et nous y voyons une nouvelle
^ Grosse, les Dehiits de FArt, pp. 125 et suiv.
2 Grosse, les Debüts de l'Art, pp. 138 et suiv. et pl. in. — Christoix, Fred., au Sud de l'Afrique. Paris 1897. Compte rendu dans l' Anthropologie, XI, 1900, pp. 78 et suiv.
3 Voir, entre autres, Capitan, L., et H. Breuil, les Grainires sur les parois des grottes prehistoriques, la grotte de Combarelles, dans la Revue de l'Ecole d'anthropologie de Paris, xii, 1902, pp. 33-46.
^ Gliche prete par la Societe d'archeologie biblique de Londres.
Hieraconpolis.
preuve de l'etroite connexion entre les primitifs egyptiens et les L3'biens *.
M. Zaborowski a cherche ä demontrer qiie ces graßiti constitiiaient « les formes embr3^onnaires » de l'ecriture hierog-lyphique "2. Ce qiie noiis avons dit plus haut au sujet des hieroglyphes primitifs a suffi, probablement, a" montrer combien cette explication est peu fondee.
Les graßiti, dont les plus anciens peuvent remonter ä la periode Tombe paleolithique, se rapprochent davantage des marques de poteries P^^^^^ ^ qui, comme nous l'avons vu precedemment, se rencontrent surtout gravees sur les vases rouges ä bord superieur noir et les vases rouges brillants (back topped et red polished). C'est plutot aux scenes des vases decores fdecorated) que nous devons comparer les peintures decouvertes par M. Green, en 1899, dans une tombe prehistorique, ä Hieraconpolis ^. Au cours de la seconde saison de fouilles en cette localite, un ouvrier habitant les environs rapporta qu'ä l'extremite sud-est du cimetiere prehistorique, il y avait des murs avec des traces de peinture. La tombe avait, malheureusement, ete pillee deux ou trois annees auparavant, mais eile contenait cependant suffisamment de poteries jugees sans valeur par les pillards pour qu'on püt l'attribuer, approximativement au moins, a la date de succession 63 •*.
La tombe etait entierement construite en briques recouvertes d'une couche de mortier argileux d'une epaisseur de 5 millimetres. Sur les murs, on avait etendu de l'ocre jaune ou du lait de chaux. Une partie seulement de ces murs avait ete decoree et, actuellement, une seule des parois, heureusement la plus longue, a conserve d'une fagon suffisamment complete sa decoration ^. La partie
1 Bonnet, les Graviires sur roches du Sud Ora7iais, dans la Revue d'cthnographic, VIII, 1889, pp. 149-158 et fig. Comparez fig. 6 avec nolre fig. loi ; p. 155 : « quelques personnages ont les bras leves dans rattitude de l'admiration ou de la priere ». — Gsell, les Mon^unents antiques de l' Algeric, I. Paris, 1901, pp. 41-54 et fig. 10-14. Le disque du belier, fig. 13, p. 46, })ourrait etre ■compare ä notre fig. 10 1, Am 19.
- Zaborowski, Origmes africanics de la cunlisation de l'ajicieiuie Egypte, dans la Kcvue scientißq^ie , 4° serie, XI, 1899, PP* 293-294.
3 QuiBELL and (jReen, Hicrakonpolis, II, pp. 20 et suiv. et pl. lxxv-lxxviii,
^ QuiBELL and (jReen, Hierakonpolis, II, p. 54 ; note, par le professeur Petrie.
■"■ QuiBELL and (jREEn, Hierakonpolis, II, p. 21 et pl. lxviii.
inferieure avait ete peinte eii bleu noir siir une haiiteur d'enviroD 2^] centimetres. Ce soubassement etait separe des scenes par iina ligne d'ocre roiige, d'iine largeur de 2 centimetres environ. La copie de ces representations precieuses a ete extremement difficile^ le mur etant endommage par raction du temps et par le travail furtif des pillards, et Ton ne saurait etre assez reconnaissant k M. Green du sein qu'il a apporte ä rexecution de cette täche.
Fig. 146 A. — Rkprkskntations divp:rses peintks sur i.es muksd'une Tombe a Hiekaconpolis.
Barques.
Ce qui, en plusieurs endroits, vint compliquer son travail, c'est que l'artiste primitif, qui faisait son esquisse en rouge, l'avait parfois effacee, non sans teinter de rouge le fond jaune sur lequel il dessinait a nouveau l'image. Etudiant attentivement tous les details, M. Green est arrive a cette conclusion, fort importante, qu'il ne semble pas qu'on ait cherche ä placer les figures dans un ordre defini ; on a dispose les differentes scenes la 011 on trouvait place pour les installer, apres avoir termine les dessins plus grands, tels que les bateaux.
Examinons maintenons, d'un peu pres, ces representations. (fig. 146).
La premiere chose qui nous frappe, ce sont six grandes barques qui occupent la majeure partie de la paroi, et qui nous rappellent
les dessins de barques des poteries decorees, ainsi qua les modeles en terre ciiite dont il a ete question precedemment. Ce qui les distingue des barques peintes sur les poteries, c'est que noiis n'y trouvons plus ces traits paralleles qui, partant du bord inferieur, descendent verticalement. A l'avant, nous remarquons le cäble qui sert a attacher la barque au rivage ; sur le pont, des palmes ombragent une petite construction. Au centre du bateau, deux constructions legeres fönt office de cabines. On voit, dans l'une
Fig. 146 b. — Rp:prp:sentations diverses peintes sur les murs d'une Tombe a Hieraconpoi-is.
des Images, la cabine d'arriere surmontee d'un poteau, sorte de petit mät, auquel sont attaches des emblemes. Ceci se rencontre egalement dans les dessins de barques des poteries decorees. A l'arriere d'une des barques, un personnage est assis maniant une longue rame, terminee par une palette ovale servant de gouvernail.
Comme nous avons etudie, jusqu'a present, tous les documents relatifs aux barques, nous pouvons parier d'une objection assez grave qui a ete faite ä ce sujet et qui est, je pense, refutee par les documents decouverts successivement.
Se basant sur les dessins de barques des poteries decorees publiees par MM. de Morgan et Petrie, ainsi que sur les specimens du British Museum et de l'Ashmolean Museum, ä Oxford, M. Cecil Torr pensait que « les longues lignes courbes, qui ont ete considerees comme representant des navires, sont, en realite, l'indication d'un rempart ; que les lignes droites plus courtes, qua-
lifiees de rames, indiquent iine sorte de glacis ; qua la lacune qui s'observe dans cette rangee indiqiie le sentier par leqiiel on accedait au rempart ; enfin, que las objets qualifies de cabines na sont antra chosa qua da petitas tourelles placees des deux cotes da l'entree du rempart » '.
M. Loret a repris l'argumentation de M. Cecil Torr, mais en an modifiant quelque peu les conclusions. « Je crois, dit-il, que ces pretandus navires representant, avec moiiis d'adresse dans le dessin et plus de gaucherie dans la perspective, la meme chose
que le signe (I ^^ '^ v> i • ^'^ courbe rapresenterait une partie du pourtour du Köin ^, tout ce qu'un spectateur place en face peut saisir d'un seul coup d'oeil ; les traits figureraient une palissade, interrompue devant une porte s'ouvrant entre deux edifices fortifies. La presence das palmiers sur la talus s'expliquerait tout naturellement, ainsi qua Tetandard surmonte da Tembleme ou totem de la tribu habitant le Kom » ^
Ouelques-uns des argumants sur lasquels s'appu3^aiant ces savants etaiant axtrememant serieux, et il na nous sara pas inutile de les resumer ici, en les refutant dans la mesure du possible.
Un fait important est k noter tout d'abord : c'est la decouverte du dessin sur un vase, d'une barque a volle (fig. 83), dont la forme generale sa rapproche fortement d'une des representations de la tombe de Hieraconpolis *.
MM. Torr et Loret objectaient que, si on trouve des gazelles et des autruches au dessus et au dassous de ces pretendus navires, Jamals on ne rencontrait des poissons ou des animaux aquatiques.
II nous suffira, ä cet egard, de renvoyar a notre figure yG, oü Ton verra une barque entouree d'hippopotames, de crocodiles et de poissons.
' Cecil Torr, sur Quelques rrrtcndus Navires egyptieiis, dans V Antliropologie, IX, 1898, p. 35.
2 Köm ou Teil : butte, monticule, tertre.
•* Loret, V, /e Mot \\ \\^^ ,j. . Paris, 1902,11. 7. (Extrait de la /c'^r^?/^
egyptologiquc, X.)
■• Comparez l'hieroglyphe de la barque dans Lepsius, De^ikmälcr, II, 18, oü la proue est relevee bien au dessus de la cabine. — Voir Steindorff, chie neue Art ägyptischer Kunst, dans Acg\ptiaca. Festschrift für Georg Ebers, p. 125.
« On n'y voit jamais figurer derameurs, disaient-ils, et les traits verticaux ou obliques, s'ils representaient des rames, devraient partir de la ligne superieure de la coque, et non de la partie inferieure ».
En effet, les rameurs ne sont pas representes ; mais, comme nous venons de le dire, sur une des barques de la tombe de Hieraconpolis se trouve un matelot manoeuvrant le gouvernail. De plus on pourrait admettre, sans que cela prouvät rien contre l'identification de ces dessins, que les traits verticaux ne sont pas des rames. Deja^ M. de Morgan etait tente de les considerer plutöt comme des engins de peche '. Ce qui est plus important, c'est de retrouver ces traits, comme l'a fait M. Petrie, dans des representations egyptiennes, oü il est impossible de douter qu'il s'agisse d'une barque. En effet, dans une des salles du temple de Seti P'', a Abydos, on voit un dessin tres soigne de la barque du dien Sokaris, et la proue, qui se releve fortement, est precisement ornee d'une serie de lignes rappelant Celles que nous trouvons sur les barques primitives -. Chose curieuse, la barque sacree a trois rames a larges palettes^ servant de gouvernail, telles qu'on les voit sur une representation prehistorique •*. Le temple de Denderah nous montre egalement une barque du dieu Sokaris, d'une epoque plus recente, oü les traits qui nous occupent ont presque tous disparu *. Quant aux branches de palmier placees ä l'avant, elles ombragent la place oü s'assied le pilote ^.
Enfin, dans les emblemes places sur un poteau au dessus de la cabine d'arriere, il faut voir, avec MM. Petrie et de Morgan^ des signes indiquant soit le proprietaire du bateau, soit la tribu, soit le port d'attache ^. M. Petrie rappelle, a ce sujet, l'histoire que nous raconte Strabon, d'une enseigne de navire perdue
' DE MOR(iAN, Reclicrches sur les Origines, II, p. 91.
2 V^X'Ri^, Arclutological Notes, dans Caulfeild, tlie Temple of tlie Kiiigs at Abydos. Londres, 1902, pp. 15 et 16 et pl. vi.
3 Voir figure 83.
'' Mariette, Denderah, IV, pl. 64 (d'apres Petrie).
^ Petrie, Naqada, p. 48. — Budge, History of Egypt, I, pp. 71 et suiv., oü la question des barques est completement discutee. — de Morgan, Reclierches sur les Orig'mes, II, fig. 240-246 et p. 92. L'auteur croit plutöt qu'il s'agit du signe de la tribu ä laquelle appartenait le proprietaire de la barque.
•^ DE Morgan, Reclierches sur les Origiiies, II, p. 93 et fig. 247-264.
Animaux.
Hommcs.
dans la mer Rouge, et qiii, exposee sur la place du marche ä Alexandrie pour etre identifiee, fut reconnue par un marin de Gades (fig. 147).
Dans l'espace laisse libre par les barques, on a represente diverses figures principalement relatives ä la chasse aux animaux sauvages, qui sont pris au lasso ou captures dans un piege en forme de roue. Les animaux pris au piege sont des gazelies d'especes differentes (fig. 148), et cette representation rappeile le decor d'une coupe decouverte par M. Mac Iver ä El Amrah, actuellement conservee ä l'University Museum, ä Oxford '. Dans la partie superieure de la paroi, ä gauche, un homme, brandissant une massue,
Fig. 147. - Enseignes des Bakques primitives. D'apres de Morgan,
attaque un lion (?) ; un autre personnage tire de l'arc. Plus loin, des antilopiens d'especes diverses, qu'il serait imprudent de vouloir determiner exactement, sont repartis de-ci de-lä, ainsi que des oiseaux, dont peut-etre une outarde, On serait fort tente de reconnaitre, dans les figures de droite, des equides, ce qui concorderait parfaitement avec les observations que nous avons eu l'occasion de faire precedemment.
Sur une des barques, au dessus de la cabine d'arriere, se trouvent deux petits personnages assez grossierement esquisses. Au dessus de la barque, trois femmes sont debout, dans le champ, les bras leves dans la pose caracteristique de la danse.
Les scenes les plus interessantes sont dessinees sous les barques, dans la rangee immediatement superieure au soubassement peint. A gauche, nous vo3'ons un homme, tenant en main le lien qui sert
^ Mac Iver and Mace, El Amrah and Ahydos, pl. xv, 17.
ä garrotter trois personnages accroiipis et s'appretant a fracasser de sa massiie la tete de ses captifs. C'est lä une representation importante qui nous donne le prototype des monuments de l'Ancien Empire, tels les bas-reliefs de Wadi Magarah au Sinai, oü le roi d'Egypte brandit son casse-tete au dessus d'un ennemi vaincu. Devant ce groupe s'avancent deux personnages tenant en main le sceptre qui, a l'epoque historique, est l'insigne des divinites et du
Fig. 148. — Gazellks pkises au piege et representations
religieuses (?).
Tombe peinte de Hieraconpolis.
roi, et n'apparait, en dehors de cet emploi, que dans les mains de bergers \
Immediatement apres, on rencontre un groupe bizarre compose d'un homme debout, tenant au cou deux lions (?) qui se dressent sur les pattes de derriere. Nous avons parle dejä d'une figure analogue gravee sur des ivoires decouverts dans le temple de Hieraconpolis (flg. 98). II est difiicile de ne pas reconnaitre dans ce
1 ScHEiL, V., Jomheaiix thchains, le Tombcau d'Apoui. dans les Mcmoircs pnhlics par les niembres de la Mission archeologique franfaise du Cairc, V, p. 610 et pl. 11.
groiipe iine scene religieuse, surtout lorsqii'on le rapproche des representations analogues du monde egeo-cretois.
Continiiant a droite l'examen de la paroi, nous voyons une antilope prise au lasso (le chasseur a disparii), puis un homme qui semble depecer de ses mains une autre antilope couchee sur le sol, les pattes liees, dans la pose qui nous est connue dejä gräce ä deux pieces decouvertes a Hieraconpolis et ä Abydos. Ne peut-on reconnaitre ici la prise au lasso de la victime, comme Seti P"" la representait ä Ab3Tlos ', et le depegage de l'animal probablement devant un symbole religieux ? II est difficile de reconnaitre exactement ce qui se trouve devant le sacrificateur. Je serais fort tente
d'y voir un pilier M , ce qui confirmerait une Hypothese que j'ai
emise dans un travail anterieur "^ (fig. 147).
A la suite de cette scene de depegage, on trouve les deux groupes de combattants que nous avons deja reproduits plus haut (fig. 26), et trois femmes (?) accroupies sur le sol.
Signaions enfin, sur un autre mur de la meme tombe, deux figures d'hommes en marche, d'une facture deja plus avancee. Le premier porte distinctement l'etui cachant les parties genitales; tous deux tiennent un bäton courbe au sommet, ainsi que le
sceptre 1 fourchu ä la base \
Voici maintenant quelques indications au sujet des couleurs emplo3'ees. Le fond est, nous l'avons deja dit, ocre jaune ou blanc. « Les noirs sont bleu-noirs, et il ne semble pas que ce soit du charbon pile. A l'exception d'un des bateaux, tous ont ete peints en une couleur blanche, sur laquelle on a etendu une couche de vert
^ Mariette, Fouilles executees en Egypte, en Nuhie et au Soudan. Paris, 1867, II, pl. 50. En comparant le texte d'Ounas, 423, et Teti, 242, avec ces scenes, je serais tente d'y reconnaitre la course de F Apis citee sur le monument de Palerme. — Voir Maspero, Compte rendu de Pellegrini, Nota siipra una Iscrizio)ie Egizia del Museo di Palermo, dans la Revue critique, 1899, p. 4. — ■ Naville, la Pierre de Palerme, dans le Recueil de travaux relatifs ä la philologie et a r archeologie egyptiennes et assyriennes, XXV, 1903, p. 71. — Schaefer, ein Bruchstück allägyptischer Annalen. Berlin, 1902, pp. 21 et 23.
^ Capart, la Fete de frapper les Anou, dans la Revue de l'Histoire des Religions, XLIII, 1901, pp. 266-267. — Spiegelberg, der Stabkultus bei den Aegypten, dans le Recueil des travaux relatifs ä la philologie et ä l' archeologie egyptie7ines et assyrienjies, XXV, 1903, p. 190, note 3.
3 QuiBELL and Green, Hierakonpolis, II, pl. lxxix.
brillant, graniileux, probablement de la poiidre de malachite. Le bateau, ä proue elevee et ä poupe relativement basse, fait exception et est peint en bleu-noir. Le contour des figares avait ete dessine, d'abord, en ocre rouge ; le blanc des vetements a parfois depasse ce trace. Les yeux sont formes par un gros morceau de blanc faisant tache ; la pupille est representee par un point bleii-noir » ^ .
Si nous cherchons a resiimer, en quelques mots, les scenes que But des les peintures et les graffiti nous ont fait connaitre, nous dirons que peintures et Ton rencontre des representations de chasse, de navigation et peut- grafhti. etre, comme ä Hieraconpolis, des scenes religieuses. Rappeions que, sur les poteries decorees, nous n'avons trouve, independamment des motifs skeiomorphes, que des representations analogues,
Pourquoi l'Egyptien primitif gravait-il de telles scenes sur les rochers ou les dessinait-il sur les parois des tombes ou sur des vases en terre ? Obeissait-il a un veritable besoin esthetique ?
La question a ete recemment resolue, en partie du moins, dans un article important de M. Salomon Reinach sur l'Art et la viagie ä propos des peintures et des gravier es de l'äge du renne -. Les documents egyptiens primitifs apportent, croyons-nous, des renseignements precieux a cet egard, et peut-etre ne sera-t-il pas sans interet de nous y arreter quelque peu.
Voici comment s'exprime M. Salomon Reinach apropos de l'art des cavernes : « J'ai constate, d'abord, ce qu'on avait observe depuis longtemps, que les motifs empruntes au monde animal sont de beaucoup les plus nombreux, puis, ce qui me parait nouveau, que les animaux representes sont, a titre exclusif, ceux dont se nourrit un peuple de chasseurs et de pecheurs. Ces animaux-la etaient desirahles, tandis que les autres ne l'etaient point ; ils etaient iindesirable , suivant un mot anglais dont nous n'avons pas l'equivalent. Les itndesirable animals comprenaient les grands felins, tels que le Hon et le tigre, l'hyene, le chacal, le loup, les diverses varietes de serpents, etc. De cette constatation decoule une consequence importante, a savoir que les troglodytes, en dessinant, en peignant ou en sculptant, n'ont pas seulement cherche a occuper leurs loisirs ou a fixer leurs Souvenirs visuels pour faire
^ QuiBEix and (jREEN, Hierakonpolis, II, p. 21. ^ Dans V Anthrof>ologie, XIV, 1903, pp. 257-266.
admirer leur adresse a leurs compagnons. Le choix severe qui a preside ä leur activite d'artistes implique, pour cette activite ellememe, des caiises moins banales que Celles alleguees jusqu'ä present. Ils savaient ce qu'ils faisaient et poiirquoi ils le faisaient ; ce n'etaient pas des reveiirs et des oisifs, gravant ou peignant n'importe quelle Silhouette familiere suivant leur Inspiration du moment » .
Se servant alors des donnees de l'ethnographie, le savant frangais rappeile les principes fondamentaux de la magie, tels que les beaux travaux de Frazer les ont etablis. Dans la magie, deux idees tres simples et tres logiques servent de base a toutes les ceremonies, a toutes les manipulations : la premiere, c'est que « le semblable produit le semblable ou que l'eifet ressemble ä la cause qui le produit » ; la deuxieme, « que les choses qui ont ete jadis en contact et ont cesse de l'etre continuent ä avoir l'une sur l'autre la meme influence que si leur contact avait persiste » K Dans le premier cas, nous avons la magie imitative, dans le second la magie sympathique. La magie imitative consistant a representer un etre, un objet ou une action dans le but de donner naissance a l'etre represente, a l'objet, ou de provoquer l'action imitee, peut etre, parfois, independante de la magie sympathique; au contraire, la magie sympathique est toujours combinee avec la magie imitative.
Dans le cas qui nous occupe, la distinction n'est pas aisee, au point de vue de la mentalite primitive tout au moins. Ouand nous parlons de dessiner la figure d'un animal pour faire naitre cet animal ou agir sur lui, nous croyons bien faire de la magie imitative, et cependant, pour le primitif, il n'en est rien. En effet, si la representation a de l'influence sur l'etre represente, c'est precisement par le fait que cette representation est quelque chose d'emane de cet etre, absolument comme le pourrait etre son reflet dans un miroir ou dans l'eau. « Une des consequences de cette idee inspire aux hommes la crainte d'etre representes en effigie, crainte tres repandue et dont certaines religions ont tenu compte en interdisant de peindre ou de sculpter la figure humaine » "-.
' Frazer, //le Golden Bougli, 2<= ed., I, p. 9; ed. frangaise, p.4. 2 Reinach, loc. cit.,-p- 260. — ■ Frazer, i/ie Golden Bough, 2" ed., I, pp. 295- 297; ed. francaise, pp. 227-229.
Ces idees generales sur les principes fondamentaiix de la magie chez les primitifs auraient besoin d'etre developpees; mais cette etude pourrait nous entrainer loin de notre sujet. Je me permets donc de renvoyer au livre magistral de Frazer *, en priant le lecteur de m'excuser si je ne puis exposer, d'une fagon plus complete, les preuves de mes affirmations.
Les primitifs frangais, d'apres M. Salomon Reinach, auraient donc dessine et grave sur les parois des cavernes des figures d'animaux desirables, dans le but de se les procurer de la sorte ou d'en multiplier l'espece. « C'etait l'expression d'une religion tres grossiere, mais tres intense, faite de pratiques magiques ayant pour unique objetla conquete de la nourriture quotidienne » -.
Une confirmation interessante de cette maniere de voir a ete apportee par les recherches de MM. Spencer et Gillen parmi les tribus aborigenes du centre de l'Australie. « Ces tribus, raconte M. Reinach, celebrent periodiquement une ceremonie appelee intichiuma, differente^ seien les divers clans, et dont le but direct est de multiplier l'espece animale ou vegetale, qui est le totem du clan. Decrivant les ceremonies du clan de Vemu, ils (MM, Spencer et Gillen) racontent que certains indigenes repandent leur propre sang sur une surface de 3 metres carres jusqu'ä ce que le sol en soit bien impregne. Une fois le sang seche, on prend de la terre de pipe, de l'ocrejaune et du charbon de bois, puis, sur l'aire rougie par le sang, on peint l'image sacree de Vemti totem, avec des cercles jaunes et noirs qui representent les ceufs de l'oiseau, soit avant, soit apres la ponte. C'est autour de cette image que les hommes du clan viennent s'accroupir et chanter en choeur, pendant que le chef ou maitre de la ceremonie leur explique les details du dessin. Etant donne le but de ces rites, nous avons ici un exemple incontestable de l'emploi magique d'une image peinte pour favoriser la multiplication du modele » ^.
Parfois, ces peintures sont faites sur des parois de rochers en des endroits qui sont strictement tabous pour les femmes et les enfants. Parmi ces representations, on remarque des animaux, des tetes
1 Frazer, the Golden Bough, 2« ed. 3 vol. Londres, Macmillan, 1900.
2 Reinach, Iac. cit., p. 265.
3 Reinach, loc. eil., p. 262.
humaines, des empreintes de pas de femmes de l'epoque mythologique des Australiens du centre '.
« Assurement, dit M. Reinach, il y aurait de la temerite k postuler, pour les troglodytes de l'epoque du renne, des cultes totemiques identiques a ceux des Aruntas de l'Australie actuelle ; mais, ä moins de vouloir renoncer ä toute tentative d'explication, il est plus raisonnable de chercher des analogies chez les peuples chasseurs d'aujourd'hui que chez les peuples agriculteurs de la Gaule ou de la France historique. Or, la representation d'animaux comestibles au fond de nos grottes, a l'exclusion, comme je Tai dejä dit, des carnassiers, s'expliquerait fort bien si l'etat religieux des troglodytes avait ete semblable a celui des Aruntas etudies par MM. Spencer et Gillen » '-'.
Les primitifs egyptiens, avec les multiples manifestations artistiques que nous avons etudiees dans les pages precedentes, permettent-ils de maintenir ou de renverser cette theorie ? Pourronsnous dire^ en terminant ce chapitre, que les representations des primitifs egyptiens « s'expliqueraient fort bien si leur etat religieux avait ete semblable a celui des Aruntas » ?
La patine qui recouvre les grafßtti des rochers de la Haute Egypte temoigne de Tage recule auquel il faut les rapporter : on y voit, comme nous l'avons dit, principalement des representations d'animaux et de barques. Elles auraient pour but de favoriser les chasses des primitifs et, peut-etre, de donner ä la tribu une nombreuse flottille pour les expeditions de peche, ou meme pour les expeditions guerrieres. Les tribus de chasseurs nomades pouvaient se deplacer facilement dans la vallee du Nil, a condition d'etre en possession d'une flottille. Ces barques, peut-etre, egalement avaient un rcMe religieux et servaient dans des ceremonies magiques ^ Rap-
^ Spencer et Gille\, tlie Nalivc Tribes of Central Australia. Londres, 1899, fig. 124 et 132. Voir, au sujet des ceremonies de Vijitichiuma, le travail de DURKHEIM, E., sur le Toteinisme, dans VAnnee sociologique, V, 1902, pp. 82-121. Compte rendu par S. Reinach ^2iXv?,V Ayithropologie, XII, 1902, pp. 664-669.
• Reinach, loc. cit., p. 263.
* Voir le curieux articie de Salomo.v Reinach, Ic Nmnrc du cholera, dans \' Anthropologie, XIII, 1902, p. 788. G. A. Dorsey, the Dwaintsh Indiaii Spirit Boat and its iise, dans le Free Museum of Science and Art. Department of Archeology, University of Pennsylvania, Bulletin, III, 1902, p. 227 avec 5 pl. Compte rendu par le D"" L. L[aloy], dans V Anthropologie, XIV, 1903, pp. 349-35 i •
pelons, a ce sujet, que les divinites egyptiennes etaient frequemment representees dans des barques et que les barques sacrees joiient im grand röle dans la religion egyptienne '. II est permis de supposer que, dans certaines circonstances, les tribus se rendaient a des endroits reserves au culte, de meme que les Australiens celebrent \ inÜchiuma en certaines localites, toujours les memes -. Les auteurs grecs nous racontent encore que des barques nombreuses, chargees de populations entieres, allaient a Bubaste pour celebrer les fetes de la deesse -^
Les idees de tous les peuples primitifs sur la mort permettent aisement de comprendre pourquoi on gravait sur les parois des tombeaux, des scenes analogues ou identiques ä Celles que l'on trouve sur les rochers et dont le but tient de la magie. Si les vivants multiplient les peintures ou les sculptures d'animaux
M. Salomon Reinach cite une barque en ivoire de l'epoque prehistorique, appartenant ä une collection privee de Munich, et dans laquelle, au lieu d'hommes assis, il y a des oiseaux. II ajoute : « Je me suis souvent demande si sur les vases ä barques, publies par M. de Morgan, oü M. Cecil Torr a voulu reconnaitre des parcs ä autruche, il ne s'agirait pas de barques funeraires oü les grands oiseaux representeraient les morts. Le röle joue par l'ceuf d'autruche dans les anciennes religions de l'Orient serait en faveur de mon hypothese ; j'ajoute que, sur les vases en question, les personnages humains peuvent etre interpretes comme des pleureurs ou des pleureuses. Je dois dire, toutefois, que les autruches ne paraissent pas dans les bateaux, mais au dessiis, ce qui ne se comprend guere, d'ailleurs, quelque explication que l'on adopte de ces sujets ». Compte rendu de Weicher, der Seeleyivogel in der alten Litteratiir und Kunst. Leipzig, 1902, d.asy'&Xa. Revue archcologique, 1903, II, pp. 378-379.
Je rappellerai que la barque du dieu Sokaris, dont il a ete question precedemment, a la proue ornee de figures d'oiseaux. Je pense que, si l'on voit les autruches et les gazelies au dessus comme au dessous des barques, c'est parce que l'artiste a distribue les figures dans l'espace reste vide apres le dessin des figures principales.
Au sujet du röle joue par l'oeuf d'autruche, j'ajouterai ä ce que j'ai dit dans le chapitre sur la parure la remarque de Wilkinson : « Wilkinson infers that they (the ostrich eggs) were suspended in the temples of the Egyptians, as they still are in the churches of the Copts ». Marshall, James, Some Poi7its of resseniblancc bciivcc7i ajicient 7iations of the East and West, dans les Proceedings of the Society of Bihlical Archiiology, XIV, 1891-1892, p. 6.
' Voir, par exemple, Lefebure, Ritcs cgyptiens. Construction et protection des cdißcesj pp. 86 et s.
- Spencer et Gillex, loc. cit., fig. 24, p. 171 et fig. 33, p. 195.
3 Herodote, II, 60. — Voir Wiedemann, Hcrodots zrceites Biiclt mit sachliclicn Erläuterungen. Leipzig, 1890, pp. 253 et s.
utiles et representent des barqiies, dans un bat utilitaire, le mort qiii vit, lui, dans la tombe, d'ime vie a peine differente de celle des vivants, desire egalement beneficier du resultat de ces representations.
Les tombes primitives en Egypte etaient extremement petites et pouvaient a peine contenir le cadavre accroupi. Les parois n'auraient donc pu suffire ä la representation des scenes necessaires au mort. Aussi les dessinait-on sur les flaues des poteries qui renferment les provisions du mort, et c'est pourquoi taut de vases sont decores de peintures de barques et d'auimaux. Les plantes qu'on y voit egalement et dont nous avons deja fait mention, sont l'aloes, qui est cultive en pot et a conserve, jusqu'aujourd'hui, en Egypte, sa propriete d'ecarter le mauvais oeil. Quant aux scenes de danses que nous avons cru reconnaitre, elles s'expliquent par le role funeraire et magique des danses primitives. Nous en parlerons dans un chapitre special.
Certaines figures de la tombe peinte de Hieraconpolis confirmeraient davantage le caractere religieux de ces representations si, comme nous le croyons, elles reproduisaient des ceremonies du culte '.
Lorsque rEg3^pte pharaonique nous apparait dans les peintures et les sculptures des tombeaux de l'Ancien Empire, il semble que peu de chose soit change. Ce sont toujours des figures d'animaux qui se repetent, ainsi que des scenes de navigation. Ici, plus de doute possible, nous sommes certains de la raison d'etre de ces representations. Elles ont uniquement pour but de procurer au defunt la realisation des objets graves sur les murs de la tombe. Les formules religieuses qui accompagnent les scenes nous montrent l'Egyptien des temps historiques employant, pour s'assurer apres la mort une existence paisible et heureuse, des mo3'ens magiques qui ne sont, en realite, que le developpement des procedes mis en oeuvre par les primitifs.
L'explication des nombreuses sculptures primitives est identique.
Nous avons mentionne des modeles de barques ainsi que des figurines d'animaux. On pouiTait trouver, ä cet egard, une objec-
^ Au sujet du culte du pilier m , je suis frappe du röle frequent du pieu dans
les ceremonies des Australiens. — Voir Spencer et Gillen, loc. cit., passinu Index s. v. Pole.
tion assez grave ä la theorie de M. Salomon Reinach. En Egypte, il n'y a pas seiilement des animaiix desirables ; on trouve egalement, nous l'avons vu, des figures de undesirable aniinals. Rappeions l'hippopotame, le crocodile, le scorpion, la grenouille, le lion, le chacal, le singe et meme le griffon ä corps de felin et ä tete d'oiseau.
La reponse qu'il convient de donner a cette objection nous semble assez simple. Les primitifs egyptiens nous apparaissent a un degre de civilisation dejä sufißsamment avance pour que nous puissions supposer, a cote des formules magiques destinees a procurer la nourriture, des croyances religieuses plus developpees, teil es, par exemple, que le culte des animaux. Les monuments de l'Ancien Empire nous prouvent suffisamment l'existence de tels cultes au debut de l'histoire de l'Egypte pour que nous puissions dejä reconnaitre dans Thippopotame, la deesse Thoueris ' ; dans le crocodile, le dieu Sebek ; dans le scorpion, la deesse Seikit ; dans la grenouille, la deesse Hekit ; dans le lion, la deesse Sekhmet ou le dieu Atum'; dans le chacal, le dieu Anubis ; dans le singe ■^, le dieu Thot ; dans le griifon, le dieu Mentou, etc. Le culte de ces divinites n'existait vraisemblablement pas encore ä cette epoque avec tout son developpement ulterieur ; mais je vois, dans le fait que les divinites egyptiennes de l'epoque historique etaient representeespar ces animaux, la preuve qu'ils etaient dejä l'objet d'un culte des les temps primitifs. Si je pouvais entrer ici dans le detail des theories relatives au fetichisme tel que le pratiquent les negres de la cote de Guinee, ou au totemisme, on comprendrait aisement comment il peut se faire que ces animaux, dont peuvent dependre le bienetre et l'existence de la tribu tout entiere, fussent veritablement
' Les figurines d'hippopotame etaient destinees peut-etre aussi ä permettre au defunt de se livrer au plaisir de la chasse ä l'hippopotame. — Voir Prissk d'Avennes, Histoirc de l'art egyptioi, atlas II, pl. x. — II existe, au British Museum, une statue en breche de la deesse Thoueris en forme d'hippopotame, attribuee d'abord ä l'epoque sa'i'te, puis ä l'epoque archaique ; mais, comme des doutes ont ete souleves au sujet de son authenticite, je n'ai pas ose en faire etat. — Voir BuDGE, Hisfory of Egvpt, II, Egvpt mider tlie Great Pyramid Buildcrs, fig. p. 5. British Museum, n'' 35700.
^ Sur le röle des lions et des sinj^^es voir aussi Lefebure, Ritcs egyptiens. Co7istruction et protection des edificcs, pp. 52 et s.
■^ Les figurines de singes etaient destinees peut-etrc aussi ä procurer au mort des animaux familiers. — • Voir Lehsius, Denkmäler, II, 13.
disirables. La theorie proposee par M. Salomon Reinach troiive donc, dans les documents egyptiens primitifs, ime eclatante confirmation.
Les modeles de barques sont frequents dans les tombes eg-yptiennes pharaoniques, oü Ton a rencontre egalement des modeles de maisons.
Les tombes primitives ont donne aussi des representations de serviteiirs, de femmes, de nains, dont la presence s'explique de fagon identique. Les serviteurs sont donnes au mort pour qu'ils l'accompagnent dans l'autie vie, et les nombreuses statues de serviteurs trouvees dans les mastabas de l'Ancien Empire nous attestent la persistance de cet usage. Les femmes accompagnent leur mari, et une Statuette trouvee ä Negadah, avec un modele de lit *, rappelle les representations semblables de l'epoque pharaonique. Les nains et les personnages difformes servaient ä divertir le mort, comme les bouffons le faisaient pour les vivants et, encore une fois,les representations des tombes de l'Ancien Empire confirment cette maniere de voir. Des textes religieux indiquent l'importance de ces nains dans l'autre monde '-.
Les figurines de captifs que nous avons signalees plus haut seraient plus difficiles a expliquer, si les rites de fondation des tombeaux, des temples ou des maisons chez les primitifs ne venaient nous indiquer, immediatement, le motif de leur presence 'K Ce sont les victimes sacrifiees comme gardiens du monument, et la civilisation egyptienne n'a pas reussi ä faire disparaitre entierement cet usage. Les representations d'une tombe thebaine du Nouvel Empire nous en fournissent une preuve indubitable ^
On pourrait s'etonner que les temples primitifs d'Hieraconpolis et d'Abydos fournissent tant d'objets identiques ä ceux que Ton
^ Petrie, Naqada, pL xxxvi, 83 et p. 41.
^ Maspero, siir U7ie Forniule du Livre des Pyrainidcs, dans les Etudes de niytliologie et d' archeologie egyptiennes, II, pp. 429-443.
"* M[onseur], E., Compte rendu de Sebillot, 7^5 Travaicx publics et les inmes dans les traditions et les superstitions de toiis les pays. Paris, 1894, dans le Bulletin de Folklore, t. II, fasc. iii et iv, 1893, p. 177, oü Ton trourera des indications bibliographiques relatives ä ce point. Les memes croyances primitives peuvent expliquer egalement certaines figurines d'animaux : « le but de ces sacrifiees est de procurer ä la construction un genie protecteur ».
* Maspero, le Tovibeau de Mentouhikhopsliouf, ä-anslas Jl/änoites pudltes /^ar les memhres de la Missio7i archeologique fran(aise au Caire, V, fasc. 3, pp. 435-468.
decouvre dans les tombes. Cela tient a la conception des Egyptiens — poiir ne pas dire de tous les peiiples primitifs — sur la maison, le temple et la tombe, entve lesquels il semble qu'il n'y ait point f de difference essentielle. La tombe est la maison du mort; le ' temple est, probablement, la tombe du dieu mort. Nous ne pouvons, malheureusement, qu'indiquer brievement ces points, sans eutrer dans des developpements qui ne se rattachent qu'indirectement a notre sujet.
De tout ce qui precede il resulte qu'il n'y a guere de ditferences radicales entre la destination des sculptures et des peintures chez les primitifs egyptiens et chez les Egyptiens pharaoniques.
Le chapitre suivant, consacre aux premiers monuments pharaoniques, va nous montrer que, si le style des monuments se transforme, cette transformation se produit d'une maniere assez lente pour que nous puissions la suivre pas a pas. Des Clements nouveaux s'ajoutent, mais l'art des primitifs n'en est altere qu'a la maniere dont une race s'altere par de nombreux croisements.
Fig. 149 K
i Ciraffiti representant un temple, d'apres CjREEN, Prelüstoric Diawings nt El Kabj dans les Proceedings oft he Society of Biblical Archaology, XXV, 1903, p. 371. Gliche prete par la Societe d'archeolo.f^ic biblique de Londres.