SS
aussi, (l'ailleiirs, la scene qiii constitue la partie superieuie de la palette. Un taiireaii vigoureux foule aux pieds iin homme et s'apprete ä le transpercer de ses cornes. C'est dejä, comme l'a reconnu le premier, M. Schäfer, iine representation du roi, « taureau puissant », abattant ses ennemis \ Le type de l'ennemi vaincu
Fig. 169. — Fkagmknt dk pauktte kn sc'histk. Musee du Louvre.
est a observer, de meme que la perruqae et la barbe frisees et aussi la ceintureä laqaelle est suspendu le karonata.A.w revers de la meme palette se repete la scene principale; mais, cette fois^ a la place occupee par les etendards animes^ nous vo3^ons, comme sur le second fragment du Caire, des murs creneles representant des villes fortifiees. Au centre de ces murs, des signes hieroglyphiques donnent les noms des cites (fig. 165 et 166). Grande pa- Le svmbole du roi, taureau puissant detruisant ses ennemis, Ictte de Hie- se retfouve enfin sur la grande palette decouverte a Hieracon-
raconpolis.
' Steindorff, eitle neue Art ägyptischer Ktoist, loc. cit., p. 131, note i.
polis, oü le taureau a renverse, de ses cornes, les murs creneles d'une ville. Cette palette, au nom du roi Xar-Mer, souleve des discussions extremement complexes pour lesquelles nous renvoyons
Flu. 170. — Grande tete de massue du rol Nar-Mer. Ashmolean Museum, ä Oxford.
aux travaux speciaux publies ä ce sujet '. Remarquons, neanmoins, les grands felins ä cou de serpent qui se rencontrent egalement sur
' On les trouvera resumes dans Capart, la Fäe de frapper les A?u>i(, dans la Revue de llüstoire des religions, XLIII, 1901, pp. 249-274. — Voir, en outre, Naville, les Plus Anciens Monuments egyptiens, III, Appendice, dans le Recueil de travaux relatifs ä la plülologie et ä l' archeologie egyptietines et assyriennes, XXV, 1903, pp. 223-225. — Weii.l, R., Hieraconpolis et les origines de l'Egypte, dans la Revue archeologique, 1902, II, pp. 1 19-121. — Ouibell and Green, Hierahonpolis, II, pp. 41-43.
iin cylindre chaldeen du Louvre '. « Une pareille identite eiitre deux niotifs, dit M. Heuzey, ä la fois aussi precis et aussi complexes, ne saurait etre l'effet du hasard. Elle ne peut s'expliquer que par des relations tres etroites entre la primitive Chaldee et la premiere civilisation egyptienne. L'explication ne fait meme que gagner en force et en evidence si Ton admet qu'une race originaire de l'Asie est venue fonder sur les bords du Nil les plus anciennes dynasties et apporter aux populations noires de TAfrique les Clements d'un art qui avait dejä pris forme. C'est la un fait simple et rationnel en lui-meme, conforme non seulement aux traditions de l'humanite, mais encore aux lois de l'histoire et a ce que nous saN ons des grands courants suivis par les races humaines » (fig. 167 et 1 68). Sur cette palette nous trouvons un emploi des hieroglyphes analogue a celui des dynasties historiques et, cependant, la pictographie n'a point encore disparu entierement. Sur le recto, au dessus de la tete du barbare frappe par le roi, est grave un groupe singulier, compose d'une tete humaine, d'un bouquet de plantes et d'un oiseau. Les commentateurs sont unanimes ä cet egard : il s'agit d'une inscription signiliant que le dieu Horus ou la deesse Xekhbet ont vaincu ou saisi six mille ennemis, ou bien qu'ils ont vaincu les peuples du Nord ^ Petit frag- Pour etre complet, n'oublions pas de mentionner un petit fragmcnt du mcnt, encore extremement arcliaique, appartenant ä la collection ouvrc. j^^ Louvre, achete par Ary Renan, ä Beyrout % et representant un groupe de personnages en marche. II est indubitable qu'il faut rattacher ce fragment aux specimens les plus anciens de cette categorie de documents (fig. 169).
Nous ne quitterons pas cette serie de monuments sans faire
' Heuzey, Egypte ou Chaldee, dans les Couipies rendiis des seances de l' Academie des inscriptio7is et helles lettres, 1899, pp. 66-68 et planche de la p. 62.
Le felin ä cou et ä tete de serpent n'est pas sans exemple dans l'art egyptien.
C'est l'animal fantastique appele U sedja et qui est represente dans des
scenes de chasse ä Beni Hasan. Voir Newberry, Be7ii Hasan, II, pl. IV. — On le trouve encore sur des ivoires magiques de la XII^ dynastie. Voir Capart, la Fete de f rapper les Atioii, loc. cit., p. 264.
2 Capart, la Fete dejrapper les Anou, loc. cit., p. 256. .
^ Lettre de M. Ary Renan ä M. G. Perrot, dans la Revue archcologiqiie, y serie, IX, 1887, pp. 37 et 38, avec fig.
remarquer combien on peilt y relever de detail s qiii se rattachent a l'art des primitifs egyptiens, ä cote d'autres qiii sont caracteristiqnes des monuments pharaoniques.
Seuls les ivoires d'Hieraconpolis etd'Ab5'dosnoiis fournissent ime succession aiissi probante d' Oeuvres unissant la prehistoire ä l'histoire. Rappe- Ions ce que nous disions plus haut : avant de connaitre l'Egypte primitive, M. le professeur Steindorff, avec sa parfaite connaissance des monuments eg3'ptiens, arrivait ä la conclusion que ces palettes appartenaient ä l'epoque prehistorique.
Maintenant que, gräce aux documents d'Hieraconpolis, nous possedons une palette au nom d'un roi egyptien, nous sommes forces de reconnaitre que nous sommes en presence de veritables monuments pharaoniques. L'hesitation que l'on rencontre a fixer un jugement sur ces palettes en schiste me parait etre la meilleure preuve qu'il n'y a pas eu, en Egypte,
ä im moment detennine, iiii brusque changement de direction dans les conceptions artistiques. Nous avons dejä eii l'occasion de le remarquer, et nous y reviendrons encore lorsque nous aurons ä fomiuler des conclusions.
Fig. 172. — Gkande tete de massue d'ux koi indetermink.
Ashmolean Museum, ä Oxford.
Massucs de
Hieracon-
polis.
Le roi Nar-Mer, le dedicateur de la grande palette de Hieiaconpolis, avait consacre dans le temple une tete de massue de dimensions colossales decoree de scenesen leger lelief.Plusieurs des personnages de la palette s'y retrouvent : le serviteur portant les sandales, un autre sur l'identite duquel les auteurs ne sont pas d'accord * et les porteurs d etendard. On remarque aussitöt (fig. 170 et 171) la rudesse des reliefs de cette massue, qui denote une main moins exercee que Celle qui decora la grande palette^.
Sans entrer dans l'etude detaillee des scenes qui ornent cette massue ^, remarquons les trois hommes barbus, dansant devant
' Naviixe, les Phis Ancuns Monicmeyits egyptiens, III, dans le Recueil de travaiix relatifs ä la philologie et a iarchcologie egypticnncA et assyriennes, XXV, 1903, pp. 223-225.
■^ OuiBELL, Hierakonpolis, I, pl. xxvi, B.
^ Fouc.vRT, G., la Plus Vicille Egypte, II, les Momiments commcinoratifs du Sed ä Hieraconpolis, dans le Sphinx, N, 1901, pp. 102-106. — MoRET, A., du
Fig. 173. — Dktail dk la scenk pkincipai.k dk i.a grande tete de massue du koi indetehmine.
<:ii<he piete par IFgypt Exploration Find. Voir « Archaolcgical Report », 1897-98. p. 7, pl.
le roi, assis soiis im dais, place au sommet d'une estrade ä laquelle im escalier donne acces. Devant les danseurs, et aiissi derriere eux, sont representes trois especes de croissants, qui, dans les monuments de l'epoqueclassique, ont pris ime forme reguliere. II est difficile de dire ce qu'ils representent. Contentons-nous de noter qu'on rencontre dans les textes certains personnages portant un titre dans la composition duquel entrent ces « croissants » \
Les restes d'une seconde massue, d'un type plus parfait, sont au nom d'un roi qui n'a pas encore ete identifie d'une maniere precise ^. Entre autres scenes, nous y voyons le roi presidant a des travaux publics (fig. 172-173). Serait-ce rouverture d'une digue ^ ? Sur un des canaux, on apergoit encore la proue d'un vaisseau qui rappelle ceux de l'epoque primitive. Dans l'angle inferieur, a droite^ on distingue les restes d'une petite construction voütee semblable ä Celle qui se trouve au sommet de la palette en schiste reproduite sur notre planche l. Au registre central, a gauche, des personnages sont portes en palanquin, comme sur la massue de Xar-Mer, et des hommes coiffes d'une longue tresse pendant sur leur dos executent une danse. Des danseurs a la coitfure identique se remarquent sur un fragment d'une troisieme massue, trop mutilee pour qu'on puisse se faire une idee correcte de l'ensemble ^ Ces massues, si differentes encore, par leur style, des monuments egyptiens classiques, nous fönt connaitre, cependant, des representations qui se retrouvent aux epoques subsequentes.
Caracterc religieux de la royaiite pharao/iiquc.V&n?,, 1902, p. 242 et fig. 71, p. 240. — Weill, R., Hieraconpolis et les origines de l'Egypte, dans la Revue ai'cheologique, 1902, II, pp. 121-122.
1 Lepsius, Denkmäler, II, 129. — Newberry, Bein Hasan, I, pl. xxxv, p. 41.
— ScHlAPARELT.l, E., Museo arckeologico di Firenze. Antichita egizic, I, pp. idd, 267, 369 et 468. — Voir Griffith, Hieroglyphs, pl. iii, 36, et p. 64.
^ FouCART, G., les Deux Rots inconniLS d' Hieraconpolis, dans les Comptes reiidus des seances de l' Academie des inscriptions et belles lettres, 1900, pp. 230-241.
— Naville, les Plus Anciens Mo7iuntents egyptiens, III, dans le Recueil de travaux relatifs ä la philo logie et ä l'archeologie egyptiennes et assyriennes, XXV, 1903, p. 218.
3 QuiBELL, Hierakonpolis, I, pl. xxvi C et pp. 9-10. — • AI. Maspero y reconnait, avecassez de vraisemblance, la ceremonie du Khehs to, « creuser la terre », qui se faisait lors de la fondation des temples. Voir Maspero, Mamcal of Egyptian Archaeology, 5« ed. Londres, 1902, Supplementaiy Chapter, p. 353, note. — Lefebure, Rites egyptiens. Construction et protection des edifices, p. 32. — M.\RiETTE, Denderah, p. 133, et I, pl. 20.— Brugsch, die Acgyptologie, p. 425.
^ OuiBEix, Hierakonpolis, I, pl. xxvi, A, et p. 8.
II en est de meme d'une serie assez nombreuse de petits monu- piaquettes
ments, decouverts dans les tombes royales d'Abydos. Ce sont de graveesdela
petites plaquettes, en ivoire ou en bois, portant gravees d'im trait ^"' Dynastie.
Fig. 174. — Specimkns dh petites plaquettes en bois et en ivoire decouvertes dans les tombes royales de la premiere dynastie A Abydos.
peu prüfend, parfois rempli d'un enduit noiratre, des scenes et inscriptions extremement variees (fig. 174).
La plus grande de ces plaqiiettes a ete decoiiverte dans la tombe du roi que l'on semble s'accorder ä identifier avec Menes, le preniier roi de la I'^ d3nastie des annalistes d'epoque classique \ Les scenes et inscriptions se repartissent en quatre registres superposes.
Fig. 175. — Petite pi.AguEiTE en terkk kmaillee
DECOUVERTE A AbYDOS.
Au premier, ä droite, une representation curieuse d'un temple primitif au dessus duquel se trouvent deux barques. Au registre suis^ant,un second sanctiiaire avec un oiseau sacre,analogue ä Tun des
• Cette attribution a ete combattue surtout par Navii.le, /es Plus A?iciens Monuments cgyptiens, I, dans le Kecueil de travaiix relatifs ä la Philologie et ä l'archeologie egyptienncs et (7Ssyricnncs,XX] , 1899, pp. 108-112 ; III, ibidetn, XXV, 1903, pp. 207-208 et pp. 218-220.
dessins de la massiie de Nar-Mer ; devaiit le temple, im taureaii s'abat dans im filet, attache en terre au moyen de deiix piqiiets, rappelant ainsi ime scene des g^obelets de Vaphio. Les deiix regis-
FlG. 176. SpECIMENS de STELKS PRIVEES de LA NKCKOPOLK ROYAI-E
DE LA PREMIERE DYNASTIE A AbYDOS.
tres inferieurs sont consacres ä des representations de barques et ä des inscriptions ' .
Siir une aiitre tablette, celle du roi Den-Setui (ou Semti 011 Hesepiii), noiis retrouvons ime scene analogue ä celle de la grande
' Petrie, Royal toiiihs oj the car liest dy?2asties, II, pl. iii, A, et x et pp. 2\ et 51. — Naville, /es Plus A?tcü'}is Moniiincnt:^ i^yptiens, II, dans \& Kecueil de travaux relatifs ä la philologie et ä Farcheologie egyptie7mes et assyrienfies, XXIV, 1902, p. 120.
massiie de Xar-Mer. Lc roi est assis, soiis im leger badalquin, au sommet d'iine plate-forme a laquelle im escalier donne acces. Devant ce petit pavillon, le roi liii-meme, encadre de deiix groupes de trois « croissants », execiite ime danse '. On y a reconnn, comme dans celle de la massue de Hieraconpolis, ime representation de la fete de Heb-Sed, qiii fiit celebree pendant tonte Ja duree de l'histoire de l'Egypte ^. Un fragment de plaquette, au nom du meme souverain, nous montre le roi en marche, tenant le bäton et le casse-tete et precede de l'etendard du chacal Anubis ou Apouat \
Fig. 177. — Stelk de Hekenen.
Ashmolean Museum^ k Oxford.
On se sent bien pres deja | des representations classiques du pharaon, telles que nous les trouvons en premier lieu sur les rochers du Ouady Magharah, au Sinai. Une plaquette en ivoire de la collection Mac Gregor, au nom du roi Den, est surtout instruc-
1 Petrie, Royal To)iibs of ihe Jirst dynasty, I, pl. XI, 14 ^= xv, 16, et pp. 22 et 40-41.
^ MoRET, A., dti Caract'ere yeligiejix de la royante pharaoniqne, fig. 86, p. 262. — M. Budge, qui regarde la figure assise comme un Osiris, en tiredes conclusions curieuses. Voir Budge, thc Book of the Dead (Boolis on J'-^ypt nnd Chaldea). Londres, 1901, I, pp. xxxiv-xxxvii ; History oj Egypt, I, pp. 194-198.
"^ Petrie, Royal tombs of theßrst Dytiasty, I, pl. x, 14 ^ xiv, 9 et p. 21.
tive äcet egaid '. Signaions, specialement, l'importante decouverte de M. R. Weill, qiii parvint ä identifier le roi d'iin des bas-reliefs du Sinai avec le roi Mersekha de la I""^ dvnastie -.
Fig. 178. — Statue de Libyen.
Musee du Caire.
' SpiEGELBER(i, chi neuc's Denkmal ans der Frühzeit der ägyptischen Kunst, dans la Zeitschrift Jiir ägyptische Sprache und Alterthumshindc, XXXV, 1897, pp. 7-1 1 et flg.
2 Weill, R., tin Noni royal cgypticn de la periode thitiitc au Sinai, dans les Comptes rendiis de l'Acadeviie des inscriptions et helles lettris, 1903, pp. 160-162; Inscriptions egyptiennes du Sinai, II, les bas-reliefs thijiites du Ouady Magharah, dans la Rei'ue archeologiquc, 1903, II, pp. 230-234. — M. Naville conteste la lecture du nom de ce roi ainsi qua la place qu'il occupe dans les dynasties ; il lit Khesket et pense qu'il n'est pas anterieur ä la II« dynastie. Voir Naville, les Plus Anciens Momcnients egyptie7is, III, dans le Recueii de travaux rclatifs ä la Philologie et a l'archeologic egyptiennes et assyricnncs, XXV, 1903, pp. 219-220.
2kO
Enfin, la fiQure i74donne encore divers fra^ments representant des captifs, des serviteiirs et peut-etre desvaincus apportant le tribut et rendant hommage ä leiir vainqiieiir '. La ressemblance entre les captifs et ceux qii'on voit sur la palette en schiste d'Oxford et du British Museum est importante a noter, de meme que la representation du personnage ä longue robe sur le meme monument. La
Fig. i7q. — Tetk dk Libvf.x, Ashmolean Museum, ä Oxford.
Plaque du chef des Anou (?).
coiffure bizarre que Ton remarque sur le fragment 5 de notre figure se retrouve sur deux des massues de Hieraconpolis. M. Petrie, dans sa Classification des races de l'Egypte archaique, est tente d'}" voir des montagnards du desert oriental (Gebel Dokhan et Gebel Ataka) ^-.
Un monument fort curieux au point de vue du style a ete decouvert au cours des fouilles de Petrie ä Ab^^dos pendant l'hiver 1902-
' Petrie, Royal tombs of thc carliest dynastics, II, pl. 111, A, i, 2, et iv, 4, 5, 6, II, 12 et pp. 21-22. Un fragment se raccordant ä celui public par Petrie, pl. IV, II, a ete decouvert precedemment par Amelineau. Voir Amelineau, /es Nojcvelles Fotiil/es d'Abydos, 1895-1896. Compte rendu hi e.vtc?isi>. Paris, 1899, pl. XLii et p. 307, oü le fragment est decrit comme se trourant sur la pl. XLi.
'^ Petrie, the Races of Early Egypt, dans le jfoiinia/ of l/ic Anthrof^ologicai. Institute. XXXI, 1901 . pp. 253 et pl. xix, i 3 et 15.
1903. C'estime petite plaquette en terre verte emaillee portant, en leger relief, iine figure d'homme en marche, le bäton a lamain. Une inscription, en relief egalement, occupe une partie de l'espace
Fkt. 180. — Statuk kn GKAxrr noir.
Musee du ("aire.
laisse libre devant la figure (tig. 175). Voici commeiit s'exprinie a son sujet son inventeur : « Au revers il n'y a ni rainure ni queue d'aronde, la plaque est unic ; il ne senible donc ]ias (pi'elle ait ete destinee a etre encastree dans une niuraille. Elle a ete faitc plutöt
comme oftrande votive. La tigure est d'uii type inferieur, de la Variete negroide de la popiilation prehistorique, n'appartenant ni a la race libyenne pure ni a la race dynastique. D'apres les inscriptions, nous devons l'attribuer aux Anou, que Ton regarde comme une population aborigene de l'Egypte. II s'agit d'un chef du nom de Tera-Neter, « consacre a dieu », de la forteresse des Anou, dans la ville de Hemen » *. La lecture de rinscription hieroglyphique est extremem ent incertaine, tout au moins pour quelquesuns des signes qui la composent "'. L'extreme rudesse du modele rappeile les gravares en leger relief des steles privees decouvertes autour des tombes royales ä Abydos et dont nous donnons quelques specimens ^ (fig. 176).
Steles Si Ton voulait caracteriser d'un mot cette serie de monuments, on
privees et ^-j.^-^ gu'elle trahit l'indecision. L'artiste semble hesiter sur la ma-
steles royales ^ ,,.,,,
d' Abydos. niere dont il doit poser ses figures; les hierogh^phes sont graves sans ordre, loin de la belle regularite des inscriptions de l'Ancien Empire. Ces monuments trahissent la maladresse du manoeuvre qui copie des signes dont il ne comprend pas la signification. Les variantes d'un meme signe sont grandes, et la publication des hieroglyphes des premieres dynasties, annoncee par M'"^ Petrie, mettra ce caractere bien en relief. Le contraste est frappant si l'on examineles hieroglyphes graves sur les steles royales de la premiere d3mastie et dont 1 'elegante noblesse n'a ete surpassee a aucune epoque '*.
C'est a cette epoque, evidemment, que s'est faite la fusion entre l'art des primitifs et celui que pouvaient posseder les Egyptiens pharaoniques au debut de leur occupation de la vallee du Nil. C'est egalement alors que le st3de egyptien s'affirme pour la premiere fois dans les ateliers royaux de la capitale sans qu'on puisse, cependant, l'imposer immediatement dans tout le royaume nouvellement conquis et unifie. Longtemps encore on constate, dans les monuments des particuliers^ le courant oppose a l'art offi-
1 Petrie, Abydos, II, pl. i etv, 33, et p. 25.
2 Atheneiiin, 24 octobre 1903, p. 544.
3 Petrie^ Royal Toinbs of Ihc ßrst dynasty. 1, pl. xx.\-xxxvi ; II, pl. xxvii- XXX A.
^ Petrie, Royal tombs of thc first dynasty, I, frontispice ; II, pl. xxxi. — Ame- ■Li^KKV , les No7i.vrtlc^ fouillcs d' Abydos. i8qs-i<Sq6A oiiipti; rendii in extenso. PI. xi.il. Paris, 1899.
ciel pharaonique '. Je citerai, comme exemple typique, iine stele de rAshmolean Museum a Oxford, au nom d'un personnage appele Hekenen. Un pretre du double, mentionne sur la stele, portait le nom de Persen, que l'on rencontre sur les monuments de la IV« et de la V« dynasties (fig. 177) ^.
La meme Opposition que nous avons constatee dans lagravure en Statues de relief,eatre l'art officiel pharaonique et l'art des simples particuliers, * ^^"^* au moins pendant les trois premieres dynasties, se retrouve egalement daus la statualre. Les fouilles de Hieraconpolis en ont donne des documents probants. Deux statues representaient un homme, un genou en terre et d'un type assez etrange. Une seule a pu etre conservee et se trouve actuellement au musee du Caire. Le personnage est coiffe d'une perruque courte, s'arretant au dessus des epaules ; cette coupe de cheveux et la petite barbiche rapprochent, d'apres la remarque de Petrie ^, cette statue du type d'un des porteurs d'etendards de la grande palette de Nar-Mer. Le vetement consiste en une ceinture ä laquelle sont attachees quelques minces bandelettes pendant entre les deux jambes, costume qui se retrouve sur la palette de Nar-Mer et sur les bas-reliefs de l'Ancien Empire ^. Le professeur Schweinfurth attire specialement l'attention sur la petitesse du cou, qui parait etre en rapport parfait avec la longueur de la tete et le developpement assez considerable des levres "\ Au point de vue ethnographique, M. Petrie considere que le type presente des Clements autres que les Clements libyen et negre (fig. 178) ^''.
' \'()ir Schweinfurth, die neuesten Gräberfunden in Ohcr-Aegypten und die Slc/iung der noch lebenden Wiistcn-Stäinine zu der ahägvptischen Bevö/kerutig, dans les Verhandlungen der berliner unthropologischen Gesellschaft, 1898, pp. (184)- (185), oü l'auteur parle de « Rauernhinst » et « Herrenhmst >■>.
-' DE RoiKtE, E., Rccherches sur les monuments qu'on pcut attribuer aux six premVeres dynasties de Mancthon, p. 53. — Lepsius, Denkmäler, II, 83. — Ma- RIETTE, les Mastahas de l' ancien enipire, pp. 299-301. Paris, 1899. - •* Dans QuiBELL, Hierakonpolis, I, p. 6.
^ Capart, la Fete de frapper les Anou, dans la Revue de l'histoire des religions, XLIII, 1901, p. 255.
" ScHWKiNFURrH, die neuesten Gräberfunde in Überägypten und die Stellung der noch lebenden Wifiten-Stämiiic zu der altägvptischen Ber<ölkerujig, dans les ]^erhandlungen der berliner anthropologischen Gesellschaft, 1898, p. (184) et Hg., pp. (182) et (183).
^'OiMBELL, Hierakonpolis, I, pl. 11, l'\ p. 6 ; 11, pl. i, et p. 35.
Fi(i. iSi. — Statuk d'unk Prixckssk^ au Muskk I)k Tukix.
Fig. I'S2. — S'iATUK aux Muskks hovaux^ a Bkuxki.i.ks.
II n'eii est pas de meine poiir une autre statue accroupie, dont la tete seule a pii etre coiiservee (üg. 179), et oü le meme savant reconnait iiettenient le type croise negro-libyen. « Les cheveux Courts, legerement boucles, et les levres epaisses, dit-il, indiquent assez clairement le negre, tandis que la figure allongee et le nez bien forme sont dus au sang libyen » '. Les yeux etaient incrustes, et on ne distingue aucune trace de fard. M. Petrie raconte qu'il rencontra en voyage un individu presentant un type absolument identique. En s'informant, il apprit qu'il avait atfaire ä un Americain, vraisemblablement des Etats du Sud, d'origine negro-europeenne '.
Statuen" I II convient de rapprocher, de la premiere de ces statues, la stadu Caire. tuette n° I du Musee du CaiVe et que M. Maspero attribue ä la IIP dynastie. II a ecrit a ce sujet quelques lignes que je juge necessaire de transcrire ici. « La facture, dit-il, en est archa'ique, mais plus grossiere encore qu'archa'ique. On sait quelles ditferences de technique et de style des oeuvres appartenant a un meme regne peuvent otfrir, seion qu'elles ont ete executees dans l'entourage meme du souverain, dans une grande ville policee ou dans une localite eloignee de la cour... II faut, pour apprecier l'antiquite relative d'un monument, tenir grand compte de la localite d'oü il provient et de l'importance qu'avait cette localite au moment oü il a ete fabrique. Memphis, ou la ville qui la preceda, etait fort obscure avant la V* dynastie, et la royaute n'y residait pas encore. On ne devra donc point s'etonner si ses monuments sont plus rüdes que ceux qu'on decouvre dans les cites oü le Pharaon frequentait, Thinis-Abydos ou a Kom el-Ahmar, par exemple, et ce serait une erreur, les comparant avec les bas-reliefs soignes de Khäsakhmoui ou avec les palettes dediees par Besh, de conclure de leur inferiorite qu'ils sont beaucoup plus vieux que ces derniers objets. Notre Statue est une oeuvre provinciale, et peut-etre son importance estelle moins un indice d'antiquite tres reculee qu'une preuve de la gaucherie des artistes qui vivaient alors dans le nome memphite » ■'■ (fig. i8oj.
' Dans OiJiUKi.i,, Ilieriilionpoll^, I, p. 6 et pl. v et vi ; II, p. 36. '" Pktrie, the Rise and DcvclopDicnt of E^vplian Art. dans \t, Journal of tlie Society 0/ Arls, XLIX, 1901, p. 594.
^' Maspkro, 'IVxtf de /," Miisi: ijrypHoi. 1, j). 13. La stalue est ligiiree
Fl(i. iHi,. — SlATUK DK NkSA, AU MuSKK Dli LüUXRK.
On ne peiit mieiix exprimer le diialisme entre l'art officiel, Vart des niaitrcs et Vart des siijfts, Xart des paysans, pour prendrc l'expression de Sclnveinfiirth. L'art des paysans est la suite logiquc de l'art des primitifs et, dans les debiits de roccupation egyptienne, il ne se transforme radicalement que dans le voisinage immediat de la residence du maitre. On pourra constater un phenoniene analoguedansl'histoire des debuts de l'art thebain, lorsque le pouvoir politiqiie se transporte de Memphis a Thebes. Tout
recemment, M. le profes-
seur Spiegelberg, de Strasbourg, a public une excel-
lente histoire de l'art egyp-
tien, oü il explique les de-
veloppements successifs de
cet art par la lutte cons-
tante entre Vart populaire
(Volkskunst) et X art de la
cotir (Hofkunst;,
entre 1 art pro
VlG. 184. T1 f
fa7i<^ (Profan
bXATUE DE IvHASAKHMOri. -^ ^
, . 1 ,, , ,, kunst) et 1 art re Ashmolean Aluseum, -'
il Oxtord. ligieu.x (Rehguse
kunst) ^
Statues On doit rattacher ä la staiue
archaiques. ^^^^ ^{^^^qq du Caire toute une
Serie de monuments auxquels
i'ai fait allusion au debut du