Z^HH
Fig. 29. — Evolution de la Representation humaine dans l'Art Polynesien.
D'apres Haddon.
sont egalement frequents et peu de mots en expliqueront le procede originaire. Lorsqu'on unit deux objets par des liens, par exemple une lame a un manche, les liens forment par leur entrelacement une veritable decoration geometrique de l'objet. Si ce dernier est copie en une autre matiere de fagon ä etre constitue d'une seule piece, l'idee viendra naturellement ä l'esprit du primitif de reproduire ces traits entrelaces, et c'est ce qu'il fait toujours.
^ Blinkenberg, Chr., Antiquitis prhmccniennes, dans les Mcinoircs Je la Societc royale des antiquaires du Nord, nouvelle serie, 1896, pp. 13-14. 2 Goodyear, W. H., the Grammar of ihe Lotus, 1891.
De meme, je rappellerai l'exemple bien connu de rarchitectiire ligneuse commiiniquant ses formes ä rarchitectiire en pierre. Un exemple bien typique encore a ete constate egalement sur les poteries de presque toiis les pays. Je veiix parier de cette decoration en forme de corde qui entoure le vase, le plus soiivent ä sa partie la plus large, et qui n'est autre que la trace laissee par la corde en fibres grossierement tressees qui tient les vases separes les uns des autres pendant qu'on les fait secher au soleil avant de les cuire K
L'industrie du vannier joue un grand röle dans la vie des primitifs et eile apparait presque toujours avant la ceramique. II semble que souvent la poterie naisse du « moulage d'apres un moule exterieur ou interieur, ordinairement un panier ou un autre objet de vannerie qui brüle ensuite a la cuisson ^> -'.
On comprend que, dans ce cas^ les combinaisons de lignes regu-
lieres du panier tresse aient laisse leur trace sur l'argile fraiche et
aient constitue sur la poterie cuite une veritable decoration geome-
trique que l'on continuera a reproduire lorsqu'on fagonnera les po-
teries par un autre procede.
Transfof- J'ai dit, en commen^ant ce chapitre,que souvent un objet se trans-
mation d'un forme en ornement et devient impropre ä l'usage auquel il avait ete
je usue pi-iniitivement destine. Nous aurons bient(5t l'occasion d'en rencon-
cn ornement. '^
trer des exemples curieux. Cependant, pour faire bien comprendre des a present ce point, je citerai le cas vraiment interessant des ornements en ecaille de tortue du detroit de Torres oü, en partant de la copie d'un simple hamegon, on arrive, par des modifications successives et par developpement symetrique ', k des formes ornementales qui ne rappellent plus que de tres loin le modele primitif *
(%• 30)- But de la Donnons rapidement quelques exemples des differents motifs decoration. pour lesquels on decore un objet.
' Petrie, Egypt'uui decoratlve art, p. 92.
'"^ Deniker, op cit., p. 184. — ScHWEiNFURTH, Orname7üik der ältc<.tcn Ctiltur- Epoche Aegypiens, dans les Verhatidlimgcji derb. Gaellsch. für Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte, 1897, pp. 377-378.
■* Pour Türigine de ce goüt des ornements s) metriques, v. Schweinfurth, Orjiameiitik der ältesten CulUir-Epoche Aegypteiis, dans les Verhandlungen derb. Gesellsch. für Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte, 1897, p. 398.
•* Haddon, Ei'ohition in Art, fig. 44, p. 77.
On orne d'abord iin objet dans un but purement artistique et Art. cela ne demande aiicune explication complementaire.
On met egalement des ornements siir un objet dans un but d'in- Information, formation, soit que celui qui le fabrique y grave une marquc qui constituera une veritable signature, soit que le proprietaire y mette lui-meme une marque de propriete, par exemple une marque de tribu. L'exemple le plus t3^pique est celui des sauvages qui mar-
FiG. 30. — Ornements en ecaille de Tortue du Detroit de Torres,
IMITANT l'HaME^ON (A).
D'apres Haddon.
quent leurs fleches d'un signe distinct, afin de pouvoir determiner le droit de chacun sur les animaux tues a la chasse. Ce point est assez important, car il a joue un role considerable dans l'histoire de Tecriture dans les Stades les plus primitifs de son developpement.
C'est le desir de paraitre qui a donne naissance ä des objets extremement decores, notamment a des armes d'apparat, devenues rapidement aussi des indices de pouvoir ; c'est le desir du luxe qui a cree ces objets qui sont devenus absolument inutiles, mais dont la possession assure ä leur proprietaire une reelle reputation dans la tribu. Parallelement se developpent les objets votifs dont on cherche ä
Luxe et pouvoir.
augmenter la valeur soit par l'emploi d'iine matieie plus precieuse, soit encore par iine ornementation plus compliquee et plus soignee. Religion et Enfin, une des raisons las plus frequentes pour lesquelles on demagie. core les objets est la religion ou la magie, et les peignes magiques d'une tribu de Malacca nous en fournissent un excellent exemple. Les femmes y portent dans la chevelure des peignes decores de divers ornements qui ont pour but de les preserver de certaines maladies determinees. On en possede environ vingt ou trente pour les differentes maladies et on les enterre avec leur possesseur pour ecarter de lui les maladies dans l'autre monde. A chacune des ma-
Fig. 31. — Decor magioue d'un peigne d'une Tkibu de Malacca. D'apres Haddon.
ladies correspond un motif different et ces motifs sont purement geometriques * (fig. 31). Des cas aussi connus que celui-ci nous montrent combien il importe d'etre prudent dans l'explication des ornements qui decorent un objet. Ils peuvent avoir un but que, Sans les explications des indigenes, nous ne pourrions Interpreter correctement. Malheureusement, pour l'antiquite, ces commentaires, si necessaires cependant, nous fönt presque totalement defaut.
Ces principes fondamentaux etablis, et sans les perdre de vue, nous pouvons maintenant aborder l'etude de l'art ornementaire ou decoratif des primitifs egyptiens.
Et, d'abord, n'y a-t-il pas deja un souci artistique dans ce fait du primitif qui, non content de se procurer des instruments repondant au but auquel ils sont destines, cherche ä leur donner des formes aussi regulieres, aussi elegantes que possible? Nous aurons l'occasion de constater, dans chacune des categories d'objets que nous passerons en revue, combien les primitifs egyptiens ont atteint la perfection dans cet ordre d'idees.
Coutcaux. Commengons par les couteaux en silex. Je crois ne pas exagerer en disant qu'en aucun pays du monde on n'a pousse aussi loin la
' Haddox, Evolution in Art, pp. 236 et suiv., fig. 120, p. 240.
perfection dans la taille du silex. Les graiids couteaiix a fines retouches decouverts dans les tombeaux sont des pieces dont on ne saurait assez admirer la perfection de travail et l'elegance de forme. « Les eclats ont ete enleves sur ces objets avec ime precision teile qiie les nervures de la pierre laissees par le travail sur le taillant et le dos sont symetriquement disposees et correspondent
Fig. 32. — CouTEAU en silex, taille et retouche sur les deux faces. Musees ro3'aux de Bruxelles, 25 cm de longueur.
entre elles. La rencontre des eclats forme une courbe tres reguliere et mediane de la lame » ' (fig. 32).
La partie de ces couteaux que Ton tenait en main etait garnie probablement de cuir ; on possede des specimens avec manches en er et en ivoire decores de figures.
Le plus remarquable de ces couteaux avec manche se trouve au
1 de Morgan, Rcchcrchcs sv?- /es origincs de l'Egypte, I, pp. 11 1-112 ; II, pp. 107-9. — Voir Petrie, Naqada, pl. Lxxvi, et passages indiques ä l'index s.v. Flint kniveSj surtout pp. 57-60; Diospolis parva, pl. iv et pp. 23-24, oü Ton trouvera expose le developpement de la forme de ces couteaux pendant la Periode prehistorique. — Voir Quibell, Flint dagger from Gebe/ein, dans les Annales du scnnce des antiquiiis de l'Egypte, II, 1901, pp. 131-2 et pl.
Miisee du Caire\ La feuille d'or qiii recoiivre iine partie du couteau est cousue au moyen d'un fil d'or et non soudee ; on y a grave ä la pointe d'un cote deux serpents eiitrelaces, avec des rosettes pour
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Fig. 33. — Feuille d'or avec representations incisees, servant de manche a un grand couteau en silex.
remplir le champ, de l'autre cöte neuf figures d'animaux : lions, gazelles, antilopes, animal fantastique ^ (fig. 33).
Le motif des serpents entrelaces est d'autant plus interessant ä
' Provenance : de Morgan, Rccherches, I, p. 112, « environs d'Abydos, peut-etre ä Saghel-el Baglieh ou ä Abydos meme »; II, p. 266 : « qui provient de Guebel-el-Tarif ». — Amelineau, les Nouvelles Fouilles d'Abydos, 1895-96. Co})ipte rendu ?« e.xletiso. Paris, 1899, p. 267 : « Les fouilles d'El-Amrah ont fourni egalement des silex en petite quantite. Lorsque j'eus retire les ouvriers, Tun d'eux resta sur le lieu des fouilles pour fouiller illicitement : il trouva le couteau recouvert d'une feuille d'or qui contenait la representation d'animaux divers ».
'■' DE Morgan, Reclurchc^, I, pp. 112-115 et fig. 136; II, pl. v.
Temarqiier qu'on l'a rencontre sur des monuments chaldeens \ Dans le meine musee du Caire se troiive egalement un poignard avec veritable manche en or, fixe ä la lame au moyen de trois rivets. Le manche est decore de figures incisees : d'im cöte, trois femmes dont l'une tient un eventail ; de l'autre cote, une barque "^
<fig- 34)-
Un autre couteau de meme provenance avait un manche en ivoire dont il ne reste que des fragments.
Fig. 34. — Representatioxs de Femmes et de Baeoue sur un manche de couteau en or.
Dans la collection Pitt-Rivers, a Farnham, Dorset (Angleterre), ■se trouve un grand couteau en silex dont le manche en ivoire est -decore sur ses deux faces de series d'animaux^ (fig. 35).
Enfin, dans la collection Petrie, ä l'University College de Lon- •dres, se trouvent deux pieces interessantes. L'une est un manche (peut-etre d'un couteau), portant sur une des faces un motif frequent : un felin chassant une gazelle ; sur l'autre, une representation bizarre oü M . Petrie voit la deesse ä corps d'hippopotame
1 Vase sculpte de (joudea. Voir Heuzey, Musce fiational Jjc Louvre. Catalogue des Anliquiti's chaldcetmcs. Sculptiire et gravtu'e ä la pointc. Paris, 1902, p. 280-285.
2 OuiBELi,, Fli7it dagger froiii Gebelein, loc. cit., p. 131.
3 Petrie, Naqada, pl. lxxvii et p. 51. — de Morgan, Rcchcrches, II, pp. 266-67. Le couteau complet a ete reproduit en une planche destinee ä un
•ouvrage sur la collection Pitt-Rivers qui, je pense, n'a jamais ete public. Un exemplaire de cette planche se trouve expose dans la Pitt-Rivers Collection ä l'University Museum, ä Oxford; un autre exemplaire est ä l'Edwards Library, University College de Londres. La provenance est indiquee sur cette planche •<;omme suit : « Obtained by the Rev. (ireville ehester in 1891 tVom Sheyk Hamädeh, near Souhag ».
Taurt saisissant iin crocodile, peut-etre pour le devorer : de la main droite eile a pris une patte du crocodile et, de la gauche, eile lui tient la qiieiie (fig. 36). Siir im prisme en steatite decouvert a Karnak par Greville Chester et offert par lui ä TAshmoleaii
Fig. 35. — Manche de couteau en ivoire de la collection Pitt-Rivers.
Museum, a Oxford, 011 retrouve une figure d'homme debout, et tenant par la queue un crocodile. Oii pourrait peut-etre mettre cette reprcsentation en rapport avec les figures des intailles des iles montrant des personnages tenant des animaux par la queue ^
' Evans, Arthur J., Fxuther discovcries of Crctan and Aegean Script withlibyan aiid pj-ofo-egyptian coiiipiirisons, dans \e jfounia/ of Halknic studies, XVII^ 1898, pp. 362-372.
L'autre objet est mi petit couteau a manche en ivoire. Siir un des cotes du manche, deiix serpents entrelaces et des rosettes comme sur le grand couteau du Caire ; au revers, un Hon, un leopard et un autre animal que Petrie regarde comme un herisson 1
(fig- 37)-
Dans ce deinier cas, hi fagon dont le
manche est fixe ä la lame confirme parfai-
temerit la remarque de M. Quibell ä propos
du couteau de Gizeh a manche d'ivoire.
II constate que la partie du couteau qui
adhere au manche est si minime que
certainement cet objet n'a pu etre employe
que dans des ceremonies -.
Les memes motifs d'animaux se retrouvent sur des cuilleres ornees dont on a decouvert quelques specimens interessants ' (flg. 38).
M. Quibell a public le manche d'unustensile, disparu actuellement, et quinous montre deuxfigurines d'animaux '' (fig. 38, n° 7).
Mentionnons enfin un manche d'instrument, cuillere ou couteau, en forme de lion, provenant peut-etre de Hieraconpolis et conserve a l'Ashmolean Museum, ä Oxford.
Les peignes nous presenteront
une plus grande variete de types
et nous permettront de suivre de '•■*"
plus pres l'evolution des formes.
T • ■ ^ ^ ^ ■ Fig. x6. — Manche de couteau
Les peignes smiples et les pei-
i '^ r r EN IVOIRE.
gnes doubles etaient en USage ; Collection Petrie, ä l'University
le type le plus frequent etait College de Londres.
Cuille
Peignes.
^ Petrie, Prehhloric Egyplian Caji'ings, (\a.n?, Man, II, 1902, n» 113, p, 161, et pl. L, 3, III, et 4, IV.
^ Quibell, Flitit dagger froin Gehclcin, loc. cit., p, 132. — Voir Lefeuure E., Rites cgyptiens. Constriiction et protection dcsedificcs. (Publications de l'Ecole des lettres d'Alger.) Paris, 1890, p. 37.
3 Petrie, Naqada, pl. lxi, 2, 3, 5, 6, 8, et p. 47 ; Diospolis, p. 22. — DE Morgan, Rcchcrches, II, p. 131. — Quibell, Hicraconpolis, I, pl. xii, 9.
■* QuiBEi.i ^-"lint dagger froin Gehelein, lor. cit.. pl. I, 7.
celui de la figiirine humaine ou animale garnie de dents ä sa partie inferieure, de fagoii a poiivoir etre fixe dans la chevelure.
Quelques specimens noiis montrent comme ornement la figure humaine, dessinee d'une maniere sommaire qui va se simplifiant peu a peu, au point de ne plus reproduire que la Silhouette du visage^ (fig. 39).
Fig. 37. — Petit couteau en silex avec manche en ivoire. Collection Petrie, ä l'Universit}' ('ollege de Londres.
Les represeiitations animales offrent plus de varietes encore :
Remarquons d'abord comment l'antilope, fort nettement caracterisee, se deforme petit ä petit au point d'etre meconnaissable et de se confondre, comme sur le dernier specimen de la figure 40, avec le type derive d'une figure d'oiseau -.
Petrie croit reconnaitre dans deux specimens des representations de la girafe ; je pense qu'il y a plutöt simplification du type de l'antilope ^ (fig. 40).
On peut encore ajouter le type de la tete de taureau vue de face
1 Petrie, Naqada, pl. lix, 5. — de Morgan, Rcchcrches, II, p. 62, fig. 136, etl, p. 147, fig. 342.
2 Petrie, Naqada, LXIII, 59, 63, 66 ; LXIV, 87 et p. 87. — de Morgan, Recher dies, 1, fig. 343, p. 148.
3 Petrie, Naqada, pl. lxiii, 60-62 et p. 47.
qui se retrouve egalement dans les amulettes, comme nous le verrons plus tard ' .
Le modele le plus frequent est celui de l'oiseau, que Ton emploie egalement poiir les epingles decorees. Ici, nous passons de la forme assez exactement reprodiiite ä des formes simplifiees qui ne rap-
FiG. 3S. — Manches de ccillere ex ivoire. Decores de figurines d'animaux.
pellent l'original que de loin. Le principe de symetrie vient encore augmenter la confusion, en repstant de part et d'autre de l'axeMu peigne la meme figure stylisee d'un oiseau '" (fig. 41).
D'autres specimens, enfin, montrent la combinaison des deux motifs, quadrupedes et oiseaux '^ (fig. -I.2).
' Petrie, NnqaJa, pl. Lxiii, 57-57^.
2 Petrie, Naqada, pl. lxiii et lxiv ; Dioxpolis, IX et X, et p. 20. GAN, Recherchcs, I, p. 14.8. — Bud3E, Hbtory of Egy[>t, I, p. 54. •^ DE MORflAX, Recherchcs, I, p. 148, fig. 243.
DE MoR-
Rappeions, avant de qiiitter cette categorie d'objets, le role magique qiie les peignes semblent avoir joue, et sur leqiiel j'ai attire l'attention plus haut.
Epingles. Les epingles a cheveux mon-
trent en meme temps que les motifs zoomorphes des peignes, oiseaux, tete de taureau, des lignes regulieres incisees sur l'epingle ellememe et qui sont le premier exemple que nous rencontrions d'une decoration nee de la technique.
Fig. 39. — Peignes en ivoire.
Decores de figures humaines.
University College de Londres.
kH
Fig. 40. — Peignes en ivoire.
Decores de figures d'Antilopes et de Girafes.
II s'agit, evidemment, des liens iinissant les fibres constituant l'epingle et y attachant avec fermete roniement sculpte du sommet, tete de taureau, oiseaii, etc. ' (fig. 43).
Fig. 41. — ■ Peignes ex hoike decores de figures p'oiseaux.
Ce sont encore iine fois identiqiiement les memes motifs qui Pendants, reapparaissent sur tonte ime serie d'objets en pierre, en ivoire et en OS et dont le role n'est pas aise ä determiner. Peiit-etre s'agit-il tout simplement d'ornements. Cependant, si l'on attache des liens ä la partie inferieiire, oü se troiivent im retrecissement et im trou, les figures se trouvaient ä l'envers, peiit-etre de fagon ä etre viies ä l'endroit par celni qiii les portait.
' Petrie, Naqada, pl. LXIU et l.xiv ; Diospolis, pl. X. — DE MORGAX, Kecher dies, I, pp. 148-149. — Mac Iver and Mace, El Avirah, pl. xii, 2 et 3.
On y verra des representations hiimaiiies (üg. 44), des representations d'oiseaux plus 011 moins st3^1ises, des representations de la tete de taureau ^ et, enfin, nn sin^g^ulier ornement derive peut-etre du type de l'oiseau (fig. 45).
Une autre categorie d'objets decores est formee par les pendants de colliers dont il a ete question dans le chapitre de la parure ; le plus souvent on se contente de graver sur les deux cotes quelques petits traits ä intervalles reguliers, ou bien on simule un lien qui partant de la base s'enroule jusqu'au sommet, ou bien encore les liens s'entrecroisent pour former des motifs assez simples. Parfois encore les deux systemes de decorations sont unis (fig. 46 et plus haut fig. 22). Nous rappelant les observations qui ont ete faites precedemment, rien ne nous empeche de considerer les lignes decorant les pendants comme ayant un role magique ^ Paicttes. Ce sont incontestablement les palettes en schiste qui
nous fournissent le plus bei exemple d'evolution des formes que Ton puisse imaginer. Petrie en a etabli le developpement chronologique et nous n'avons pas ä nous y arreter longuement ici ^
Les plus anciennes ont la forme rhomboidale et reproduisent vraisemblablement, de l'avis de Petrie, quelque eclat naturel de la röche schisteuse (naturals cross cleavages of the slate rock). Peu de temps apres apparaissent les formes naturelles qui vont nous occuper p~ äpresent etd'oü derivent enfin, de nouveau, des formes peigne ex uniquement geometriques. ivoire.
-, • , 1 1 ij. • 1 • 1 Decore d'unefi-
Je ne connais qu une seule palette qui reproduise la „„redantuope forme humaine : eile appartient a la collection Petrie^ ä ''^ ''■°''"^^^"»*
rUniversity College de Londres (fig. 47).': Un autre
derives de la forme de l'oiseau.
1 Hommes : Petrie, Naqada, pl. lix-lx ; oissaux : iJfiii. i,ix, lxii et i.xiv ; Diospolls, pl. X, XI, et xii. — de Morgan, Origines, II, pp. 64 et 143. — Mac Iver and Mace, El Amrah and Ahydos, pl. x, 7. — Taureau : Petrie, Naqada, pl. LXII, 37. — Petrie, Diospolls, vii, i ; Naqada, pl. lxii, 51.
2 Petrie, Naqada, pl. i.xi, i.xii et lxiv ; Diospolls, pl. x. — de Morgan, Rechcrchcs, II, pp. 62-63, fig. 137-147. Les traits incises soat frequemment remplis d'un enduit noirätre,
' Petrie, Diospolls, pl. in.
specimen de la meme collection noiis montre la palette surmontee d'iine figare d'antilope (?) dont la tete a disparu (fig. 48). Sur d'aiitres specimens, au contraire, c'est la palette entiere qui repro-
FiG. 43.
EpINGLHS KN IVOIRK DECOREES de FIGURES n'OlSEAUX
ET DK i,A Tete de Taureau.
<\\\\t grosso /;/0(fö les lignes de l'animal. Parmi les palettes representant des antilopes, notons-en une oü Petrie rcconnait l'ibex Oll le moiiflon ' (fig. 49).
1 Petrie, NaqaJa, pl. XLVii, i, 2, 3 et 4 ; Diospolif, pl. xi, i. — BuDGE, a Ilbtory of Egypt, I, p. 59, 20910 et 3504.9. — OuiBKLi, and (.ki-k\, Uirraconpolis, II, pl. Lxiv, 17.
D'aiitres specimens affectent les formes de l'elephant oii de Thippopotame ' (fig. 50).
Les palettes en forme de tortue sont fort instructives, car noiis
Fig. 44. — Pendants hn schiste et en ivoire. University College de Londres.
y voyons qu'apres avoir completement meconnu le caractere des pattes 011 ne s'est miUement fait scrupule de les laisser entiere-
' Petrie, Naqada, pl. XLVii, 5-8; Diospolis, pl. xi, 4 et 5.
ment disparaitre et meme de les transformer en tetes d'antilopes ^
(fig. 51).
Les poissons, qui souvent sont dessines avec grand soin, finissent par devenir des palettes sans aiicune forme bien determinee (fig. 52). Remarquons le specimen au centre de la figure et dans lequel la queue du poisson a ete transformee elle-meme en im poisson plus petit '\
5 Ij ^
Fig. 45. — Pendants en schiste kt en ivoike decores de motifs derives.
Le cas le plus curieux estcelui de l'oiseau; d'abord extremement reconnaissable^ (fig. 53,54 et 55), il ne tarde pasä semodifier : on le
1 Petrie, Naqada, pl. XLvii, 9, lo, i i , i 2, 14 et i 8 ; IJiesfolis, pl. xi, 6, 9 et 10. — BuDGE, a Histcry of E«\pt, I, ]). 60, 23061.
"■^ Pktrie, Naqada, pl. xi.viii, 51, 52 et 60; Diofpo/is, pl. xi, 15, 16, 17, 18, 27 et 29.
^ Newberry, Exiracis front iny Noiebooks, V, n« 36, dans les Proceeding 0I tlie Society of Bihlical Arcliaeology, XXIV, 1902, p. 251 et pl. 11.
repete deux fois^ afin de donner a la palette iine forme symetrique;. on allonge demesurement la partie plane siir laquelle on broyera lefard et, de changemenls en changements, la tete de l'oisean, seule partie subsistante, finit, eile aiissi, par etre absorbee et la palette ne preseiite plus qu'iine forme oü Ton chercherait en vain ä reconnaitre le type originaire, si les specimens intermediaires ne nou&
Fig. 46. — Pendants en pierre et en ivoire decores de traits ou
DE LIGNES INCISEES^ PARFOIS REMPLIES d'uN ENDUIT NOIRATRE.
avaientpas ete conserves^ (fig. 561. J'attire specialement l'attention sur une palette en forme d'oiseau, appartenant a la collection Petrie, ä l'University College de Londres, et qui se rattache etroitement aux statuettes d'oiseaux que nous aurons l'occasion d'etudier plus tard (fig. 57),
On pourrait citer encore quelques formes qui ne se rattachent pas^ tout au moins en apparence, aux t3^pes ci-dessus.
1 Petrie, Naqada, pl. xlvii, 21, 23, 24, 29, 30 et 32: XLIX, 64, 69, 72, 81, 82, 86, 89, 91 et 92 ; Diospolis, pl. xii, 35 et 38.
Voila pour la forme des palettes. On cherchait, en outre, a clonner a l'ensemble plus de ressemblance avec le modele^ gräce k quelques traits incises^ notamment sur les palettes en forme de poisson, dont la forme etait moins caracteristique que celle des palettes representant des antilopes ou des oiseaux'. Mais ä cöte de
Palettes
incisees.
Fig. 47. — Palkttk
tkkmixee au sommkt en
figuke humaine.
Fig. 48. — Palette
SUKMONTEE d'unE FIGUUE
d'antilgpe.
1 Outre les palettes citees aux notes precedentes on en tiouvera de plus nonibreux specimens dans Petrie, Naqada, pl. xlvii-l et p. 43 ; Dwspoli<, pl. xi-xii et^p. 20. — Mac Iver and Mace, El Amrah and Ahydos, pl. vii, viii et x.
ces dessins complementaires, il importe de citer quelques palettes de formes geometriques portant des dessins incises :
On y a releve une figiire d'elephant ', des representations de crocodile ^^ ainsi que le dessin d'un animal indetermine ^ (fig. 58).
Fig. 49. — Palhttks en forme d'Antilopes.
Une palette decouverte ä Diospolis (tombe B 102) porte, en leger relief, une figure difficile ä identifier * (fig. 58).
Un fort beau specimen de la collection Petrie, ä l'University College de Londres, est decore sur les deux faces d'ibex affrontes, graves dans la palette ; des perles en ivoire sont placees dans la cavite des yeux (fig. 59). Deux autres specimens encore, Tun decouvert a Hou (Ashmolean Museum, a Oxford) et l'autre de pro-
1 Petrie, Diospolis, pl. v et xii, 43.
^ DE Morgan^ Ori^ines, II, p. 144, et musee de Berlin, n" 12877. 3 DE Morgan, ibidou.
* Petrie, Diospolis, pl. v, B, 102.
Fig. ^o. — Palktths en formk d'Elephant et d'Hippopotame,
Fig. ^i. — Palettes en forme de Tortuh.
venance inconnue (Univeisity College de Londres), sont decores de dessins d'animaiix assez sommaires (fig. 59) \ Enfin, ce qiii est plus remarquable^ c'est la decouverte encore recente de M. Mac Iver, qui trouva siir iine palette deux sigiies superposes ressemblant a des hieroglyphes. Avant de nous arreter qiielqiie peu sur
ce point important, remarquons qii'un bon
nombre de palettes, et des plus petites, sont
percees d'un trou de Suspension qui montre qu'on pouvait les porter suspendues au corps
■comme ustensiles pour broyer le fard, ou bien
encore qu'elles s'etaient, au cours des äges,
parfois transformees en amulettes.
Quels sont maintenant les signes
egyptiens releves sur la palette trou-
vee par M. Mac Iver ä El-Amrah ?
Quelle en est la si-
gnification? (fig . 60) .
Dans un article
public au moment
Fig. 53. — Palette p:n forme d'Oiseau.
CoUection de lord Amherst of Hackney.
de la decouverte de cette palette, M. Mac Iver s'exprimait ainsi - :
« C'est a peu pres le plus ancien exemple decouvert jusqu'ä present de l'usage des hieroglyphes; on sait que l'ecriture hieroglyphi-
' Le prcmier est le specimen public sans indicatiun dans Petkie, /Jios/>o/is, pl. XX, 20,
2 D. R. Mac Iver, A prehistoric Cemetcry at El Amrah tn Egypt : Prcliminary Report of Excaruitions, dans Ma?i, I, n° 40, avril 1901.
que existait comme Systeme parfaitement developpe des la P^ dynastie, mais cette palette appartient ä iine periode beaucoup anterieure ä Menes, le premier roi de la P"^ dynastie ».
Fig. 54. — Palette en forme d'Oiseau.
Collection de lord Amherst of Hackney.
Revenant sur cette appreciation dans son Memoire sur les fouilles d'El-Amrah, M. Mac Iver remarqiie heureusement, avec Petrie et
Fig. 55. — Palette en forme d'Oiseau. Musees royaux de Biuxelles, 10 cm. de hauteur.
Griffith, l'analogie des signes de la palette avec im des etendards. de barques (nous en parlerons plus loin) et avec les gravures des statues archaiques du dieu Min decouvertes par Petrie ä Koptos,
Fig. k6. — Palp:ttes en forme d'Oiseau.
et il s'arrete a cette hypothese que nous avons affaire ä im signe analogue a Temblenie de ce dieu Min \
Reduite ä ces proportions, la decouverte n'en est pas moins importante, car, comme le remarqiie l'auteur, c'est le premier exemple de ces palettes ornees de sculptures en relief dont les monuments proto-dynastiques ont foiirni de si remarquables specimens.
En effet, les foiiilles execiitees par M. Quibell dans l'ancien temple de Hieraconpolis ont amene la decouverte de deux merveilleuses palettes recouvertes de sculptures en leger relief qui constituent, dans l'histoire des debuts de l'Egypte, des documents de
Fig. 57. — Palette en forme d'Oiseau.
University College de Londres.
tout premier ordre. Ils ont eu pour merite notamment de faire reconnaitre definitivement l'epoque ä laquelle il convenait de placer des fragments de monuments du meme genre conserves dans differents musees. II nous suffira de constater ici que les simples palettes ä broyer la malachite, dont on trouve des specimens dans la plupart des tombes prehistoriques^ sont devenues ä cette epoque de veritables objets de luxe, des pieces votives deposees dans le temple et destinees peut-etre ä commemorer des fetes religieuses importantes. C'est la une de ces evolutions d'objets decores que nous avons eu l'occasion d'indiquer au debut de cechapitre. Nous
^ Mac IvER and Mace, El Aimah and Abydos, pp. 37-38.
reviendrons plustardsiir les scenes gravees siir ces grandespalettes, estimant qu'elles relevent pliitot de la sculptiire qiie de l'art ornementaire.
J'en dirai aiitant des massues votives du meme temple de Hiera- ^^^^
et sceptres.
Fig. ^8. — Palettes decorees de Figures incisees.
conpolis, qui nous montrent iine fois encore des objets usuels devenus de veritables objets de luxe, de propoitions demesurees, et, par consequent, entierement detournes de leur destination primitive.
D'ordinaire, les tetes de massues en pierre peuvent se classer en deux groupes priiicipaux : les uiies, et ce sont les plus anciennes,
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affectent la forme d'un disque; elles sont alors le plus souvent en Syenite, porphyre, et plus rarement en albätre '. Les autres sont en forme de poire et on en rencontre en basal te, hematite, breche, albätre et surtout en calcaire blanc compact.
Cette derniere forme s'est conservee, au moins jusqu'ä la IV^ dynastie et pendant toute l'histoire d'Egypte, comme embleme entre les mains du roi. Un signe hieroglyphique T exprimant les idees
de blancheur et d'eclat nous en garde l'image ^.
Deux specimens decouverts a Diospolis Parva sont encore emmanches, Tun d'ivoire et l'autre de corne s. Quelques tetes de massues presentent une forme differente, rappelantun double marteau a extremites pointues^ (fig.61). Ces tetes de massues sont habituellement sans ornements. Cependant on en a decouvert ä El-Amrah un specimen en calcaire blanc decore de points noirs ^. Je suis assez porte ä considerer de meme les objets decouverts par Petrie a Negadah et dans lesquels il voudrait voir les pieces d'un jeu, eu egard a la matiere dont ils sont faits, calcaire et pierre de sable tendre '^ (fig. 62).
Fig. 60. — Palettk.
Decoree d'un signe hieroglvphi-
que (?) en relief.
1 M. Hall a emis l'hypothese que ces soi-disant massues en furme de disque pourraient bien n'etre que la partie inferieure de la massue, comme on le trou-
verait represente sur le signe ? . On trouvera la preuve que ces pieces sont reellement des tetes de massues dans les representations des cercueils peints du moyen empire. Voir Lepsius, ä/tesfe Texte des Todtenbiich& nach Sarcophageti des altägyptischen Reichs im Ber/i?ier Museum. Berlin, 1867, pl. 38.
^ Petrie, Diospolis parva, p. 24 et pl. iv ; Naqada, pl. xvii.
3 Petrie, Diospolis parva, pl. v.
* Petrie, Naqada, pl. xvii. 23 (Ashmolean Museum, ä Oxford).
6 Mac Iver and Mace, El Amrah and Ahydos, pl. x, 6, et p. 16.
<5 Petrie, Naqada, pl. vii et p. 35 (Ashmolean Museum, :i Oxford).
A Hieraconpolis, M. Quibell a decouvert, saus parier des pieces d'apparat aiixquelles je viens de faire alliision, iine quantite enorme de tetes de massues * qiii avaient simplement servi conime pieces de parade, ainsi qu'on peut s'en convaiiicre en constatant avec rauteur qiie le trou d'emmanchement n'est pas toujoiirs completement perce. On reiicontre parfois des tetes de massues decorees de lignes incisees iinissant le sommet de la massue ä la base (voirfig. 6i, n° 23).
Fig. 61. — Tetks dk massurs.
Provenant de Hieraconpolis et de Negadah.
Enfin il faut mettre hors pair deux tetes de massues ou de sceptres^ l'une en ivoire decoree de trois registres oü sont representes des captifs, les bras lies derriere le dos et attaches, en file, par le cou "^ ; l'autre en Serpentine, nous montrant^ en relief, des figures alternees de chiens et de lions ■'. Ces deux dernieres pieces appartiennent au debut de la periodehistorique et sont de veritables chefs-d^oeuvre techniques (fig. 63).
La perfection de forme de ces tetes de massues^ faites des pierres les plus dures, et sans l'aide des outils en metal^ du moins a la
* Quibell and Green, HicrarAinpoIis, II, pl. xxvii et p. 41.
- Quibell, Hieracoyipolis, I, pl. xii, et II, p. 37.
^ OuiBELL and Green, Hieraconpolis, II, pl. xxiii, lxvi et p. 38, et I, pl. xix. Une tete de massue du musee de Berlin est decoree de trois ornements derives du type de la tete de taureau (voir plus loin).
On trouvera sur la figure 63 une autre tete de massue provenant de Hieraconpolis et qui reproduit deux parties anterieures de taureaux ou de beliers. Hieraconpolis, I, pl. xix, 3, et xxv, et p. 8 ; II, p. 38.
Un specimen analogue provenant de Hou se trouve, de mC'mequa les pieces precedentes, ä l'Ashmolean Museum, ä Oxford.
Periode la plus ancienne, a de quoi etonner. Notre etonnement ne fera que croitre si nous examinons les vases en pierre que Ton rencontre daiis les tombeaux dss les debuts de la periode prehistoriqne.
Voici ce qu'en dit Petrie : « Tont le long de la periode prehistoriqne, depuis les tombes toutes primitives, contemporaines de la date de succession 30^ jiisqu'a lafin, les vases en pierre sont abondants. De plus le goüt des vases en pierre dure se conserva dans les temps historiques ; des centaines de coupes en pierre sont ensevelies avec les rois de la l'^ dynastie et on en trouve encore beaucoup dans les tombes des IIP et IV^ dynasties. A l'epoque de la XIP dynastie, la Serpentine et l'albätre, plus tendres, remplacent entierement les belles diorites ainsi que les porphyres, et, sous la XVIIP dynastie, l'art de travailler les pierres dures est entierement perdu, sauf dans la statuaire. Au point de vue de la beaute et de l'habilete dans l'emploi des belles pierres dures on peut dire que les Egyptiens atteignirent graduellement le niveau le plus eleve vers la fin des temps prehistoriques et au debut de l'ere des plus anciennes dynasties. La VI% la XII^ ou la XVIIP dynastie ne peuvent supporter meme un instant la comparaison avec la grandeur archaique » '.
Nous ne pouvons nous arreter ici a etudier en detail les formes de ces vases et je me contenterai de renvoyer le lecteur aux remarques de Petrie ainsi qu'aux nombreuses planches oü sont reproduites toutes les formes decouvertes jusqu'ä present -. Nous ne devons nous occuper que de la decaration de ces vasss, ainsi
^ Petrie, Diospolis parva, p. 18.
- Vk'Vri'e., Diospo/is parva, pp. 18-19 et pl. lu pour le diagramme moiitrant l'evolution des formes pendant la periode prehistorique (M. Petrie me dit qu'il fait toutes ses reserves quant ä l'evolution des vases en pierre, de forme cylindrique, dont les dates de succession ne sont basees que sur des observations de M. Quibell, qu'il n'a pu controler rigoureusement) ; Naqada, pl. viii-xvi ; Diospolis, pl. IX. — Mac IvER and Mace, El Amrah and Ahydos, \\. xvi. — Petrie^ Ahydos, I, pl. xxvii, xui-xr.vii ; Royal tomhs, II. pl. xi,vi-i,ni (i ; Ahydoi, I, pl. ix-x; ■—Q\5\^v.^^., El Kab, pl. 11. 111, vi, x, xxvii; QiriBEi.Land C^reex, Hicraconpoüs, I, pl. xxxi-xxxiv, xxxvi, xxxvii ; II, pl. xxx Ces indications se rapportent egalement aux vases des premieres dynasties egyptiennes. — Voir encore A. H. S.wce, the Slone v.isex of ancienl Eg\pt, dans tke Cvin^hseur, a »iiii^azinc for collectors, IV, 1902, pp. 159-165, avec de bslles photographies.
Decorations
skeio-
morphes.
que des quelques exemples oü on a donne au vase lui-meme une forme soit animale, soit humaine.
Le plus souvent le vase est uni ; parfois on s'est contente d'y representer une corde qui fait le tour du col et on a eu soin de preciser le detail. D'autres fois il s'agit d'un simple bourrelet sinueux qui n'est meme pas toujours continu '.
Plus rarement, le vase est decore de cötes regulieres, d'une perfection de travail inouie -, ou encore revetu d'une decoration en ecailles s'imbriquant les unes dans les autres.
Sur un vase on avait represente, en leger relief, un lacis de Cordes tressees constituant une sorte de filet dans lequel aurait ete
Fig. 62. — TeTES de MASSUES en PIERRE TENDRE DECORIiES.
place le vase ^ C'est la un exemple de ces motifs skeiomorphes dont il a ete question plus haut. On en trouvera un second dans le fragment d'u:! vase en marbre dont la surface exterieure etait sculptee de fagon a simuler un panier tresse '.
1 Exemples: Vwi-rib., Naqada, pl. x : Royal tombs, II, pl. xlvii b, lii, liii, Liii A et Lui F — QuiBELL, Hievaconpolis, I, pl. xxxiii.
2 DE Morgan, Recherches, II, p. 184. — Quibell, Hieraconpolis, I, pl. lix, 7. — Petrie, Royal tombs, II, pl. XLix ; pl. v, 12 ; I, pl. xxxviij, i et 2.
3 Petrie, Royal tombs, II, pl. vi, 27, et xxix, 21-25 ; xli, 94 — de Morgan, Recherches, II, fig.823, p.245.
4 Petrie, Royal tombs, II, pl. ix, 12.
Enfin, tonte une serie de vases, datant pour la plupart des debiits de la periode historique, noiis montrent des figures en relief, tetes humaines, animaux, etc. Noiis allons rapidement les passer en revue.
Un seiil vase est, a ma connaissance, decore de representations Decorations humaines. C'estun vase appartenant ä la collection Petrie a l'Uni- humaines. versity College de Londres, et d'apres sa forme il doit se classer entre les debiits de la periode prehistoriqiie et la date de succession 60-70, par conseqiient encore en pleine epoque prehistorique. Noiis y voyons deiix tetes humaines, sculptees en relief sur la panse du vase, avec le meme type que nous avons deja rencontre. La bouche a ete indiquee par un trait horizontal fortement accentue et les 3XUX releves au moyen de deux perles collees dans les cavites de la pierre ^ (fig. 64).
A Hieraconpolis, M. Ouibell decouvrit toute une serie de vases Decorations decores de figures d'animaux. On y voit des tetes de felins au-des- animales. sus d'un signe qui ressemble ä l'hieroglyphe C;£^ -, une figure de scorpion ^ (fig. 65) et, enfin, une representation tres curieuse dans laquelle je serais tente de voir une inscription pictographique, sans pouvoir, cependant, en proposer une lecture quelconque. La presence de l'arc est surtout ce qui me fait songer ä quelque chose de semblable * (fig. 66).
D'autres pieces, malheureusement fragmentaires, montrent une tete d'oiseau ainsi qu'un objet bizarre termine par une etoile •'.
Les tombes royales de la L^ d3'nastie a Ab3'dos n'ont donne que peu de fragments analogues. Sur quelques-uns on releve de curieux ornements en relief dont on ne peut malheureusement rien tirer de precis. ün vase en albätre de la meme localite etait
decore ä la base de signes 1 incises^'.
1 Un Fragment d'un vase semblable avait ete trouve par AI. Ouibell ä Hallas. — Voir Petrie, NaqaJa, pl. XLii, 26, et p. 42. ^ Ouibell^ Hieraconpolis, I, pl. xvii.
3 Idem, I, pl. XVII et xxiii.
•* Idem, L, I, pl. XIX, xx et xxv.
^ Quibell and Green, Hieraconpolis, II, pl. lix. ^ Petrie, Royal tombs, II, pl. v, 15, vi k, 22-21 : I» pl- xxxviii, 4, et II,
pl. LI H, 335.
Fig. 63. — Tetes de massues ou de sceptres prov^enant de
HiHRACONPOLIS.
Disons immediatement que Ton employait egalement l'ivoire ponr en faire des vases que Ton decorait de la meme maniere que la pierre, ä en juger d'apres un fort beau fragment decouvert a Abydos \
' PeTRIE, v^iT)'^/ /(7;;//5s^ pl. VI, 22.
Fassons aiix vases auxquels on a donne des formes fantaisistes. Vases Un des plus curieux est celui decouvert par Petrie a Abydos ^" P^^'^^
et representant iine outre i (fig. (,^). ffntllsSes.
D'autres specimens prove-
nant de Negadah reproduisent
des oiseaux, des grenouilles,
des hippopotames - (fig. 68 et
69). A Hieraconpolis, M. Qui-
bell decoiivrit deiix vases, en
steatite et en Serpentine, en
forme d'oiseaux '■K
Le musee de Berlin possede
trois pieces inedites : l'une est
im vase en pierre en forme d'e-
lephant (n" 14146), l'autre im
vase en forme d'hippopotame
(n° 141 47), la troisieme un vase
en forme de chien (n° 12590) '* .
Enfin, dans la collection Petrie
a rUniversity College de Londres, un vase reproduit probablement une figure d'elephant.
Deux fragments de la meme collection nous montrent d'abord deux tetes d'hippopotames
et une autre representation difficile a reconnaitre. (Est-ce vrai-
ment une representation animale ?) (Fig. 70.)
La plupart des formes que Ton rencontre dans les vases en Ceramique. pierre, la plupart des decorations que nous y avons relevees^ nous allons maintenant les retrouver dans la ceramique. Mais, ici, nous avons d'abord ä rechercher si nous pouvons verifier en Egypte l'hypothese qui fait naitre la ceramique primitive du moulage ou tout au moins de la copie d'un. panier en vannerie ■'.
' Petrie, Royal tonihs, I, pl. xxxviii, 3, et p. 28.
^ Petrie, Naqada, pl. xii (Ashmolean Museum, ä Oxford).
'^ OuiBELL, Hieraconpolis, I, pl. xx, 2 et 4, et p. 8 ; 11, p. 38.
•^ Königliche Museen zu Berlin. — Ausführliches Verzeichnis der ägyptischen Alierliinier und Gipsabgüsse, 2° edit. Berlin, 1899, p. 36 et fig 2, oü l'on peut reconnaitre confusement le n" 12590.
° Pour le meine fait dans la civilisation de la (irece primitive, voir John L.
Fig. 64. — Vase kx pierre.
Decore de deux fisjures humaines.
Vannefic. Les primitifs connaissaient-ils la vannerie ?
Dans les plus anciennes tombes prehistoriques le mort avait ete enveloppe dans une natte, ou bien encore le fond de la tombe avait ete tapisse d'iine natte *.
L'usage des nattes fut tres frequent pendant tont l'ancien empire,
Fig. 65. — Vases en pierrb decores de figures d'animaux en relief.
aussi bien pour servir de tapis que pour decorer les murs des appartements. Des representations de tombes de la V^ dynastie montrent ä quel degre de perfection on etait parvenii ä cette epoque '-.
Myres, Textile Impressions on an Early Clay Vessel froin Amorgos, dans le Journal of the Anthropological Institute, XXVIl, November iSgy, pp. 178-180 et pl. xii.
1 Petrie, Ä\iqada, p. 15, tombe 31 ; p. 23, tombe B 14 ; p. 25, tombe 42 ; p. 27, tombe 722. — Mac Iver and Mace, El Amrah and Ahydos, p. 31 et pl. XI, 5 et 6.
^ Petrie, Egyptian dccorative Art, pp. 44-45.
On a trouve dans les tombes du ciraetiere prehistorique de El Amrah des paniers de forme habituellement spheriqiie et qiii contenaient de la malachite ^ . Quelques specimens montrent une decoration rappelant les paniers fabriques actuellement au Soudan.
C'est la meme comparaison que fait immediatement M. Amelineau, decouvrant dans une des chambres du tombeau du roi Khasekhmoui une grande quantite d'objets en vannerie : « ... J'y
Fig. 66. — Inscription pictographique (?). Sculptee en leger relief sur un vase en pierre.
trouvai, dit-il, d'assez longs morceaux de bois entoures de vannerie. J'en rencontrai ensuite dans toute la chambre. J'eus bientot reconnu que les morceaux de bois avec de la vannerie autour provenaient de chaises brisees, car l'une des extremites n'etait pas revetue de vannerie. Ces chaises avaient au moins 0^40 de hauteur et elles etaient larges de 0^60 environ, ce qui donne la forme tres connue d'une sorte de haut tabouret. Sur ces chaises etaient places d'autres ouvrages en vannerie qui, tresses avec une Sorte de paille diversicolore^ ressemblaient aux ouvrages que l'on
^ Mac Iver, A prehistoric Conetcry at El Amrah in Egypt, dans Man, 1901, n« 40, p. 52; Mac Iver and Mace, El Amrah and AbyJos, pl. xi, 2, et p. 42.
fait encore dans le Soudan et que l'on vend dans le bazar d'Assouan. Comme je demandais ä mes ouvriers s'ils avaient encore de semblables oiivrages dans Tinteneur de leurs maisons, ils nie repondiient negativement, en nie disant que ces oiivrages resseniblaient beaiicoup aux Marirone que faisaient les Barbarins. Ce mot me frappa et jeme rappelai sur-le-champ le mot MAPKilNI que j'avais
trouve dans la vie copte de Pakhöme » ^
Independamment de la ceramique^ dont nous allons nous occu-
FiG. 67. — Vase en pierre en forme d'Outrh. Ashmolean Museum, ä Oxford.
per dans un instant, l'industrie du vannier a laisse de nombreuses traces dans l'art decoratif de la V^ dynastie, comme l'a reniarque Petrie -.
L'imitation du panier est surtout sensible dans la ceramique prehistorique dans deiix classes de poteries; l'une appelee par Petrie Gross Linea Pottery, a fond rouge avec dessins blancs, ne se rencontre que dans les tombeaux les plus anciens (dates de succession 31-34); l'aiitre est la ceramique noire avec iiicisions remplies
' Amelineau, les Nouvelles Fouil/es d'Abydos. Seconde campagne, 1896- 1897. Compte rendu in cxlenso. Paris, 1902, pp. 176-177 ; les Noiaiclles Fouilles d'Abydos (1896-1897). Paris, 1897, p. 40. — Voir Petkie, Royal tombs, I, p. 15.
'•^Petrie, Royal toiubs, II, pp. 35 et 39.
lOI
d'iin enduit blanchatre et probablement importee i (ßg. 71-72). Quelques specimens imitant la vannerie appartiennent cependant ä la categorie des poteries decorees -.
Remarquons egalement ici que bon nombre de vases en pote- Les pierres rie sont decores de fa^on a imiter les pierres dures et a remplacer dures. les vases faits en ces matieres plus precieuses. Petrie remarque meme que dans les tombes oü Ton trouve de beaux vases en pierre, il y a peu ou point de poteries^.
Fig. 68. — Vase en pierre en forme D'Oi;|HfÄi University College de Londres.
Si nous notons encore qu'on a parfois pris comme modele de Les courgcs. vase un fruit, une courge, comme dans l'exemple public par M. de Bissing -•, nous aurons signale, je crois, les principaux cas oü Ton rencontre sur les vases primitifs eg3^ptiens des motifs skeiomorphiques ou derives de la technique.
' Petrie, Naqada,^. 38 et pl. xxviii, 34, 36,46, pl. xxix, 52-79, pl. xxx ; Diospolis parva, p. 14, pl. xiv, 55-70. — M.\c Ivek and Mace, El A))irah (Uid Abydos, pl. xv.
^ Petrie, Naqada, p. 40 et pl. xxxiii, 12 et 29. — Schweinfurth, Oinatncntik der ältesten Ciiltur-Epochc ^Ei^yptens, dans les Verhatidlimgen der b. Gesellsch. für Ä7ithropologie, Ethnologie und Urgeschichte, 1897, pp. 397-398.
3 Vkxv.iv., Naqada, p. 4oetpl. xxxiii, \, xxxv, 62, 65, 63, 67; Diospolis parva. pp. 18 et 15.
' DE Bissing, les Origines de l' Egypic, dans V Anthropologie, IX, 1898, p. 254 et pl. IV, flg. I. — Petrie, Naqada, i)l. xxvi, 40, 41, 42, 43, 50, 51 et 52.
Vases
Occiipons-noiis maintenant de la decoration des poteries inde-
a pemture pendammeiit de roris:ine des divers motifs qiie Ton y rencontre. blanche. ' . ° . . , . ,
La premiere classe de poteries qui doit nous arreter est celle des
Fig. 69. — Vasp:s en piekre en forme de Grenouilles,
HiPPOPOTAME ET OlSEAUX.
vases ä peinturey^blanche. Comme nous l'avons deja remarque, ses produits appartiennent ä la plus ancienne epoqiie : ils soiit caracterises par iine coiileiir roiige brillante sur laquelle les orne-
FiCx. 70. — Vase p:t Fragments de -v'ases en forme d'animaux.
ments sont peints en blanc. On a dejä plusieiirs fois fait ressoitir les analogies frappantes de ces poteries avec Celles que fabriquent encore actuellement les Kabyles *.
l Petrie, Diospolis parva, p. 14 ; Naqada, p. 38. — Mac IvER and Wilkin,
Nous avons dit plus haut que ces poteries etaient souvent decorees de lignes iniitant la vannerie; mais ä cote de ces decorations on trouve des motifs floraux, des representations animales et hu-
Fig. 71. — Vasks kouges a peintuke blanche^ imitant la \annerih.
Lihyav Xotes, frontispice. — JoHN L. Myrp:s, Notes on the History of the Kahyle Pottery, dans le /c?/;-««/ of the Anthropological Institute, XXXII, January-June 1902, pp. i^'i-idz et pl. XX.
maines, ainsi qiie des series ' de lignes en zigzag, le tout dans le meme style que les dessins peints sur les statuettes archaiques dont il a ete question phis haut.
Fig. 72. — Vasks noirs incises imitant la vanxNpjrie.
Motifs Lorsque les motifs floraux y apparaissent, c'est sous formende
floraux. simples branches tres stylisees et auxquelles on serait tente de
comparer les decors analogues de certains vases prehistoriques
grecs decouverts a Santorin K Noiis reproduisons ici deiix vases montrant des branches assez decoratives. Le vase du milieu reproduit la seconde face de vase figure ä la page 35. L'autre vase est figure sous ses deux faces, de fagon a mettre en relief les motifs floraux - (fig. 7^).
Un specimen decore de representations humaines a ete reproduit plus haut ä propos de la coiffure des hommes (fig. 13). Deux autres vases, decouverts Tun ä Abydos et l'autre ä Meäla, nous montrent egalement des figures humaines ^
Les representations d'animaux sont plus nombreuses. L'hippopotame surtout est frequent ; on trouve ensuite des antilopes d'especes diverses, d'autres animaux dont la determination ne peut toujours etre faite avec precision ; des poissons, des oiseaux, des crocodiles,des scorpions, etc. II suffira d'en decrire quelques specimens. Une grande coupe ovale, de la collection Petrie, ä l'University College de Londres, est ornee, au centre, d'un crocodile; a la partie superieure, de trois hippopotames ; a la partie inferieure, des lignes s'entrecroisant a angle droit, dont l'ensemble pourrait indiquer, d'apres Petrie, les rides de l'eau '' (fig. 74).
Un autre vase de la meme collection est decore d'un motif floral, d'un cervide et d'un animal qua Petrie appelle un herisson, Sans que je sois absolument convaincu de l'exactitude de cette Identification ^ (vase au centre de la fig. 75).
Un vase provenant, semble-t-il, de Gebelein nous montre des figures extremement curieuses. D'un cöte deux antilopes placees au dessus d'une serie de lignes en zigzag; de l'autre cöte, un bizarre animal au corps extremement allonge, avec une petite tete surmontee de deux oreilles pointues. On serait tente d'y reconnaitre
Representations humaines.
Representations d'animatJx.
^ DE BissiNG, /es 07-igincs de l'Egypte, dans V Anthropologie , IX, 1898, pl. III, fig. I et 3. — Petrie, Naqada, pl. xxviii, 40-42 ; xxix, 69, 76, 85 d. On trouvera des applications des regles de transformation de motifs naturels en motifs geometriques dans les specimens figures pl. xxviii, 40, 42, 46, 48 ; pl. xxix, 52, 54,61, 63, 64, etc. — Mac IvERandMACE, El Amrah and Abydos, pl. XV, IG, 20, 21.
^ Petrie, Prehistoric Egypiian Eoticiy, dans ]\Ian, 1902, n° 83, pl. H, 2.
3 de Morgan, Kecherches, I, pl. 11, 5, et pl. iii, fig. i. — de Bissixg, loc. cit., pp. 246 et 247.
* Petrie, Prehistoric Egyptian Pottery, dans Man, 1902, n° 83, et pl. H, 5.
s Petrie, Prehistoric Egyptian Pottery, dans Mati, 1902, n° 83, et pl. H, 4.
d'abord ime girafe, mais la maniere dont le corps est dessine exclut cette hypothese. Un Fragment decouvert a Negadah (XXIX, n° 98) noiis montre comment 011 la represeiitait d'ime fagon tres caracteristique. L'animal figure ici ne pourrait-il etre l'okapi, retroiive recemment dans le Congo beige et qui avait ete certainement
Fig. 73. — Vases a peintukes bi^anches a motifs flokaux. University College de Londres.
connii des anciens Egyptiens, comme l'a demontre M. le professeiir Wiedemann ^ ? (fig. 75).
Un vase provenant, d'apres M. de Bissing, d'Abydos, d'apres M. de Morgan, de Gebelein, merite egalementnotre attention; c'est le specimen le plus curieiix de cette categorie de vases : au centre,
1 Wiedemann, das Okapi im alten Aegypten, dans die Umschau, VI, 1902, pp. 1002-1005 ; das ägyptische Set-Thier, dans la Orientalistische Litteratitr Zeitimg, V, 1902, col. 220-223. — Petrie, Prehistoric Egyptian Pottery, dans J/^«, 1902, no 83, et pl. H, I.
un scorpion, puis a rentour divers animaux : hippopotame, croco- Reprcsendiles, poissons, oiseaux, tortiie et autres figiires impossibles a tation
determiner. Mais ce qui est plus interessant, c est d'y rencontrer ^ arque une representation de barque analogue ä Celles que nous allons
Fig. 74. — Vases a peinture blanche
AVEC REPRESENTATION d'uN CROCODILE ET d'hIPPOPOTAMES.
University College de Londres.
avoir ä examiner dans un instant et qui apparaissent d'ordinaire sur une autre categorie de poteries 1 (fig. j6).
Ces exemples suffiront certainement ä donner une idee des vases decores de figures d'animaux -, et il ne nous restera plus qu'ä
1 DE Morgan, Recherdies, I, pl. 11, 5 — - de Bissing, loc cit., pl. m, fig. 2, et pp. 246-247.
^ Voir encore Petrie, Naqada, pl. xxix, 91-97 ; Diospoli^, pl. xiv, 93 b et 96; Prehistoric Egyptian Pottcry, dans J/;?;?, 1902, n" 83, pl. H, 6 — M.\c
io8
mentionner deux specimens decores de motifs geometriques et de figures singulieres dont l'explication reste encore a trouver. Ces deux vases appartiennent egalement ä la collection Petrie, ä l'University College de Londres ^ ffig. ']']).
Fig. 75. — Vases a pp:inture blanche avec Representation
d'animaux.
Universit}' College de Londres.
Potcfies D'un t3'pe tout a fait different sont les « poteries decorees » dont
decorees. noiis alloiis nous occupei" ^
Les plus anciens specimens sont a peu pres contemporains de la ceramique a peinture blanche, mais c'est principalement ä partir de la date de succession 40 qu'on les rencontre frequemment. II
IvER and Mace, El Aiiirah and AbyJos, pl. xv, 17, 18 .'' (animal stylise .''). — DE Morgan, Recherches, I, pl. 11, i ; pl. iii, 2 et 3. — de Bissing, loc. cit., pl. iii, fig. I et 3; pl. IV, fig. 5.
^ Petrie, Prchistoric Egyptian Pottcry, dans Ma7ij 1902, n» 83, pl. H, 3, p. 133 : « The upper figures might be adzes or hoes, the lower figures are curiously like lictors' fasces, but no such forms are known in Egypt ; they may, however, be a form of stone axes set in handles. Certainly neither can be the hieroglyphic neter sign, as that had double projections down to dynastic limes ».
^ Hoernes, M., Urgeschichte der biidetiden Kunst in Europa van den Anfängen bis um 500 vor Chr. Vienne, 1898, Nachträge, 2, Neolithische Vasenmalerei in Aegypten, pp. 687-689.
semble bien que Ton doive chercher en deux endroits differents la source des vases de cette espece, et si les specimens du type ä peinture blanche sont surtoiit apparentes aux poteries kabyles, on est teilte de chercher pliitot du cote des cotes syriennes de la Mediterranee le point de depart de l'industrie des « vases decores » ^
Rappeions tont d'abord, en precisant ce que nous disions tout ä l'heure, les vases decores imitant les vases en pierres dures. Tantot c'est la breche que Ton copie '-, tantot encore ce sont diverses sortes de marbres ; mais l'imitation la plus interessante est celle du calcaire nunimilitique, represente par une serie de spirales , comme l'ont re connu tres ingenieusement Petrie et Schweinfurth ^ Peu ä peu on developpa les spirales, Sans se souvenir de ce Fig. 76. — Vase a peixtukp: blanche qu'elles representaient primi- Representaliun d'une barque et de divers
tivement, et Ton en arriva a animaux, d'apres VA}Uhropologie.
decorer des poteries en se
contentant d'y tracer deux ou trois enormes spirales '* (fig. 78).
La presence de ces ornements a ete mal interpretee par quelques observateurs, qui auraient voulu y voir une representation de la mer. Le malheur est que, a ma connaissance tout au moins,
Vases decores imitant les pierres dures.
1 Petrie appelle ces vases « decorated pottery », et c'est dans ce sens qu'il faut entendre ici le ternie « poteries decorees ».
2 Petrie, A'aqada, pl. xxxiii, i, et p. 40, xxxi, 6 (wavy handied); Diospolis, pK XV, 5, 18 b et c (wavy handied); xvi, 64 et 76 b. — Mac Iver and
Mace, El Ämrah and Ahydos, pl. xiv, W ß (wavy handied).
3 Petrie, Naqada, pl. xxxv, 67 a, b, c, et p. 40. — Schweinfurth, Ornamentik der ältesten Cultiir-Epoche Aegyptens, dans les Vcr/umdlungen der b. Gesellsch. für Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte, 1897, pp 397 et 398.
^ Petrie, Naqada. pl. xxxiv, 31 a - 33 b : Diospolis, pl. xv, 7 c.
HO
on n'a jamais rencontre des spirales et des representations de barqiies sur ime meme poterie ' .
Signaions les representations de vases en pierre dure dans certaines tombes de l'ancien empire, representations faites suivant un procede analogue acelui des decorateurs primitifs ".
Fig. 77. — Vasp:s a peinturk blanche. University College de Londres.
D'autres vases — et ceci n'est que le rappel de ce que j'ai dit plus haut — sont decores de lignes representant la garniture de paille
1 A propos des bateaiix rgypticns, dans X Antliropologie. XI, 1900, pp. 115 et 347.
•^ Davies, the Rock Tombs of Deir el Gebraivi, I, pl. xvii et xix et pp. 22-23.
tressee dont le vase est recoiivert, garniture parfois assez lache, parfois, au contraire^ etroitement serree^
C'est ainsi qu'un vase publie par de Morgan, provenant de la haute Eg3^pte, et qui presente une technique legerement differente, reproduit de la fagon la plus exacte, d'apres Schweinfurth^ « ces grands paniers ä lait que les habitants actuels du pavs des
Vases
decores
imitant la
vannerie.
Fig. 78. — Vases decohes imitant les vases en pierke dure.
Somalis savent si bien tresser au moyen des racines coriaces du touffu Asparagus retroflexus F ■' (fig. 79).
On peut certainement chercher dans ce procede de decoration l'origine de ces lignes paralleles semees par groupes plus ou moins reguliers a la surface du vase. Dans certains specimens on s'est attache k les representer en damier, dans d'autres cas on s'est con-
1 Petrie, Naqada, pl. xxxni et xxxv ; Diospolis, pl. xv et xvi. — Mac Iver and Mace, El Amrah a7id Ahydos, pl. xiv.
2 Morgan, Recherches, I, pl. ix, i. — Comparez Petrik, Naqada. pl. xxxv, 76. — DE Bissing, les Origincs de l'Egypte, dans V Anthropologie, IX, 1898, pp. 24.7-8. — SCHWEINFURTH, Ueher den Ursprung der Aegypter, dans les Verhandhmgen der b. Gesellich. für Atithropologie. Ethnologie und Urgeschichte, 1897, p. 281 ; Ornamentik der ältesten Cultur-Epoche Acgvptens, ibid., p. 397.
montagnes.
teilte de quelques lignes qui semblent tracees au hasard ^ (fig. 79). Repre- Fiequemment aussi nous rencontrons a la surface du vase, com-
sentation de biiiees parfois avec cette iniitation du tressage ou d'autres motifs encore, des series de petits triangles qui, probablement, representent des montagnes -. Un specimen montre des personnages et des animaux poses sur ces triangles, absolument comme sur les fameuses statues de Min decouvertes ä Coptos, selon la remarque de M. Petrie * (fig. 8oj.
Representation I plantes.
Fig. 7g.
- Vasks i)ec:orks imitant la \'annerie.
Une des representations des plus curieuses que Ton ait relevees sur ces vases est celle d'une plante dans laquelle Schweinfurth a reconnu l'aloes cultive en pot et qui n'appartient pas ä la flore spontanee de l'Egypte. On le rencontre encore aujourd'hui en Egypte cultive dans les cimetieres ou au-dessus des portes des habitations, comme Symbole de force vitale et comme preservatif contre le mauvais oeil. Le caractere funeraire de cette plante ne doit pas etre perdu de vue, et nous aurons l'occasion d'y revenir plus tard ^ (fig. 81).
D'autres representations semblent bien indiquer des arbres, et se rapprochent assez de l'hieroglyphe (\ pour permettre cette Identification Je suppose que c'est ä eux que fait allusion Petrie lorsqu il parle de representations de bois qui, combinees avec les signes de montagnes, doivent indiquer le paysage au milieu duquel se meuvent les animaux, les hommes et les barques ^.
^^'VRi^, Ä^aqaJa., pl. xxxiii, ii, 12, 20, 21, 23, 24, 26; Diospolis, pl. xv, 3, 4^, 20*^, 20c, 21*^, 25a.
- Voir Mac Iver and Wilkin, Lihyan Notes. London, 190 1, p. 65, note 2 : « The so-called « mountain » patlern found on prehistoric Egyptian decorated pottery occurs everywhere in Kabyle woik, where it has clearly nothing to do with mountains, but, arises from a combination of the triangles which enter as Units into almost all these rectilinear designs ».
■ Petrie, JVaqada, pl. xxxiv et lxvii, 13, 14, 15 et 17 et p. 49; Diospolis, pl- ^vi, 53<-, 54, 5c^e^ 78^
* Schweinfurth, Omamejitik der ältesten Ciiltttr-E[ochc Aegyptens, loc. cit., p. 392. — Petrie, Diospolis, p. 16.
^ Petrie, Dio'ipolis, p. 16.
Les animaux representes sont peu nombreux ; on trouve des Represen-
autriiches et differentes especes de gazelles et d'antilopes ; exceptionnellement apparaisseut le crocodile et le cameleon ',
Uli vase fort remarquable decouvert ä Abydos nous montre, ä cote de la figure d'un Kudu et de deux moutons a longues cornes - Line representation d'un arbre autrement figure qu'on ne le rencontre d'ordinaire, et sur lequel sont perches des oiseaux \ On pourrait an rapprocher un vase avec representation d'un aloes sur lequel on voit deux oiseaux \ ainsi qu'un autre fragnient semblable ^ (fig. 82).
tation d'animaux.
Fig. 80. — Vases decorks avec serie de triangles.
Plus rarement apparaissent les representations humaines ; on en trouvera les principales dans la fig. d>^. Nous y trouvons d'abord des figures de femmes, extremement schematiques, oü parfois meme les bras ne sont pas indiques ; le corps se reduit a deux triangles engages Tun dans l'autre et surmontes d'une masse noire ovale pour la tete ^. D'ordinaire les femmes nous apparaissent dans une pose identique ä celle de la Statuette reproduite sur la figure 5 de ce livre et qui, s'il fallait en juger d' apres les representations
Representations humaines.
1 ScHM'EiNFURTH, OryiaiiicntUi, etc., p. 399 : « Man erkennt unter ihnen die Säbel-und Beisa-Antilope (07yx leucoryx und Oryx Bcisa), ferner Addax-Antilopen, beziehungsweise Wasserböcke, vielleicht auch Kudus -■'•.
" Thii-ENIUS, das ägyptische Hausschaf dans le Reciuil de travaux relatifs ä la Philologie et ä l'archcologie cgyptientics et assyrienfies, XXII, 1900, pp. 199-212. — DüRST und Claude Gaillard, Studien über die Geschichte des ägyptischen Hausschafes, ibidem, XXIV, 1902, pp. 44-76.
^ Petrie, Abydos, I, pl. L et p. 23.
^ Mac Iver and MaCE, El Amrah and Abydos, pl. xiv, D 49.
^Petrie, Naqada, pl. lxvi, ,3.
^ Mac Iver and Mace, El Amrah and Abydos, pl. xiv, D 5o'\
analogues des tombeaiix de l'ancien empire, serait caracteristique poiir indiquer la danse ^ Si Ton veut admettre cette interpretation — noiis verrons tout ä l'heiire si eile a qiielque chose de fonde — 011 reconnaitra avec M. Mac Iver des joueurs de castagnettes dans les deiix personnages representes devant une « danseuse » siir un vase decoiivert a El-Amrah - (fig. 84).
Lorsque des hommes sont representes, oiitre le cas dont je viens de parier, nous les voyons, deboiit, en marche, parfois avec l'indication du foiirreaii cachant les parties genitales et dont il a ete qiiestion plus haut ; sur un specimen, on a peut-etre voulu les
Fig. 81. — Repkesentations de l'aloes et d'akbres. D'apres Schweinfurth.
representer chassant des antilopes ; ils portent des bätons ou des
boomerangs (?) ^ (fig. 80 et 83).
Rcpresen- Ce qui etonne de plus de rencontrer sur ces vases primitifs, ce sont
tation les representations de barques. On les trouve sur un assez grand
de barques. ^ombre de vases, barques a rames ou meme barques ä volle, et, com-
binees avec les representations humaines, animales, dans le paysage
d'arbres et de montagnes, elles animent ces poteries de scenes dont
nous aurons plus tard l'occasion d'etudier la signification. Conten-
tons-nous pour le moment de remarquer avec Schweinfurth que ces
' DE Morgan, Rechcrchcs, II, p. 65.
2 Mac Iver and Mace, El Amrah and Abydos, pl. xiv, D 46, et p. 42.
^ Vases avec figures humaines : Petrie, Naqada, pl. xxxv, 77 ; lxvi, 5, 7 : Lxvii, 17. — Cecil Torr, sur Quelques Pretendus Navires cgyptiens, dans VAnthropologie. IX, 1898, p. 33, fig. i ; p. 34, fig. 3^ et 3*^; p. 35, fig. s"* et 5I). — DE MoR(iAN, Kcchcrches, I, pl. x, 2^ et 2^.
bateaiix sont, sans exception, dessines comme montrant a l'observateur le cöte gauche (babord). Les Egyptiens, dit-il, s'orientant d'apres le sud et, poiir eux, l'ouest etant ä droite et Test a gauche, la Position des barques indique qu'on se les representait comme naviguant contre le courant ^ (fig. 83 et 85).
Citons ici immediatement — bien que nous aurons ä y levenir plus tard — les barques en terre cuite, trouvees dans quelques tombeaux et sur l'une desquelles 011 a peint d'une fagon assez naive les rameurs, debout, tenant chacun une rame a la main - (fig. 83).
Fig. 82. — Vase di5:cokh avec Representation d'animaux
ET d'un arbke sur lequei- sont perches des oiseaux.
British Museum.
Parfois egalement, sur ces vases decores, on remarque aupres Rcprescndes barques des series de lignes en zigzag qui ont pour but de tations
, 1. diverses.
representer 1 eau.
Quelques vases montrent egalement un objet curieux, difficile ä identifier, et que Petrie regarde comme un mät et une volle, et
qu'on pourrait alors comparer a l'hieroglyphe 1Z3 \ Schweinfurth y
voit des boucliers formes de peaux qui, d'apres les pieces analogues des Dinka, Bari et Cafres, seraient affermis au moyen d'un long
' ScHWEiNFUKTH, Or7iamc7itik, etc., p. 400. - Petrie, Naqada, pl. xxxvi, 80, et lxvi, i. •' Petrie, Ni.qada, pl. lxvi, 6, 9, 10, et p. 49.
ii6
bäton qiii, en Egypte, porterait des armoiries a sa partie superieure i (fig. 83).
On trouve encore sur les vases des series de signes en forme de S, N et Z ^, dont il serait peut-etre difficile de rendre compte, On pourrait cependant supposer qu'ils derivent d'ime forme abregee des series d'autriiches, en se rappelant que nous avons constate plus haut que les epingles decorees de formes d'oiseaux presenteut parfois des formes tres proches d'un S.
kAM.^AAAA
Fig. 83. — Repkesentations diverses de vases decorh:s.
BaRQUES^ PERSONNAGES; ANIMAUX, AKBRES, BOUCr.IERS (?).
Je suis fort tente de retrouver une abreviation de formes semblable sur un vase decouvert par Petrie ä Abadiyeh ^, et oü nous
rencontrons une serie de signes jl, que je regarde comme un dessin fort sommaire des figures de femmes representees les bras leves au-dessus de la tete fig. 86 >.
Mentionnons encore quelques vases dont la decoration peut dif-
1 SCHWEINFURTH, Ornaiiicntili , etc., p. 399. ^ ScHWEiNFURTH, Ornamc7itik, etc., p. 398. 3 Petrie, DiospoUs, pl. xx, 8.
ficilement se ranger dans les categories que nous venons de passer an reviie. De ce genre sont les vases oü se rencontre ime etoile ä cinq branches ^ im vase portant des figures humaines dessinees a l'envers et de fagon tres sommaire '^ et, enfin, im petit nombre de vases oü se rencontrent des crocodiles (l'im d'eux perce de harpons), des scorpions et des serpents ^. Ces derniers vases rappellent quelque peii les vases decouverts a Hieraconpolis et qiii datent des debuts de la periode historique.
II fallt aiissi en rapprocher les rares vases qiii sont decores de motifs en relief et dont un specimen decoiivert a Negadah presente ime figure de lezard et ime autre de scorpion '' (fig. 87).
Sur im vase du British Museum (n° ^6^28) decore d'autruches, de tri an gl es et de barques, deux des anses sont surmontees de iigurines d'oiseaux. Symetriquement on voit sur le meme vase deux figures en relief de sauriens (?) ^
Un autre specimen, ä l'University College de Londres, est decore de figures en relief d'im crocodile, d'im croissant et d'im harpon.
Dans les collections de l'Ashmolean Museum, ä Oxford, se trouvent trois vases rouges, a bord superieur noirci, datant des debuts de la periode prehistorique et qui presentent un interet tout special (fig. 88). Sur lepremier, provenant de Negadah (tombe 1449), on remarque ime tete en relief faite assez grossierement ; eile est continuee par une ligne en relief descendant perpendiculairement et allant en s'amincissant de plus en plus. Je pense qu'elle
Fig. 84.
Vases decores de
figures en relief.
1 Petrie, Diospolis, pl. xv.
2 Petrie, Naqada, pl. xxxv, 77.
3 Petrie, Naqada, pl. xxxv, 78; Diospolis. pl. xvi, 78'', 78<=, et 78d. '^ Petrie, Naqada, pl. xxxvi, 87 et p. 41.
^ La Position de ce vase dans la vitrine ne nie permet pas de le decrire plus exactement, et je regrette vivement de n'avoir pu obtenir l'autorisation d'en donner ici une reproduction.
ii8
represente le corps de l'homme : en effet, de part et d'aiitre se detachent vers le haut deux lignes remontantes, en relief, qiii indiqiient les bras ; vers le bas, ä iine certaine distance de la ligne mediane, on distingue, toujours en relief, deux boules qui se prolongent par des lignes remontant assez brusquement jusqu'au sommet du vase. L'homme embrasserait le vase entier dans une Position difficile ä imaginer et qui ne peut s'expliquer que par la naivete de l'artiste piimitif, qui n'a pas manque de dessiner la
Fig. 85. — Vase decoke avec kepkesentations vakiees. D'apres de Morgan.
tete de face (les deux photographies au centre de la figure 88 sont les deux fragments d'un meme vase). L'interet de ce vase curieux consiste surtout en ce qu'il permet de saisir sur le vif une de ces lois de simplification a outrance dont nous avons eu l'occasion de nous occuper plus haut. En effet, deux autres vases, provenant de Hou (tombes U 179 et B loi) et qui, d'apres les dates de succession, sont plus recents que le specimen de Negadah, nous montrent comme decoration deux ornements en relief constitues precisement par une boule d'oü sedetache une ligne remontant jusqu'au sommet du vase. C'est donc une copie exacte des jambes du personnage figure sur le vase decrit en premier Heu. Je pense que de copie en copie la signification de ces lignes s'est perdue, et que, notamment dans les specimens de Hou, on ne savait plus qu'il s'agissait d'une representation humaine. Aussi l'ornement ressemble-t-il ä deux serpents affrontes, et je ne serais pas etonne que l'artiste primitif en ait eu l'idee lorsqu'il fagonna le vase '.
^ Le vase ä la gauche de la figure est publie en dessin, sans indication dans le texte, dans Petrie, Diospolis, pl. xiv, 66.
Un vase de l'Ashmolean Museum, a Oxford, decouvert a Negadah (tombe 187 1, date de succession 46),nous fait connaitre un Systeme de decoration fort rare. II s'agit d'un vase rouge a bord superieur noirci. L'interieur est, comme d'ordinaire, egalement noirci, mais on avait, en outre, grave dans l'argile, avant la cuisson, une serie de dessins assez rüdes representant peut-etre des serpents et des plantes (figure 89). II s'agirait peut-etre d'un vase magique ? Ce qui est certain, c'est qu'ä part deux petits fragments, de technique iden-
Vases ä decors Interieurs.
Fig. 86.
Vase decore decouvert a Abadiyeh.
tique, dans le meme musee, il n'existe, a ma connaissance du moins, aucun vase comparable ä celui-ci '.
Un certain nombre de poteries rugueuses (rough faced) ont ete Vascs ä decorees de lignes incisees, mais ce mode d'ornementation semble °^^°'' i°cise. avoir ete rarement employe (fig. 90 -).
1 Voir Petrie, Naqada, pl. xxxv, 71.
Un vase au British Museum, decore ä l'interieur de signes fantaisistes, n'est apparemment que le resultat d'une fraude moderne.
"-' Petrie, Naqada, p. 4 1 et pl. xxxv, 74 et 76 ; xxxvi, 93 a et b ; xxxvii, 4! . — Diospo/is, pl. xvi, 74 b et 93 c ; xvii, 49.
Sur notre figure le vase superieur = Diospolis, xvi, 74 b ; en bas, en commen^ant par la gauche. 1 = Naqada, xxxvi, 93 b (terre noircie ä la fumee) ; 2 = Diospolis, XVI, 93 c (Hou U 126); 3 (Hou H 158) ; 4 -- Diospo/is, xvii, 49 (Hou U 170).
Tels sont les differents motifs dont sont decorees les poteries archaiques egyptiennes ; comme on peut s'en rendre compte rapidement, ils sont toiis, ou bien skeiomorphes, oii bien inspires directement d'une chose naturelle, montagne, plante, animal, homme, etc. C'est ime preiive excellente des theories exposees
Fig. 87. - Vases decokes a kepresentations rares.
Vases ä
formes
fantaisistes.
Forme humaine.
au debut de ce chapitre et sur lesquelles il n'est pas necessaire d'insister davantage.
Etudions ä present, rapidement, les poteries auxquelles l'artisteprimitif a cherche ä donner une forme soit humaine, soit animale ^ .
Un vase extremement curieux, ä couverte noire brillante, provenant des fouilles de M. Petrie a Abadiyeh, a ete decouvert dans. une tombe de la premiere moitie des temps prehistoriques (dates.
* Je reserve pour le chapitre sur la sculpture quelques vases en pierre et eni terre representant des figures humaines, et oü le « vase » disparait devant lai figure sculptee.
de succession 33-41). L'artiste primitif s'est efforce de donner au vase la forme feminine et il a renssi ä faire nne figiire qui ne s'ecarte pas trop des statuettes de femmes en terre de la meme epoque, dont nous nous occuperons plus loin, et dont nous avons donne deja des specimens a propos de la parure. Une simple
Fig.
VaSES ROUGKS A BORD SUPERIEUR NOIRCI AVEC FIGURES EN RELIEF.
Ashmolean Museum, h Oxford.
pincee dans l'argile seit ä indiquer le nez, les oreilles et les epaules ; les seins sont faits sommairement et pendent sur lapoitrine, comme ils se presentent chez les negresses ; enfin le vase, qui s'enfle en arriere brusquement, essaie de rappeler le developpement graisseux extraordinaire des fesses (steatopygie) que Ton remarque egalement sur les statuettes ^ (fig. 91).
Citons encore un vase en forme humaine et qui semble representer un captif accroupi sur le sei dans une pose incommode. L'artiste primitif n'a cherche ärepresenter avec precision que la tete -.
Les memes fouilles de Hou-Abadiyeh ont fait decouvrir egale-
^ Petrie, DiospoliSj pl. v, B, 102.
- Petrie, Dioapolis, \>\. vi, H, 83.
Formes animales.
ment deiix vases en forme d'hippopotames, Tun cherchant ä imiter l'animal aussi exactement que possible, l'autre au dessin assez sommaire et orne de deux anses laterales * (fig. 92). C'est egalement le cas pour im autre vase en forme d'hippopotame, se trouvant au musee du Caire, et que M. de Bissing a public il y a quelques anneesdejä 2. Ce qui constitue l'interet tout special de cette derniere piece, ce
Fig. 89. — Vase kougk a bord supkrikur noirci avec decor
interieur incise.
Ashmolean Museum, ä Oxford.
sont les peintures qui y ont ete ajoutees par l'artiste primitif : Voici ce qu'en dit M. de Bissing : « Les hippopotames du moyen empire sont decores,d'apres laremarque deMaspero, de roseaux,de lotus et de papillons parce qu'ils se tiennent au milieu des roseaux et que des papillons voltigent alentour. De meme l'artiste pouvait decorer les deux cotes du vase en forme d'hippopotame de la longue Serie d'oiseaux de marecage au long cou et aux grandes pattes caracteristiques du plus ancien art egyptien, parce qu'en realite
^ Petrie, Diospolis, pl. vi, R, 134, et pl. xiv, 67. Sur ce dernier specimen on releve encore des traces de peintures, notamment des harpons peints sous le ventre de l'animal.
2 Fr. W. V. BissiXG, Altägyplische Gefdsse im Museic?n zu Gisc, dans la Zeilschrift für Aegyptischc Sprachcj XXXVI, 1898, pp. 123-125.
il voyait dans la nature riiippopotame environne de semblables oiseaux. II faut expliquer differemment les harpons qiii se trouvent par groupes de trois ou quatre sur les anses, sous la levre, sous la tete et ä la qiieue. II faut apparemment se representer l'hippopotame comme pris a la chasse au harpon » \
Ces remarques tres judicieuses sont interessantes, et nou
Fig. 90. — Vases rugueux avec decors incises. Ashmolean Museum, ä Oxford.
aurons l'occasion d'y revenir. M. de Bissing note en menie temps la frequence des vases en forme d'animaux dans l'art primitif egyptien, comme dans tous les arts primitifs. II faut citer pour l'Egypte, ä ce point de vue, des vases en forme de poisson ■ et d'autres plus nombreux en forme d'oiseaux (fig. 92) ^. Parfois le vase represente deux oiseaux cote ä cote (fig. 92) '*.
La collection Petrie, a l'University College de Londres, comprend
^ Nous avons eu l'occasion de remarquer le memo detail precedemment pour une representation de crocodiles.
2 Petrie, Naqada, pl. xxvii, 68^- 68S et p. 37. — Quibell and (^reen, Hieraconpolis, II, pl. LXVi, et p. 50.
3 VKTRm, Naqada, pl. xxvii, 693-=. — DE lAoKGK-^ , Recherches, I, p. 160, fig. 481. * Petrie, Naqada, pl. xxxvi, 90.
un certain iiombre de vases en forme d'oiseaiix dont im, fort remarquable, oü Ton a peut-etre cherche ä representer im vaiitoiir (fig. 93 et 94).
Ici, encore, l'imitation s'ecarte enormement du modele, et seules les forme s intermediaires noiis aident ä comprendre ce qiie le primitif a voiilii representer K
Dans quelques tombes on a decoiivert egalement des petites caisses rectangulaires en poterie, dont les parois exteri eures sont decorees de la meme maniere que les vases. L'une de ces caisses, provenant de Diospolis,nous montre le motif des triangles imitant les montagnes, ainsi que des registres de traits paralleles et inclines en sens oppose d'un registre a l'autre - (fig. 95).
Un autre specimen^ appartenant au British Museum, est decore de barques, d'ibex, de groupes de lignes paralleles et de signes en forme de
S3(iig. 95).
Un couvercle d'ime boite analogue se trouve dans la collection Petrie, k l'University College de Londres. Avant de cuire la terre^ Toiivrier primitif avait grave sur le couvercle une autruche, un scorpion et deux figures humaines, qui fönt de cet objet l'une des plus anciennes representations obscenes que nous connaissions ■*.
Enfin M. Mac Iver, dans ses fouilles d'El Amrah, decouvrit une caisse du meme genre sur les parois de laquelle se trouvent des-
' Petrie, Diospolis, pl. vi, R, 131 ; xix, 71.
2 Petrie, Diospolis, pl. xvi, 73.
3 BuDGE, History of Egrpt, I, p. 98, fig. — British Museum, n° 32639.
* V^-\v.\-p., Prchistoric Egyptian Figures, dans Man, 1902,110 14, p. 17, et pl. B, 22.
Fig. 91. — V^ASE xom poli
EN FORME DE FeMME.
Ashmolean Museum, ;i Oxford.
sinees au charbon qiiatre scenes differentes : sur iine des faces apparait iin hippopotame, sur la seconde un bateau au dessous duquel se voit un crocodile; la troisieme face reste jusqu'ä present inexplicable ^ ; quant a la quatrieme, on peut en donner des interpretations diverses M. Mac Iver y voit une serie de six animaux ä long cou (probablement des girafes) marchant vers la droite ; leur Corps, remarque-t-il, est dessine schematiquement et ressemble
Fig. 92. Vases en tekre hn fohme d'Animaux.
ä unepalissade. En dessous d'eux se trouve une rangee de triangles -. Les dessins de l'epoque, malgre leurs simplifications a outrance, ne nous ont pas habitue a des representations d'aniniaux
' Vüir Petrie, NaqaJa, pl. LHi, 113, uü 011 tix)uvera une niaique de poterie analügue au dessin de cette face (fig. 95).
^ Mac Iver and Mace, El Amrah and Abydos, pl. xii, 10-13, et p. 4-- Cette caisse decoree se trouve actuellement h l'Ashmolean Museum, ä Oxlord.
2 Ji
aussi schematiques, J'y vois plutöt une palissade dont les pieux seraient ornes ä la partie superieure de bucränes. On a deja plusieurs fois constate ä cette epoque l'emploi de cränes d'animaux ayant, a cöte de leiir röle decoratif, un sens magique oii religieux ' (flg. 95).
Fig. 94, — Vase en terre en forme de Vautour. University College de Londres.
Nous avons ainsi termine Texamen des potenes decorees de l'epoque primitive ; il existe cependant encore une espece de decoration : ce sont les dessins et les mavques gravees siir ces objets, et dont l'etude presente une importance capitale ; cepen-
1 Capart, /a Fete de frappcr les A710U, dans la Revue d'/iisloirc des religions, XLIII, 1901, pp. 252-253.
dant, comme l'etude de ce sujet va noiis conduire ä traiter de questions quelque peu en dehors du domaine de l'art decoratif, il sera preferable de le reserver pour la ün de ce chapitre, lorsque noiis aiirons termine Texamen des objets decores de l'epoqiie primitive.
-J^^-iZ.
Fig. 95. — • Caisses rectangut.aires en potekie avec representations diverses.
Mobilicr. Le mobilier des primitifs egyptiens — on se l'imagine facile-
ment — etait fort rudimentaire. Les materiaiix qii'ils employaient k cet iisage, moins resistants qne l'ivoire oii la ceramiqiie, ont ete detruits, oii ä peu pres, par l'action du temps. Ne nous etonnons donc pas si nous n'avons que peu de renseignements a ce sujet. II faut atteindre les debuts de la periode historique pour trouver des indications precises.
Foyer. Mentionnons cependant quelques objets mis au jour par les
fouilles recentes, et, d'abord, les foyers des maisons primitives, dont M. Petrie a retrouve quelques exemplaires dans la petite ville prehistorique qui se pressait autour du plus vieux temple d'Osiris, a Abydos. Ces foyers ressemblent fort a des cuvettes en terre cuite.
On y faisait brüler du charbon de bois, et Tun d'eux contenait encore quelques cendres.
Tous portent sur le plat du bord, incises dans la poterie, des motifs imitant la vannerie. Deux specimens surtout sont curieux. Le dessin represente un serpent dont la tete s'inflechit vers le foyer et semble s'avancer au dessus du feu. Le decorateur, remarque M. Petrie, a associe ragathodemon — le fetiche domestique] de l'epoque prehistorique — avec la place du foyer ' (fig. 96).
Fig. 96. — Foyers kn tekrf: decorks de Motifs imitant la Vannerie.
Nous avons dejä parle des fragments de raeubles garnis de vannerie decouverts dans les tombes royales. Les fouilles de M. de Morgan, a Negadah, de MM. Amelineau et Petrie, a Abydos, et de M. Qaibell, a Hieraconpolis, n'ontmalheureusement mis au iour que des fragments peu importants, qui ne donnent qu'une idee tres vague du mobilier ä l'epoque primitive. On n'a trouve que des debris de coffrets et de sieges ou lits bas. Ils permettent cependant de constater que les pieds qui soutenaient ces meubles avaient la forme de jambes de taureaux et etaient traites dans une maniere qui rappeile ä AL Petrie les oeuvres italiennes du cinque cento plutot que les oeuvres archaiques (fig. 97).
1 Petrie, Excaiuitions at Abydos, dans Man, \\ et 8 ; Ahydos, I, pl. Liii, 13-18 et p. 25.
2 Petrie, Royal tomhs, I, p. 27.
i, n" 64, p. 89, et fig. 6, 7
Meubles.
divers.
Une remarque surtoiit y est interessante, c'est le goüt prononce des decorateurs pour rincrustation. Les petites plaquettes en ivoire, en bois, en terre emaillees, avec des lignes incisees, sont tres nombreuses *.
Fig. 97. — PiEDS DE Meubles en Ivoire en forme de Jambes
DE Taureau.
Les motifs qiii inspirent les decorateurs sont empruntes siirtout aux nattes, aiix filets, aiix pliimes. On se seit anssi de la figure hu-
' Petrie a decouvert ä Abydos un giand nombre de tuiles en terre emaillee
ayant servi ä la decoration des murs. Voir Petrie, Abydos, II, pl. viii et p. 26.
Cela oblige h entierement reviser les opinions emises dans Borchardt, zier
maine comme support, et deja Fon troiive ces captifs agenouilles servant de support des sieges comme on les rencoiitrera pendant la periode historique ' (fig. 14).
Certains fragments en ivoire decouverts a Hieraconpolis sont peut-etre des bias de fauteuils ; ils sont ornes de figures d'animaiix du meme st5'le que Celles relevees siir les manches de couteaux. On y remarquera principalement des animaux fantastiques, au cou demesurement allonge ; parfois un homme, debout, saisit de chacune de ses mains le cou d'un de ces animaux dans une pose qui nous est surtout familiere dans l'art mycenien et chaldeen - (fig. 98 et 99).
Fig. 98. — Fragments de Meubles en Ivoire avec representations diverses.
Les memes fouilles de Hieraconpolis ont mis au jour des cylindres en ivoire, decores de figures d'hommes et d'animaux, traites dans le meme style. A en juger par le sceptre decouvert a Ab}'-
Geschichte der Pyramiden I. Thür ans der Stitfeyipyraiuidc hei Sakkara. Berli?ier Museum, «° 118 5, dans la Zeitschrift für äa^yptische Sprache, XXX, 1892, pp. 83- 87 et pl. I. — WiEDEMANX, Campte rendu de Ouibell. Hieraconpolis, I, dans la Orie7ita listische Litteratur Zeitung, III, 1900, col. 331.
1 QuiBELL, Hieraconpolis, I, pl. XI et p. 7 ; II, p. 37.
2 Ouibell, Hieraco7ipoHs, I, pl. xii, xiii, xiv, xvi, xvii, xxxii : animal fanlastique, pl. xvi, 2, et xvii. — Evans, ihe Myceiiaan Tree and Pillar Cult arid its Mcditerrajiean Relations, with Illustrations from Recerit Cretan Finds. Londres, 1901 (reprinted from the Jourrial of Hellcnic Studics), pp. 65 et suiv. et fig. 43, 44, 45. Nous aurons l'occasion de revenir plus loin sur ce point.
<ios on peilt les considerer comme les fragments d'im sceptre. Un de ces cylindres, siirtout, au nom du roi Nar-Mer, est interessant, parce qu'il offre un curieux exemple d'inscription pictographique et hieroglyphique analogue ä Celle gravee sur une plaque en schiste du Musee du Caire, dont nous parlerons plus loin^ (fig. loo).
MkM
Fig. ioo.
Cylindres en ivoikk decokes de figukes diverses.
Si l'on veut bien se rappeler les divers types de decoration qua nous avons eu l'occasionde passer en revue,une constatation surtout paraitra frappante. Les primitifs egyptiens etaient de precis observateurs de la nature, Thomme, les plantes, les animaiix leur servant presque exclusivement de modeles. Rarement nous avons rencontre ce qu'on pourrait appeler un ornement geometriqiie en dehors de ceux qui naissent spontanement de l'imitation des materiaux mis •en Oeuvre par l'industrie primitive et surtout par la vannerie.
i Petrie, Royal ioinbs, II, pl. ix, i.
^ QuiBELL, Hieraconpolis, 1, pl. xv ; 7, inscription de Nar-Mer.
En somme, le genie decoratir, qu'il faut bien distinguer du penchant poiir la decoration, semble avoir manque aux primitifs egyptiens. Ils n'oiit tire, il faut bien l'avouer^ qu'un assez.
Fig. ioi. — Marques de poteries.
Hommes, elephants, hippopotames, lions, antilopes, girafes, oiseaux,, plantes, reptiles, barques, etc.
mediocre parti des motifs naturels qu'ils copiaient. Cette mediocrite est surtout flagrante dans les«poterie3 decorees», et Tonpeut meme se demander si le primitif qai tragait sur l'argile des representations de barques, d'oiseaux, de plantes, de gazelles et d'hommes voulait reellement decorer le vase ou bien s'il avait un but different. L'art pour l'art est, je pense, une exception che/ les peuples primitifs, et le but esthetique doit etre bien rarement vise chez eux. L'etude que nous ferons des peintures de la tombe de Hieraconpolis nous permettra, je pense, d'elucider en partie ce point, d'une importance capitale pour la juste appreciation de l'art decoratif des primitifs egyptiens. L'ancien empire egyptien ne differe pas enormement, a ce point de vue, de l'epoque primitive et dans ce domaine, encore une fois, il nous est fort difficile de trouver de profondes modificationsentrelesdeuxperiodes; il n'ya,je pense, rien qui empeche de considerer l'art decoratif des contemporains des IV^, V^ et VP dynasties, comme la suite logique et le lent developpement des principes mis en oeuvre par leurs lointains predecesseurs des temps prehistoriques. J'espere montrer tout a l'heure que les decors des murs des mastabas de l'ancien empire ne sont autre chose que le developpement de l'idee qu'exprimaient les primitifs en ornant leurs poteries de figures peintes. Les memes tombeaux ne nous montrent k cöte des scenes et des motifs empruntes directement ä la nature que l'imitation des pierres dures, de la vannerie ou meme de la boiserie ' .
Revenons ä ces dessins graves sur les poteries et que l'on Marques de peut ä peine regarder comme une decoration. Le but de ces poteries. lignes incisees semble avoir ete different, sans qu'il soit possible, ä l'heure actuelle, de le determiner toujours avec precision. Ainsi que l'a reconnu M. Petrie, il semble bien que dans certains cas il s'agisse d'une marque de propriete, diverses poteries dans une seule tombe portant la meme marque -,
Souvent aussi on doit, je crois,les considerer comme une Sorte de signature mise par le potier sur les vases qui sortaient de ses mains. M. Petrie m'a fait remarquer que ces marques ont toutes ete gravees apres la cuisson du vase.
1 Petrie, Ei^yptian Jecorative Art, pp. 44 et 89, et chap. iv, Stiuctural decoration .
^ Petrie, NaqaJa^ P- 44-
Ce qui est surtout a reinarquer, c'est qu'on les a d'ordinaire relevees sur deiix categories de vases : les vases rouges a bord superieur noir (black topped) et les vases rouges brillants (red polished). Jamals on n'en a troiive sur les vases que nous avons etudies plus haut (cross lincd et decorated pottery) '.
Si maintenant nous cherchons a la suite de M. Petrie a classer ces marques en diverses categories, voici ce que nous remarquerons
La figure humaine n'apparait qu'exceptionnellement ^ ; une seule
fois nous voyons un homme, dont un animal difficile ä identifier
avec precision semble devorer la tete, rappelant ainsi le personnage
mythologique mahes ^.
Les figures d'animaux se rencontrent plus frequemment et, sauf une exception, elles different peu comme style des representations peintes sur les vases, ressemblant peut-etre davantage a celles des vases a peinture blanche (cross lincd). Les types les plus usuels sont l'elephant, l'hippopotame, diverses especes d'antilopes et peut-etre aussi la girafe ^.
L'oiseau n'est pas aussi frequent et les especes representees ne sont pas facilement identifiables ; on reconnait cependant l'oiseau ä pattes allongees et au cou recourbe en S, si frequent sur les poteries decorees ".
Le crocodile et les serpents sont souvent employes "; les motifs
1 Petrie, Ä^'aquda, p. 44.
'^ Les marques D. 20 proviennent d'une palette en schiste, ce que Petrie a neglige d'indiquer dans Diospolis. L'original est ä l'Ashmolean Museum, ä Oxford, et a ete reproduit plus haut ä propos des palettes avec decor incise.
^ Petrie, Naqada, pl. u, i, 2, 7.
* D'apres Pleyte, ChapUrcs supplcmentaires dti Livre des morts, I, p. 4 1 , « ce n'est qu'apres la XX^ dynastie que le titre ou nom de Makes devient un nom dedieu». Je crois les representations de ce dieu rares. Je citerai le naos D 29 du Louvre (Pierret, Pantheon egyptien, fig., p. 79), un manche de fouet au musee de Leide, I, 77 (Leemans, Monuments, II, pl. lxxxiv), et un boomerang magique de rUniversity College de Londres, de la XU® dynasiie.
^ Petrie, Naqada, pl. li, 7 27; Diospolis, pl. xx, 13-29. — Mac Iver and Mace, El Atnrah and Abydos, pl xvii, 19-24. — Newberry, Extracts frovi niy Notebooks, V, n" 37, dans les Proceedings of the Society of Biblical Archaeology, XXIV, 1902, p. 251, et pl. I, 5..
•^ Petrie, Naqada, pl. li, 28-32 ; Diospolis, pl. xx, 30-35 ; xxi, 51.
^ Petrie, Naqada, pl. Li, 33-38 ; Diospolis, pl. xxi, 36 43.
floraux se bornent ä une esquisse sommaire du palmier et de quelques especes vegetales qu'on n'arriverait pas aisemeiit ä determiner *.
Les bateaux, bien qu'ils soient rares, ne manquent pas totalement, et ils ne rappellent que dune fagon fort peu precise ceux que nous avons releves sur les poteries decorees '\
Teiles sont ä peu pres les seules representations qu'il soit possible d'expliquer ä premiere vue. Avant de continuer notre examen des marques nous devons nous poser une question assez importante.
Rencontre-t-on parmi ces figures faciles ä identifier des signes Hiero 1 que nous pourrions appeler des « hieroglyphes » ? En d'autres phes temies devons-nous considerer l'ecriture hieroglyphique comme primitifs (?) une importation de conquerants venus d'Asie, de la 'haute Xubie ou d'une autre region, ou bien est-il possible de relever sur les objets ayant appartenu aux primitifs quelque chose qui pourrait faire soupgonner chez eux l'usage d'une ecriture dont les hieroglyphes posterieurs ne seraient que le developpement ?
Rappeions quelques remarques de M. de Bissing au sujet de l'origine africaine des hieroglyphes.
« L'ecriture hieroglyphique, dit-il, presente, ä mon avis, un caractere tout egyptien. Une assez grande et tres ancienne partie des signes est constituee par des plantes et des animaux. Le papy-> rus est bien certainement une plante d'Egypte ; or, un groupe^ frequent dans le sens de verdoyant, en represente la tige et la fleur. C'est d'ailleurs l'ecusson de la basse Egypte et le signe pour le nord. Quant au lotus, on le rencontre si souvent que le signe pour viille en eg3^ptien n'est autre que la tige de la NyjnpJia'a avrulea avecune feuille nageant sur l'eau. Des fleurs de Nvmpluva sur un bassin sont la forme la plus ancienne du signe 6, oü entre plus tard le papyrus. Je ne sache pas que la Nymphoia avrulea et la Nymphaia lotus soient originaires d'Asie; et ce sont ces plantes precisement, comme l'ont prouve MM. Borchardt et Grifiith, qu'on rencontre des les plus anciens temps en Egypte, tandis que la
^ PpviRiE, NaqaJa, pl. Lii, 52-69 ; Diospalis, pl. xxi, 53-72. — M.vc IvER and Mace, El Anirah and Abydos, pl. .xvit, 25-29.
2 Petrie, Naqada, pl. \A\, 70-71 ; Diospolis, pl. xxi, 52.
Numphoea nelumbo, probablement de provenance asiatiqae, ne se troiive qiie siir les monunients de la basse epoqiie.
» Pour les animaux, le resultat est le meme : ni le crocodile ni l'hippopotame siirtout, qu'on ne pourrait separer de la civilisation archaiqiie, des premieres conceptions mythologiques des Egyptiens, n'existent en Asie (les especes des Indes different sensiblement des especes africaines figurees siir les moniiments). L'aigle (en realite im vautour noir), le vaiitour a tete niie, oiseau sacre de la deesse Moiit, l'epervier (qu'on devrait nommer faiicon), la chouette et, avant tont, l'ibis offrent des types absolument africains oii, du moins, ne sont nullement caracteristiques de l'Asie.
« II en est de meme des difterentes especes de fauves comme le chacal, Symbole de divers dieux des morts (on me dit que c'est plutot im renard), les gazelles (parmi elles XOryx lenkoryx inconnu en Asie), l'elephant meme, qiii presente le type africain, l'hyene et beaucoup d'autres. Si nous en venons aux serpents, aux insectes et aux poissons, partout nous trouvons des especes connues des lors comme egyptiennes : XiLvoms, le scarabee, le scorpion et differents poissons qu'on voit dans les hieroglyphes et que l'on retrouve dans les peintures murales de l'Ancien Empire. Remarquez qu'au nombre des animaux mentionnes il y en a que les anciens Egyptiens ont du connaitre longtemps avant de leur attribuer le sens conventionnel qu'ils ont regu. Combien de fois a-t-on du voir l'hippopotame sortir la tete de l'eau pour prendre l'air avant de trouver dans la tete de cet animal sortant des eaux l'expression parlante pour ce que nous nommons wie miniite f Bien longtemps, les anciens Egyptiens ont du observer le scarabee faisant des boulettes avec des ordures avant d'y voir le Symbole de la creation perpetuelle, de la formation de l'oeuf. Si l'hippopotame, a la rigueur, a pu frapper les nouveaux venus des leur entree en Egypte et leur suggerer cette idee bien curieuse de symboliser l'instant, il ne peut guere en etre de meme pour le scarabee. En tout cas, les Egyptiens, avant de venir en Egypte, n'ont pas pu avoir une expression pour le mot instant et devenir, puisque les mots memes qui designent ces idees sont originaires d'Egypte ^ ».
1 F. DE Bissing, les Origines de l' Egypte. dans V Anthropologie, IX, 1898, pp. 409-41 1. II me semble qu'il y a dans ces dernieres lignes une verilable con-
S'appuyant, d'ime part, siir ces observations, et, d'aiitre part, sur les marques de poteries et les graffiti dont nous parlerons plus loin, M. Zaborowski concluait qu'il fallait chercher en realite dans ces marques et graffiti l'origine de l'ecriture hieroglyphique \
Ces conclusions sont assez hardies si Ton juge seulement d'apres ce que les fouilles des dernieres annees ont fait connaitre. J'inclinerais cependant ä adopter l'opinion de ces auteurs, quoique je ne puisse baser cette appreciation que sur des points encore assez douteux.
Les inscriptions de la V^ dynastie n'ont pas l'aspect d'hieroglyphes en voie de formation; les concordances des dates de successiori avec Celles des rois de l'Ancien Empire, telles que M. Petrie les a etablies a la suite de ses fouilles dans le temenos d'Osiris ä Abydos, laissent peu d'espoir pour le moment de decouvrir ces hieroglyphes qui formeraient le lien entre les marques de poteries, les graffiti et les hieroglyphes classiques. On peut se demander cependant si le hasard des fouilles ne fera pas decouvrir un jour quelques monuments de ces « adorateurs d'Horus » dont M. le professeur Sethe vient de remettre en lumiere le veritable role - .
Les marques de poteries dont nous avons parle jusqu'ä present comprennent peu d'hieroglj^phes. Citons d'abord un signe representant la plante du sud ^, puis un, qui n'est autre que la couronne de la basse Egypte ^, la couronne de la deesse Neith d'origine libyenne, comme nous avons eu l'occasion de le noter plus haut et, par consequent^ pourrait tres bien avoir ete introduit comme signe pictographique dans un Systeme d'ecriture dejä tout constitue.
Je rappellerai encore le signe grave sur une palette en schiste
fusion que, j'en suis persuade, l'auteur ne ferait plus aujourd'hui. Voir Erman, Aegyptische Grammatik, 2® edit. Berlin, 1902, § 36, p. 17.
' Zaborowski, Origines africaines de la civilisation de I'a7icie7ine Egypte, dans \2. Revue scie7itißqtce , 4« serie, XI, 11 mars 1899, pp. 293-294.
'^ Sethe, Beiträge zur ältesten Geschichte Aegyptctis (Utiters2uhu7igen zur Geschichte mid Alterthnmsktmde Aegyptcns, herausgegeben von Kurt Sethe, III, i), pp. 3-21 : die « Horusdie^ier ».
3 Petrie, Naqada, pl. MI, 74.
* Petrie, Naqada, pl. ui, 75.
et qui est rembleme du dieu Min et qu'on retrouve assez souvent parmi les marques de poteries ' et qui a pu ne devenir un sigiie hieroglyphique que par l'adoption d'un dieu indigene par des populations conquerantes. II semble encore que Ton puisse
reconnaitre le signe n, ce qui confirmerait l'interpretation que j'en
ai donnee il y a dejä quelques annees - (fig. 102).
Fig. 102. — SiGNES hiekoglyphiques (?) DE l'epoque pkehistorique.
Un dernier signe que Ton releve sur les poteries, oü il n'est pas possible de l'identifier ', se retrouve vraisemblablement sur une inscription interessante decouverte dans la tonibe du roi Den de la V^ dynastie, et dans laquelle, du reste, il est reste inexplique *.
Ce sont lä des indices bien faibles et qui n'autorisent pas de conclusions serieuses. Je crois que jusqu'a nouvel ordre il n'est pas permis d'affirmer que les primitifs Egyptiens aient ete en possession d'un Systeme d'ecriture hieroglyphique.
Possedaient-ils une autre espece d'ecriture ? Une des plus grandes surprises des dernieres decouvertes a ete de s'apercevoir
1 Petrie, Naqada, pl. liii, i 17-122 ; Diospoiis, pl. xxi, 67, 69, 73-79.
^ Petrie, Diospolix, pl. xxi, 48, 68 et 97. — Capart, NijIc sur la decapitation en Eg\>pte, d&w^ Va. Zeitschrift für ägyptische Sprache, XXXV^l, 1898, pp. 125-126.
^ Petrie, NaqaJa, pl. ui, pp. 78 et suiv.
* Petrie, Royal toinbs, I, pl. x, 11, et pl. xvi, 20; II, pl. xxvi, 59, et XXVII, 102.
Voir Evans, Arthur J., Further Discoveries of Crctan and Aegeaii Script with Libyan and ProtoEg\ptia7i Coinparisons, dans le Journal of Helletiic Studies, XVII, 1897, p. 378. '^
que p3ut-etre ils employaient des caracteres alphabeti/ormes i, et ces caracteres ont precisement ete releves parmi les marques de poteries. Ce sont Celles qui doivent noiis occuper ä present.
Au coiirs de ses fouilles de Negadah, M. Petrie avait releve im certain nombre de marques de formes geometriques et il constatait que «peu d'entre elles etaient frappantes et ressemblant ä une serie alphabetique quelconque. Jamals non plus, ajoutait-il, on ne les rencontrait groupeesde fa9on asuggerer qu'on y attachait des idees constantes » -.
Mais les fouilles dans les tombes royales d'Abydos devaient apporter des materiaux nouveaux pour l'etude de cette question, et les recherches de M. Evans sur les pictographes cretois et les systemes lineaires du monde creto-egeen avaient prepare la voie aux conclusions que M. Petrie allait en tirer.
L'examen de cette question pourrait nous entrainer loin de notre sujet, et je suis oblige de me contenter de quelques indications sommaires en renvoyant aux ouvrages oü le lecteur pourra trouver des renseignements plus complets -^
M. Petrie releva sur les poteries des tombes royales de la premiere d^niastie une serie de marques qui immediatement se revelerent comme identiques aux marques alphabeti formes des vases prehistoriques. En meme temps il confirmait ce que M. Evans avait deja note, c'est-a-dire l'identite des alphabets lineaires creto-egeens et des marques de poteries decouvertes en Egypte ä Kahun et Gurob, sur des monuments contemporains des XIP et XVIIP dynasties egyptiennes. Cette fois, un pas de plus etait fait en montrant que ces marques des XIP et XVIIP dynasties mises en tablescorrespondent exactement aux marques des tombes royales de la P^ dynastie et des poteries prehistoriques. Enfin, les alphabets primitifs de la
1 J'ai besoin de m'excuser de ce terme barbare qui presente, a mes yeux l'avantage de ne pas prejuger la question de la valeur de ces signes.
- Petrie, Nagada, p. 44. etpl. Liuetsuiv. ; Diospolis, pl. xxi-xxni. — Voir encore quelques marques dans Mac Iver and Mace, El Ainrah and Abydos,
pl. XVII.
^ Petrie, Royal toinbs, I, pp. 31-32.
Evans, Primitive Pictiigraphs and a Pnt-Phoinician Script fr om Cr ete, dans le Journal of Hellenic StudieSj XIV, 1894, pp. 270 et suiv., et Londres, Quaritch, 1895 ; Flirther Discoveries of Cretan and Aegean Script : with Lihyan and Prolo- Egyptian Coinparisons, i'nd. ,XVil, 1897, pp. 327-395, et Londres, Quaritch, 1898,
SERfii, tlie Mediterrancean Race : a Study of thc Origin of European People. London, i9oi,pp. 296-305 et fig. 79-93.
Carie et de l'Espagne presentaient ime serie de signes identiques. Si Ton examine le tableaii dresse par Petrie \ on remarquera qua peu de signes manquent ä l'une quelconque des series et qua las signes qiii se retroiivent dans toutes presentent rarement des variantes s'ecartant d'ime fagon notable des signes les plus anciens (fig. 103). C'est donc un Systeme bien fixe des l'origine et qiii
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