BONAPARTE EN ÉGYPTE
H.-MAURICE ORANGE (Exposition des Champs-Elysées)
Après s’être distingué en 1 893 par son envoi intitulé les Défenseurs de Sara- (josse, composition cpii avait fait prévoir en lui un artiste d avenir, M. Orange a donné cette année une œuvre plus importante, et du même caractère : un épisode delà campagne d’Egypte. Bonaparte assiste à l'ouverture d’un sarcophage; on est en plein désert, les Pyramides ferment l’horizon; pendant qu’on soumet le pays, après le Caire, Saint-Jean d’Acre, lléliopolis et les grandes batailles qui l’ont fait maître du terrain, Bonaparte, qui a eu le soin de demander a la Comention de former une commission de savants attachés à son état-major, suit d un œil attentif les travaux de ceux qui vont fonder la science de l’Egyptologic. Le monde entier sera redevable de ce bienfait au grand esprit qui, a travers tant d’exactions et de tristes résolutions, animait la Convention, ce grand corps do l’Etat qui organisait après avoir fait table rase. Ce jeune général, qui demain relèvera le titre de César et se fera plus grand que Sésostris, est peut-être en face d’un des grands Pharaons ; on a dépouillé la momie de ses bandelettes et Bonaparte, pensif, semble vouloir lui arracher son secret. M. Orange a bien compris l’idée qui domine un tel sujet, Bonaparte rêveur en face de cette étrange figure d une momie sur laquelle pèse le poids de six mille ans d’oubli ; le nouveau monde, incarnation de l'idée nouvelle en face du vieux monde écroulé ; voila ce qui frappe l’imagination. Et le peintre groupe autour de ce spectacle unique le pittoresque de la mise en scène et les épisodes qui ont pu le caractériser. Kléber qui s’y connaît en stratégie et en grands coups d’épées sourit a la momie, les savants entourent le jeune général tête nue sous le soleil ardent. Tout cela fait penser; un jour, plus tard, un Français viendra : Champollion arrachera à ces morts enveloppés dans leurs bandelettes, le secret de leur existence, leur nom, leur âge, leurs titres et leurs hauts faits, et, le premier, il déchiffrera les Hiéroglyphes.
M. Orange n’a que vingt-huit ans, il promet encore, et a déjà tenu. En i893 il a obtenu le prix du Salon et compte déjà deux toiles connues, les Médaillés de Sainte-Hélène ( 1 89 1 ) et les Défenseurs de Sara- (josse ( 1 89.3). Il a fréquenté trois ateliers, ceux de M. Gérôme, de M. Ed. Détaille, enfin celui de M. brancois Flameng.