LE NU
Nous avons fait choix, pour composer ce numéro, parmi les peintres et les sculpteurs qui ont essaye de faire exprimer des sentiments ou des idées par des attitudes, sans d'autres ressources que la forme humaine, le geste et l’expression.
11 ne vient jamais ii la pensée du spectateur qui s’arrête devant une statue antique, l’Apollon du Belvédère, la Vénus de Médicis ou la Niobée, de supposer que l’artiste, de quelque nom qu'il s'appelle, ail eu pour but d'éveiller une pensée peu chaste. Dans le temps « où trois mille dieux n avaient pas un athée », l’homme et la femme, vêtus de grandes draperies flottantes qui laissaient aux mouvements du corps toute sa souplesse et sa grâce, ne répugnaient point a dépouiller tout vu te ment et a enduire leur corps poui entrer dans le Gymnase ou la Palestre, et se livrer à la danse pyrrhique et aux luttes destinées a développer la force et à montrer la grâce de leurs mouvements. En réalité, il n’y a point de doute que le nu n offre la plus haute expression de la beauté, qu’un beau torse ne soit par lui-même un beau tableau, qu’un mouvement qui met en relief les formes humaines, n’offre aux yeux, par la seule harmonie des lignes, un spectacle aussi noble et aussi plein de charme qu’une symphonie musicale qui nous enchante et caresse nos oreilles.
Je ne répondrai point que nos artistes modernes aiént eu des vues aussi désintéressées et aussi hautes ; cependant la sculpture, qui n’a pas les mêmes ressources que la peinture et qui parle moins à notre imagination, est restée fidèle au culte du nu, et si on peut citer dans nos expositions un certain nombre de toiles dont la chasteté n’est pas le premier mérite, il reste encore nombre d’artistes qui, comme ceux de l'antiquité, ne cherchent en reproduisant le corps humain que la plus haute expression de la beauté plastique, source éternelle la plus féconde et la plus digne de les inspirer.
Les dieux et les déesses ne sont plus â la mode, les autels sont renversés; il nous faut descendre de l’Olympe et du Parnasse et assister k des spectacles moins épiques.
TEXTE DES GRAVURES