L’HIVER
HENRI GERVEX ( Exposition du Cercle Volney)
Peintre obstiné de la vie moderne dans ce qu’elle a de plus vivant, ce n’est qu’aux premières années de sa carrière que M. Gervex, par deux fois, a traité un sujet ou peint une figure classique, une Diane et un Enchjmion. Immédiatement émancipé, il peint ce qu’il voit, et fait de l’histoire pour l’avenir, s’inspirant de nos façons d’être, de nos usages, nos divertissements, nos occupations, au besoin même de nos modes, puisqu’il peint volontiers des jolies femmes élégantes. Ajoutons, pour caractériser la personnalité de l’artiste, qu’il est arrivé fort jeune, avec beaucoup d’éclat, que sa palette est claire, sa couleur harmonieuse, que telles ou telles de ses toiles qui représentent des grandes scènes de la vie parisienne seront un jour des documents précieux tout en restant des œuvres d’art. Ses œuvres ont eu une importance comme propagande et même comme programme d’Eeole, il fut à la tête des peintres qui essayaient de réagir contre la couleur sombre, les tons obscurs, la lourde atmosphère dans laquelle certains de ses devanciers noyaient leurs compositions.
L ’ Hiver n’est qu’une simple carte de visite envoyée cette année à l’Exposition du Cercle de la rue Volney. Le sujet parle de lui-même : malgré la neige et la bise, une Parisienne se promène au Bois, bien abritée dans sa fourrure, le col relevé et les mains cachées dans le manchon. On remarquera que la dame n’a rien voulu perdre de sa taille et a reculé devant le manteau fourré qui l'eût privée de ses avantages.
M. Gervex est un jeune de quarante-deux ans; il peint en ce moment une toile de dimensions considérables pour le Musée de Versailles. Toujours à l’avant-garde, il n’est jamais tombé dans les excentricités qu'on reproche à quelques artistes d’un réel talent. Après avoir oblenu à l’Exposition des Champs-Elysées sa première médaille en 187.5, l’artiste a été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1882 et fait officier de l’Ordre en 1889.