LA PREMIERE ETOILE
LECOMTE DU NOÜY (Exposition des Champs-Elysées)
les types et
M. Lecomte du Noüy s’est inspiré d’une coutume juive qui a beaucoup de caractère, et il a donné pour cadre à son sujet la Première Etoile, les horizons de la ville de Tanger, du Maroc. Toute une famille juive, depuis les vieillards jusqu’aux enfants les plus jeunes, s’est réunie sur la terrasse d’une maison du Barrio des juifs à Tanger et attend l’heure qui verra la fin du grand jeûne. Un rabbin, à gauche du tableau, tient à la main les rouleaux des prières, tous épient dans le ciel l’apparition de la première étoile. La ville de Tanger, dominée par la Mosquée, se détache à l’horizon sur des collines qui déjà disparaissent dans les brumes du soir. Un grand caractère religieux marque cette scène de la vie juive que l'artiste a observée au pays même, ajoutant ainsi à l’impression du tableau la vérité de la couleur locale, pour pour l'atmosphère même de la contrée.
Si nous avions sur le ravitaillement de Paris au XV0 ou au XVP siècle un document aussi précis, aussi consciencieux pour l’endroit lui-même, c’estk-dire pour les Halles Centrales, pour ses types, pour la nature des produits, le caractère des hommes, celui des choses, et enfin pour la vérité architecturale des fonds ; ce tableau de M. Lhermittc serait encore plus précieux pour nous. Les Conseillers municipaux de Paris, en décorant leur nouvelle résidence livrée k l’incendie en 1871, ont voulu que les divers aspects de la Capitale, ses vues, scs monuments, ses coutumes fussent reproduits sur les murailles, et que l’ensemble constituât un musée moderne où les faits, dans leur réalisme, et les idées modernes glorifiées et symbolisées, nous montreraient, k côté de M. Puvis de Chavannes, un peintre comme M. Roll, et M. Lhermittc, qui nous donne ici l’idée absolument exacte du mouvement qui se fait k la Pointe-Saint-Eustache aux premières heures du matin. L'agglomération, l’entrecroisement, des épisodes dont se compose ce grand ensemble, l’apparition des types divers sont particulièrement bien rendus; et nous avons bien lk l’amvagc des denrées de toutes sortes sur -ce qu’on appelle «le Carreau des Halles».
M. Léon Lhcrmitte est un artiste désormais hors de pair par toute une séx’ic de succès ; né en i845 k Mont-Saint-Père, département de l’Aisne; il ne se réclame que de l’Ecole de dessin de Lecoq de Boisbaudran ; ses œuvres les plus connues sont les suivantes : la Paye des Moissonneurs — le Vin — la Moisson — la Fenaison — Claude-Bernard et Sainle-Claire-Deville — l'Ami des Humbles. Après avoir eu le grand prix en i889, M. Llicmhtte a été fait officier de la Légion d’honneur en 1894. En somme M. Lhermittc s’est fait sui'tout le peintre de la vie agricole, il a gloi’ifié le Travail de la terre dans toutes ses manifestations, il a chanté les produits du sol sous la forme du blé, de la vigne et des céréales ; et il se plaît encore, dans toute une série de petites vues de village d’une extx'ême variété, exécutées le plus souvent au fusain, k nous traduire les impressions qu’il ressent en face de la nature.
LA BECQUEE