LES BOUQUINEURS
M. Jean SALA
(Salon des Champs-Elysées)
C’est encore un des métiers de Paris qui fournit ce sujet de tableaux et le spectacle qu’il offre est visible depuis le pont Royal jusqu’à file Saint-Louis. Le Bouquiniste résiste à tous les changements de la capitale, c'est une institution française, nationale, un commerce populaire, il est bienvenu aux yeux des Parisiens, et quelques-uns de nos vieux bibliophiles parisiens racontent d’un air victorieux les chances heureuses qu’ils ont eues sous Louis-Philippe ou la seconde République au moment fortuné où on trouvait encore pour cinquante centimes un exemplaire du Pastissier François, ou un incunable qui aujourd’hui se paierait un gros prix. Ce genre de tableaux rentre dans Y Illustration, il vaut surtout par l’exactitude du type et du caractère ; M. Sala a dù errer sur les quais, suivre ses modèles, les épier jusqu’à l’hypnotisme, et, rentré chez lui, les a traduits sur sa toile avec une parfaite exactitude.
Ce temps est passé et les deux bouquineurs que nous montre M. Sala sont ultra-modernes, j’en atteste leurs chapeaux, les cheveux du Bouquineur, ceux de sa compagne qui sentent le quartier latin et respirent la Décadence. M. Sala a dépassé la quarantaine, il est élève de M. Gustave Courtois ; on lui doit la Rosée, le Train de plaisir et deux ou trois toiles qui ont été remarquées.
(Salon des Champs-Elysées)
Les petits métiers de Paris servent fréquemment de sujet à nos peintres de genre, ils ont pour le public l’avantage de représenter une scène qu’il a quotidiennement sous les yeux, et il peut sans effort établir la comparaison. M. de Schryver doit avoir dessiné sur nature le type de son marchand des quatre saisons ; celui-ci est d’une espèce particulière : il porte le paletot, la casquette et est accompagné d’un enfant. Ce n’est pas un rural, il n’a pas arrosé les légumes qu’il vend aux quatre saisons de l’année ; il va à la balle au lever du jour et achète aux gros acheteurs et aux Revendeurs ; il a un peu de tout en tout temps, et même il mêle quelques fleurs ti ses légumes au printemps, et des fruits à l’automne. Il est impossible de faire plus nature, et son tableau peut un jour aller au Musée Carnavalet, comme consécration d’un petit métier de Paris au xix° siècle.
Né à Paris en 1862, l’artiste a exposé pour la première fois au Salon en 1876 : il avait alors treize ans ; le fait doit être unique dans les annales de nos Expositions modernes. Depuis, il n’a jamais cessé d’exposer. En 1886 il a exposé avec succès Mes Dernières Fleurs. Mentionné à l'Exposition universelle de i889 avec un tableau intitulé un Deuil, il obtenait en i89i une médaille avec la Fin d’un rêve. Le Jury de l’Exposition universelle de Sydney lui a aussi décerné une médaille.