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temples, s’ils procèdent d’une conception différente et s'ils ne sont pas nécessairement postérieurs à la sculpture à ronde bosse, ont, avec des différences, la même origine et relèvent du même art. Et je n’ai pas besoin de dire qu’il en était ainsi pour un art composite dont il ne reste plus d'exemple aujourd’hui, mais qui, par le luxe et le raffinement des moyens qu’il employait, paraissait aux Anciens merveilleusement apteà rendre l’énergie dela divinité, je veux parler dela grandesculpture chryséléphantine: l’orfèvreet le toreuticien se reconnaissent à la complication des pièces rapportées, à l’enchevêtrement des supports et des armatures, à la combinaison savante des alliages et des couleurs, aux effets cherchés dans l’harmonie ou le contraste des surfaces lisses et des plis d'ombre, problèmes subtils de mécanique et jeux raffinés de lumière, qui plaisaient par-dessus tout à l’âme inventive et délicate des Hellènes.
La peinture, qu’il s’agît des décorations qui couvraient les parois des portiques et des temples, des ex-voto déposés dans les sanctuaires ou des simples tableaux de chevalet, jouait chezles Grecs un rôle et exerçait une influence dontonne saurait exagérer l'importance. Elle n’était pas sans d’étroits rapports avec la sculpture, quoique la polychromie, connue de tout temps, ne fût plus pratiquée qu'avec des tempéraments à la belle époque : aussi bien était-elle nécessaire et légitime dans ce pays de pleine lumière: et dansces temples, ordinairement sombres, dont seules les portesouvertes permettaient de voir l’intérieur, force était bien d'employer des peintures vives et de recourir aux tons durs et tranchés. En dehors de cet emploi particulier et subalterne, la peinture était partout : sur les murs intérieurs et extérieurs des portiques et des temples, dans les leschés où l’on se réunissait et dans les tribunaux où lon jugeait, sur les monuments funéraires et sur les autels, à l’intérieur des maisons, sur les meubles et jusque sur la panse des vases les plus usuels. I] suffisait d’une surface unie pour que cet art, le plus expressif de tous, rendît non pas seulement la forme, mais
la couleur du monde extérieur; par contre, si les moyens employés étaient simples, la tâche était difficile, aussi les progrès delatechniquene purent-ils être quetrès lents : il fallut chez les artistes toute une accoutuümance de l’œil et de la main, dont nous ne pouvons marquer les progrès, mais qu’encouragea la faveur singulière du public. Celui-ci aimait les peintres et se passionnait pour leurs chefs-d’œuvre, d’où le succès immédiat qu’ils rencontraient et l'influence qu’ils exercèrent, dans la Grèce même et au dehors.
La sculpture et la peinture résument donc bien ou peuvent résumer pour nous l'effort créateur des Hellènes. C’est dansces deux arts majeurs que nous chercherons surtoutnos exemples, et l’on en voit assez bien les raisons pour que nous n’ayons pas besoin d’y insister davantage. Il ne nous reste plus qu’à déterminer la nature des documents dont nous nous servirons, que nous cherchions surtout les répliques ou que nous préférions les monuments anonymes et originaux.
On a vu que nous possédions une foule de menus ex-voto qui datent du vie, du veet du 1v8 siècle, c’est-à-dire des temps mêmes où se préparaientouse créaientleschefs-d’œuvre.Cesont les monnaies (1), une source d’information de premier ordre et à laquelle les archéologues ont trop rarement puisé, et où ils n’ont guère cherché que les reproductions de groupes ou de statues célèbres. Beaucoup de pièces peuvent en effet être dâtées et parfois avec précision, ce qui permet de constater, et presque de mesurer au jour le jour les progrès de l’industrie tout en tenant compte des retards qu’exercent, comme à Athènes, certaines contraintes et ce qu’on pourrait appeler Parchaïsme officiel. Les terres cuites (2) et les vases (3), sauf, si lon veut, certaines amphores panathénaïques, ne sont pas œuvres publiques, ni d'État, mais les humbies potiers ou les coroplastes qui les modelaient et décoraient, par ce fait seul
(1) XOCVI sq. — (2) CV sq. — (3) CXXIX sq.
qu’ils vivaient en même temps que les grands artistes, à proximité et comme à l’ombre de leur atelier, n’ont pas pu ne pas subir leur influence et, si nous savons nous y prendre, nous devrons l’y reconnaître et l’y surprendre. De même, les fondeurs de petits bronzes, les auteurs de statues funéraires (1), les marbriers auxquels nous devons les stèles mortuaires (2) et à plus forte raison les décorateurs des temples. Tous ces monuments sont contemporains, etquoique à des degrés différents, la même âme les anime : nous y retrouverons partout visible le reflet des grands artistes et partout empreinte l'influence de leurs chefs-d’œuvre.
On comprend dès lors que nous recherchions plutôt les documents humbles, mais exacts et fidèles, que les répliques, postérieures et indirectes, des œuvres célèbres. Ces répétitions de marbre, tardives et faites par les Romains dans une matière étrangère, sont dues à des artisans incapables de bien copier et qui, le plus souvent, imitaient plus qu’ils ne copiaient (3). Les qualités de loriginalne peuvent que disparaître en passant à travers tant d’intermédiaires, et nous devons faire la part large à l’inexpérience, à la maladresse et à l'ignorance. Si l’on ne peut demander aux humbles décorateurs de Pompéi de nous donner l’idée d’un tableau de Parrhasios ou de Zeuxis, on comprendra que les marbriers qui travaillaient pour les affranchis des Césars, ou même pour leurs maîtres, ne peuvent aucunement nous rendre les originaux, qu’ils imitaient le plus souvent de seconde ou de troisième main. Les plus habiles, vivant à une autre époque, n’avaient ni l'éducation de lœil nécessaire, ni les traditions d’atelier, et l’air du temps même était différent. Si nous avions à faire l’histoire de Part grec, nous devrions, faute de mieux, recourir souvent à ces répliques, où nous retrouvons au moins le souvenir des chetsd'œuvre disparus; mais comme ce que nous cherchons surtout
(1) LXIIT. — (2) LXIV. — (3) VI, t. I, p. 318 sq.
à déterminer est le caractère essentiel et la marque propre de l’art grec, nous avons chance de les rencontrer, en traits plus vifs et plus précis, dans des productions moins prétentieuses et plus modestes, mais nées sous l'inspiration immédiate et comme au contact des grands chefs-d’œuvre. Une méthode plus stricte nous force de recourir, sinon exclusivement, du moins de préférence, à ces témoignages contemporains qui, seuls, peuvent nous donner des résultats précis et certains et nous permettent de reconnaître l’essence, l’âme même de l’art grec.