PREMIÈRE PARTIE
Quelle fonction les Grecs assignent-ils à l’art? Ne demandons pas la réponse aux écrivains anciens, poètes et philosophes ; ne discutons pas, avec Platon ou Aristote, de la nature même du beau, et evitons de nous perdre avec eux, comme avec tant d'auteurs modernes, dans les nuages de lPesthétique métaphysique. Allons droit aux monuments, interrogeons-les seuls : ils nous disent avec évidence ce que les Grecs ont demandé à leur art et ce qu’ils en ont reçu.
Ils affirment la vérité de cette formule devenue banale, que art est l’expression de la société. Cette assertion peut en certains cas être contestée, et elle n’est assurément pas absolue; mais en Grèce plus peut-être que partout ailleurs, l’art révèle le lien étroit qui l’unitau milieu d’où il est issu ; il en reçoit sa coloration particulière, sa mission, et, miroir de la société, il en est aussi le docile serviteur.
Les caractères qu’on va signaler apparaissent dès les origines et se maintiennent dans toute leur pureté à peu près jusqu’à la fin du vesiècle. Puis on voit cet idéal social se modifier, et des traits nouveaux surgir avec la transformation de la société dès le 1v£ siècle, qui du reste ne suppriment pas les anciens, mais qui coexistent avec eux et les atténuent.