L'ARTISTE ET LE PUBLIC. LA TRADITION
Ce qu’il faut noter tout d’abord, c’est l’étroite collaboration entre l’artiste et le public. Le premier ne cherche pas à rompre brutalement ses relations avec le second, à en détruire les habitudes visuelles et mentales, pour leur substituer sa conception individuelle ; il ne veut pas être original coûte que coûte, en méprisant tout ce qui n'est pas issu de lui. S’estimant d’une essence supérieure, l’artiste moderne s’enorgueillit de cette scission avec ie public, qu’il proclame même nécessaire. Il y a trop souvent, entre eux deux, une totale incompréhension spirituelle et visuelle, dont nos expositions contemporainesoffrent de nombreux exemples. Rien de tel en Grèce : l’artiste ne peut et ne veut pas abandonner cette langue de lart qui est commune à tous, cette écriture que chacun peut lire, et les remplacer par un idiome inconnu.
Il n’y a! pas davantage, et c’est une conséquence de ce qui précède, de rupture avec le passé. Pas de heurt dans Pévolution artistique, pas de brusque abandon d’un motif, d’un style, au profit d’une création entièrement nouvelle, surgie ex abrupto. L’art grec présente au contraire une étonnante continuité des origines à sa fin. Les artistes acceptent docilement la tradition : ils cherchent, non à combattre leurs devanciers, comme le font souvent les contemporains, mais à porter leurs propres efforts plus loin, dans la même voie, et à ajouter quelque chose à l’œuvre commune, tout comme leurs prédécesseurs y avaient déjà ajouté. Ils n’ont pas de fausse honte à se réclamer d’eux, à s’en dire les élèves : réyvav eidéres ëx nootépuwv, affirment au vi® siècle les deux Argiens Eutélidas et Chrysothémis. Ils