‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 50 sur 124 · LES GROUPEMENTS ETHNIQUES · texte numérisé non relu

LES GROUPEMENTS ETHNIQUES

du Péloponnèse, et ce mélange des vieilles populations va constituer la nationalité attique. Les bannis vont plus loin. Partis des ports de l’Attique et de l’Eubée sous la conduite de leurs chefs, ils se dirigent vers l’est, abordent en Asie Mineure et vainquent à leur tour les premiers possesseurs des côtes ; ils fondent l’Éolide, l’Ionie, cette dernière destinée à devenir, avec ses riches cités, le plus puissant des États grecs sur terre d'Asie. Ce remous de populations, qui dure longtemps, semble terminé vers le x° siècle avant notre ère. Dès ce moment, la nation hellénique est constituée avec ses éléments caractéristiques. Qu'ils soient Doriens, Attiques ou Joniens, tous sont des Grecs, unis par les liens de la langue, de la religion, de la race même, puisque ces Doriens envahisseurs ne sont qu’une caste restreinte dominant l’ancienne population, qui conserve les mêmes traditions séculaires qu’en Attique et en Ilonie (1). |

Cependant, de cette époque date Pantagonisme irréductible entre les Doriens d’une part, les Ioniens et les Attiques de l’autre, qui sera la cause de nombreuses dissensions ultérieures, amènera la guerre sanglante du Péloponnèse et par elle la ruine de la Grèce libre. Les Athéniens savent qu’ils sont d’un autre sang; ils interdisent même aux Doriens Vaccès de leur .Acropole, sanctuaire national ; ils se rappellent leur origine commune avec les Ioniens auxquels les attachent des relations religieuses et politiques. Les descendants des rois de l’Attique n’ont-ils pas conduit en [onie les émigrants, et une loi de l’amphictyonie ionienne n’exige-t-elle pas que chaque ville fédérée soit gouvernée par un descendant de Codrus? Dans la guerre du Péloponnèse, le monde grec est partagé en deux camps ethniques, Doriens du Péloponnèse et loniens d'Athènes, des îles et de la côte d'Asie. À chaqueinstant Thucydide insiste sur cette différence de races; à chaque

(1) Voir plus loin, p. 164.

instant les Doriens orgueilleux rappellent leur antique suprématie (1). « Doriens, dit Brasidas, vous allez combattre des Joniens dont vous flûtes toujours vainqueurs »; et les Corinthiens s’étonnent que les Potidéates, nés Doriens, soient assié-

gés par des [oniens, « ce qui est le contraire d’autrefois ». Cette diversité d’origine explique les différences artistiques 8 pq qui séparent ces groupes. Fondamentales, elles sont accentuées

par les conditions géographiques et sociales. Caste guerrière, qui vit inquiète au milieu des populations conquises, les Doriens sont obligés de maintenir intactes leurs antiques ver- | tus belliqueuses, qui assurent leur prédominance sur la pénin- ; sule. Pleins de mépris pour le travail manuel, ils abandonnent | aux sujets la pratique du commerce, des industries et des » arts. Ennemis dela mer, leur politique est continentale. Au contraire, les Joniens, vivant sur une étroite bande de terrain côtier, habitant les villes où aboutissent les grandes voies de communication de lintérieur, par où circulent les richesses de l’Asie Mineure et de la Mésopotamie, sont commerçants, navigateurs, industriels, et, aucontact des États asiatiques, ils se laissent gagner aux idées et au goût de l’Orient. Les Attiques, dont la presqu'île découpée est peu fertile, demandent de bonne heure leurs ressources à la mer, au commerce, à l’industrie. A égale distance entre le Péloponnèse et llonie, entre la mollesse ionienne et la dureté dorienne, ils sont à même de protiter des avantages que l’un et l’autre leur offrent, de concilier des tendances opposées, et, par ce juste équilibre, de conqué-

rir la suprématie intellectuelle et artistique.

(1) DEONNA, Guerre du Pélononnèse el guerre mondiale, 1923, p. 18.

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