‹ L'art en photographieChapitre 10 sur 55 · Voir : La Pratique en 'photographie · texte numérisé non relu

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entre le ciel teinté et le ciel naturel et direct, dont nous nous occuperons un peu plus tard. Il demande qu'on s'y arrête quelques instants, non seulement parce qu'il constitue une transition, mais encore parce qu'il peut positivement aider à la valeur artistique de la photocopie dans le cas où celle-ci gagnerait à présenter quelques nuages, balançant certains effets ou certaines formes du motif, alors que la nature nous offrait ce même motif sous un ciel uniformément bleu. Ceci sera de l'art au premier chef, puisque l'homme s'ajoutera bien réellement à la nature.

N'admet-on pas en peinture que le paysagiste reste maître de la couleur, de la forme et du mouvement du ciel ?

Pourquoi ne laisserait-on pas la même liberté au photographe, du moment, bien entendu, qu'il se servira de phototypes de ciels obtenus directement sur la nature et non de ciels factices plus ou moins habilement peints à la main sur une lame de verre?

Toutefois, cette liberté de faire admise, faut-il encore que le peintre et aussi le photographe agissent avec circonspection et ne placent pas dans leurs ciels des nuages qui, météorologiquement et physiquement, ne sauraient se trouver dans le motif choisi, soit par leurs formes, soit par leur place, soit par la façon dont ils sont éclairés. Autrement, le mal naîtrait du mieux cherché. Mal d'autant plus grave qu'il tomberait sous le ridicule. Or quand le ridicule terrasse une œuvre ou un homme, ni l'œuvre ni l'homme ne parviennent à se relever.

Je crois donc qu'il demeure de première utilité pour un paysagiste, quel que soit le mode de reproduction qu'il emploie, de connaître ce que je me permettrai de nommer l'état civil des nuages. Cette utilité servira à la fois de prétexte et d'excuse à la parenthèse qu'elle m'oblige d'ouvrir.

Les nuages, d'après une classification déjà vieille et presque universellement adoptée, se rangent en trois catégories principales portant les noms de : cumulus, stratus, cirrus; cumulus, moutonné; stratus, strié; cirrus, bouclé.

Le cumulus, qui est la forme la plus commune des nuages, se rencontre généralement dans les régions médianes de l'atmosphère. Il est pour ainsi dire propre à la saison d'été. Jamais on ne le trouve dans un paysage d'hiver. Rarement

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on l'observe au-dessus de la pleine mer, à moins qu'il n'y ait été poussé par un vent de terre.

Le stratus afl'ecte la forme de longues bandes horizontales et continues augmentant de volume de la partie inférieure

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Photographie des cumulus. (Phototype de M. B. Wyles, h Soulhport.)

à la partie supérieure. Le plus souvent il ressemble à une sorte de brouillard ou de fumée s'élevant du sol par plans horizontaux. On le trouve situé dans les parties inférieures de l'atmosphère. Il est essentiellement particulier à la nuit, comme le cumulus l'est au jour.

Le cirrus, contrairement au stratus, se montre dans les régions élevées de l'atmosphère. Quelques météorologistes prétendent qu'il se compose de petits glaçons en aiguilles très ténues. Je songe d'autant moins à y contredire, que la vérité, en ce qui nous concerne, importe peu. Mieux vaut

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savoir, pour nous, que leur mouvement de translation suit le plus souvent une direction inverse de celle du vent régnant à la surface de la terre.

Ces trois types, combinés les uns avec les autres, donnent naissance à certaines variétés dont les principales sont : le

Photographie des cirrus. (Phototype de M. B. Wyles, à Southport.)

cumido-cirro-stratus, le cumtilo-stratus, le cirro-ciimuhis, le cirro-stratus.

Le cumulo-cirro-stratus, mieux connu sous le nom de nimbus, mélange toutes les formes, sans lui-même en affecter une nettement. Nuage essentiellement de pluie, il s'étale, pendant l'averse, en une nappe grise uniforme et se désagrège peu à peu, pour s'en aller en lambeaux effiloqués par le vent. Cet aspect déchiré constitue la caractéristique particulière de ce nuage sombre et éminemment orageux.

Le camiilo-stratus, qui, soit dit en passant, s'obtient très bien en photographie, couvre quelquefois tout le ciel. Il se

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compose de nappes horizontales, et sa partie inférieure est généralement marquée par une ligne horizontale qui le sépare nettement de la base du ciel.

Le cirro-cumulus, plus élevé dans l'atmosphère, communique au ciel cet aspect tiqueté connu communément sous le nom de ciel pommelé.

Le cirro-stratus, composé de couches minces qui se fondent sur les bords, se disperse en hachures dont les extrémités semblent converger vers l'horizon.

Si tous ces nuages diffèrent par la forme, ils diffèrent aussi par le mouvement. J'ai déjà dit que les uns se mouvaient en sens contraire du vent de terre. Le même phénomène existe pour tous les nuages très élevés. De plus,' cette direction n'est pas parallèle à la direction du vent terrestre, mais forme avec elle un certain angle.

Quant aux stratus, aux cumulus, aux cumulo-cirro-stratus et aux cumulo-stratus, ils suivent, dans les régions relativement plates, la direction du vent de terre. Dans les régions montagneuses, ils peuvent prendre les directions circulaires des cyclones.

Ces remarques devront s'imposer à l'artiste quand il voudra introduire des nuages factices dans son œuvre.

Cette longue digression nous prouve combien nous devons faire attention au choix d'un phototype de nuages, lorsqu'il s'agira de s'en servir pour impressionner le ciel de tel ou tel motif. Elle nous prouve aussi qu'afin de pouvoir opérer de cette façon, nous devons posséder une collection considérable de phototypes de ciels représentant, dans son ensemble, des nuages photographiques à tous les angles de l'horizon, à toutes les altitudes du soleil, car si la forme, si la direction d'un nuage a son importance, son éclairage aussi doit être en parfaite harmonie avec l'éclairage de la photocopie sur laquelle on songe à l'imprimer.

11 ne faut pas qu'un même ciel serve à tous les paysages, mais que le ciel de chaque paysage soit tel que le spectateur, je dirai plus, que le météorologue le plus scrupuleux ne puisse y trouver une invraisemblance.

Le meilleur moyen consiste donc à prendre le motif avec le ciel même sous lequel il se trouve pendant la pose, et à ne se servir d'un ciel étranger que lorsque le ciel du motif se

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trouvait sans nuage, et que la valeur de la photocopie gagnerait à en avoir. En dehors de ce cas particulier je n'admets pas ce mode de procéder.

En un mot, je vous recommande presque exclusivement l'effet naturel direct du ciel visible au moment où vous avez pris le motif.

J'ai entendu prétendre le contraire par des esprits éclairés sous prétexte que cette exclusivité tendait à soutenir que tout paysage se montre également beau en tout temps. Pour démontrer le mal fondé de cette objection ai-je besoin de rappeler que si le motif a été choisi, c'est qu'il possédait toutes les qualités esthétiques que nous avons précédemment examinées et que le ciel du moment concourrait également à sa beauté? A moins que nous ayons voulu prendre une vue de souvenir et non obtenir une épreuve artistique, un tableau en un mot.

Donc si le ciel existant au moment du temps do pose se trouve dans l'harmonie générale, il faut tâcher de l'obtenir, d'avoir ce que j'ai nommé le ciel naturel et direct du tableau.

Peut-on l'obtenir avec le tableau lui-même?

Parfaitement oui, et non seulement quelquefois mais toujours malgré, comme je l'ai dit, que la pose nécessitée pour l'obtention des terrains se trouve trop longue pour Fobtention du ciel.

En parlant de pose j'écarte donc le cas tout particulier de l'instantanéité. Toutefois, si vous opérez avant dix heures du matin ou après quatre heures du soir votre ciel se montrera toujours sur le phototype et sans bien grand effort de votre part.

Quoi qu'il en soit, les deux cas se présentent : obtention ou non-obtention du ciel sur le phototype. Or, comme nous devons toujours aller au pire, nous admettrons un instant que le ciel ne pourra pas être développé sur le phototype de façon à s'imprimer sur la photocopie en même temps que le motif.

Que faudra-t-il faire?

Nous servir du procédé de double insolation. Par conséquent consacrer deux plaques au même motif.

L'une posée, pour le ciel ; l'autre, moins posée pour les terrains. Avant d'insoler notre papier sous le phototype des

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