Voir : La Pratique en photographie
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LES EFFETS
Des effets de lumière. — Du maximum d'ampleur d'un effet. Comment on l'obtient dans la pratique. — Encore et toujours la surexposition. — Impression de soleil sans soleil apparent. — Le soleil dans le champ du tableau. — Le soleil sous les nuages. — Le soleil dans un ciel pur. — Sous bois. — Effets de neige. — Effets de pluie. — Marines. — Effets de lune.
Avec le procédé au gélatino-bromure d'argent l'obtention d'un ciel nuageux n'est pas la seule difficulté que l'on puisse tenter de vaincre en photographie. Le paysagiste se trouve à même d'oser la reproduction de tout ce qui peut concourir, au point de vue lumineux, à la beauté d'une œuvre d'art.
J'ai nommé la plus belle ressource de l'expression artistique : les effets de lumière.
Quels qu'ils soient ils demeurent, dès maintenant, à la merci de la photographie. Vous pouvez audacieusement planter votre objectif bien en face d'eux, les forcer de se peindre sur votre plaque, les y fixer par un développement raisonné. Le soleil lui-même ne peut se soustraire à vos tentatives audacieuses. Il vous appartient, aussi bien que le premier astre venu. C'est votre esclave, c'est votre chose, demeurez-en convaincu et marchez de l'avant.
Nous voici loin, n'est-ce pas, de l'ancienne théorie assi-j gnantau soleil le derrière de l'appareil comme place à peu près immuable ? Mais aussi quel horizon infini d'effets pittoresques et frappants s'ouvre devant, nous ! Nous pouvons donner à nos tableaux la sensation absolue de la lumière! Nous pouvons y montrer la source de lumière même !
A nous ces magnifiques ombres portées qui s'allongent de l'horizon jusqu'à l'avant-plan ; à nous ces clartés et ces vibrations qui sont le triomphe et semblent être restées le secret des grands peintres luministes ; à nous le tout fait] d'un rien, grâce à la beauté de l'éclairage. Laissons en! arrière ceux qui se complaisent à ne voir dans la photographie que la netteté physique ou la beauté chimique d'une;
LES EFFETS
épreuve négative ; laissons en arrière ceux qui se refusent à tenter l'obtention d'un bel effet dans la crainte qu'un léger voile ne s'étende sur leur phototype; laissons en arrière ceux qui s'épouvantent d'un halo probable, alors que le plus souvent sa production ne provient que d'un manque de soin. Allons de l'avant, sans cesse, toujours, là où notre goût nous conduit, où nous appellent nos aptitudes sensorielles d'artiste !
Très souvent, et je me suis expliqué là-dessus, un léger voile sur l'épreuve négative ne vaut pas qu'on le compte au point de vue technique; bien plus, dans la pratique, il peut favoriser l'insolation de la photocopie positive.
Et quand bien même j'aurais tort, que sont ces difficultés à vaincre pour un artiste soucieux de son art, sinon un attrait de plus dans la production de l'œuvre qu'il a rêvée, qu'il a vue, qu'il voit?
Existe-t-il en art quelque chose de plus ennuyeux que les sentiers battus ? Non, n'est-ce pas?
L'artiste de tempérament s'écœure à les suivre, l'amateur se désespère de les voir sans cesse dans les œuvres qu'on lui soumet.
Examinons donc quelques effets, voyons ensemble comment nous pouvons les saisir, les garder, les rendre. Ce simple examen suffira à vous convaincre que si ces effets peuvent être pris, d'autres analogues ou dépendants pourront Fêtre également. Les moyens employés pour les uns nous serviront pour les autres, soit par similitude, soit par analogie, soit par opposition, soit par combinaison.
Claude Lorrain et Turner, pour ne citer que ces deux grands luministes en matière de paysage, nous enseignent par leurs œuvres mêmes que la meilleure ordonnance, pour monter un effet à sa plus grande ampleur, consiste à opposer immédiatement, ou presque immédiatement, l'ombre la plus intense à la lumière la plus vive. Nous verrons, à propos du portrait, que ce secret est aussi celui de Rembrandt, le luministe par excellence de la figure.
Si donc nous rencontrons un motif ordonnancé à souhait et présentant la masse sombre de grands arbres, ou la tache géométrique d'une voile de bateau, directement devar»t le oleil, nous nous trouverons dans le cas de la lumière vives
opposée immédiatement à l'ombre intense, c'est-à-dire dans le cas de Ja plus grande ampleur de l'effet lumineux. Devonsnous, parce que le soleil, entre les ramures ou les vergues, pourra projeter ses rayons jusque dans la chambre noire, devons-nous nous priver de prendre ce motif? Nullement !
Il faut, au contraire, nous empresser de dresser notre chambre noire, de braquer notre objectif sur cet intéressant effet, En le mettant au point, si nous constatons que les rayons solaires, introduits dans la chambre, produisent ce que les romanciers décadents nommeraient une buée lumineuse, buée qui amènerait trop de manque de netteté dans la mise au point, trop de flou sur l'épreuve et un voile par trop certain et par conséquent peut-être trop intense, diaphragmons notre objectif de façon que cette buée disparaisse ou devienne presque nulle.
Puis, comme nous nous trouverons dans le cas d'une opposition violente, surexposons hardiment, c'est-à-dire que si le tableau des temps de pose nous donne cinq secondes, posons-en quinze, vingt et plus. Nous développerons ensuite d'autant plus lentement que la pose aura été plus longue avec un bain très dilué, fortement bromure, diminué dans ses constituants, en cherchant à faire monter les détails avant, ou tout au plus en même temps que l'intensité.
La méthode, je l'avoue, est assez délicate pour un débutant. Car on peut trop poser sans arriver à surexposer, c'est-à-dire arriver au moment précis où les grandes lumières impressionnées à fond se réimpressionnent à nouveau ainsi qu'il ressort des expériences de M. Janssen dont je vous ai parlé. Mais en étudiant avec soin ce côté délicat de l'Art en photographie, vous arriverez en somme, avec un peu de pratique, à vous rendre compte du moment où opère la surexposition nécessaire et suffisante pour la bonne harmonie de votre sujet *.
De cet effet de lumière violent que nous venons de voir, à la tentative de reproduire le soleil lui-même dans le champ du tableau il n'y a qu'un pas. Vous le franchirez d'autant plus vite que vos aptitudes sensorielles, constituant votre tempérament d'artiste, seront plus puissantes.
Si ce dernier effet présente toujours une grande curiosité, il ne faut pas en abuser ni le chercher quand même. D'abord