‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 69 sur 122 · VELAZQUEZ. — UN CARROSSE · texte numérisé non relu

VELAZQUEZ. — UN CARROSSE

(Collection Jovellano, à Gijon.)

(n° 1076), il a tout au plus six ans; debout, l’arme au poing, accompagné de deux chiens, il se campe, tout fier et tout crâne, et déjà, le sentiment de sa majesté gonfle sa petite poitrine ; ses hautes destinées se lisent dans son regard : il sera roi — ou torero.

Le Duc d’Olivarès, sur son alezan (n° 1069), est bien, au contraire, un homme d’action et de commandement, et c’est bien un homme, non un demi-dieu, cette fois. On croirait entendre le bruit de la bataille, au loin, et le son de cette voix impérieuse qui en conduit les

L’ART ESPAGNOL

épisodes, forte et vibrante, accompagnant l'éclair des yeux et l’emphase du geste. Et l’ensemble de la figure, dans son mouvement large, son aspect décoratif et la plasticité de ses lignes, a l’ampleur sculpturale d’une statue. La Reddition de Brédci, ou les Lances (n° 1060), pèche évidemment, en tant que tableau, par le manque d’effet dans la distribution de la lumière et la résonnance des tons; mais, au point de vue qui nous occupe en ce moment, l’œuvre est merveilleusement belle, encore qu’elle ne soit qu’une réunion de portraits, et non une composition véritable. Quelle intensité d’expression, obtenue uniquement par la justesse d’allure des personnages et la vérité caractéristique de leur physionomie! Comme vainqueurs et vaincus sont bien typés: ici, les Espagnols, nerveux, hautains, les yeux noirs, le teint bronzé; là, les Flamands, robustes, patauds, l’air bon enfant ! Et comme tout le drame se résume fidèlement dans l’action unique des deux généraux qui, au milieu de l’apparente indifférence des autres, dans le négligé d’arrangement de la scène, s’abordent, l’un, soumis, avec la dignité humble d’un gentilhomme ou d’un joueur qui, ayant perdu la partie, s’exécute galamment; l’autre, accueillant le perdant avec l’affabilité souriante, légèrement narquoise, d’un triomphateur généreux, lui mettant la main sur l’épaule, et semblant lui dire : « Mon brave, vous vous êtes bien battu; consolez-vous, cela ira mieux une autre fois » ; mais, au fond, jouissant de sa victoire et de l’abaissement de son rival !

Ainsi, tout est, chez Velâzquez, dans l’allure précise, rendue avec une intelligence rare, des personnages qu’il peint, et cette allure suffit à leur donner le sentiment, la vie, l’individualité; elle n’est point banale, point conventionnelle; elle n’est pas uniforme; elle s'accorde toujours avec la nature du sujet, sa condition et le milieu où il est représenté. A côté des portraits que j’appellerais d’apparat et de ses portraits d’action, d’autres sont tout pleins du calme et de la paix des intérieurs. Ces mêmes princes, que nous avons vus tour à tour dans leur rigidité de demi -dieux ou dans la pompe de leur prestige guerrier, superbes ou triomphants, dans l’encens ou dans la poudre, nous les retrouvons ensuite familiers, intimes, simples mortels. Philippe IV, en costume de chasse (n° 1074), l’Infant Don

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