‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 94 sur 122 · LES TEIGNEUX · texte numérisé non relu

LES TEIGNEUX

L’ART ESPAGNOL

dans les bras de saint François est une belle idée, toute pleine d'une vraie inspiration; la tête du Sauveur a du caractère, et l'ensemble est présenté d'une façon originale, qui ne manque pas de grandeur. L’ Allégorie de saint Augustin, évêque d’Hippone (n° 860), a du mouvement, du sentiment, beaucoup d'ampleur. Et dans tous les autres que nous avons cités plus haut, on reconnaît le tact d’un arrangeur habile, d’un metteur en scène adroit, d'un artiste de goût et de science, parfois ému. Mais on y cherche en vain ce qui fait les oeuvres puissantes. Quelle que soit la scène qu'il traite, Murillo reste partout un peintre élégant, dont l'élégance tombe dans la fadeur, et un coloriste timide, dont la timidité est de la mollesse. La religion catholique, à l’interprétation de laquelle il s’est voué, corps et âme, n'a plus rien, dans ses mains, de la sauvage et virile austérité de celle qu'interprétaient, hier encore, les vieux maîtres; le sang versé dans les prisons noires, les auto-dafé, la foi implacablement et rigidement souveraine, dont ils nous donnaient si vivement la sensation et que l'on devinait presque en regardant leurs œuvres, tout cela, Murillo semble l’ignorer... Son cœur plane en des régions célestes où les misères d’ici-bas n’ont point d’écho; il est plongé dans de profondes’ extases, qu’il rêve de nous faire partager. Le Dieu qu’il adore ne connaît point le Dieu de Moralès; c'est un Dieu paternel, bienveillant à tous, incapable du moindre mal, et qu’on ne craint pas, qu'on adore. Et à peine le voit-on, le Dieu de Murillo; quand il se montre, c’est pour ouvrir les bras avec tendresse à ses créatures prosternées, et toujours pour leur sourire, pour leur pardonner, pour leur mettre la joie dans l’âme, — jamais pour leur inspirer ni crainte, ni effroi. Mais il se montre peu ; il reste chez lui... C’est la Vierge qui reçoit. La Vierge est si affriolante; elle a, dans son ciel sidéré, tant de trônes d’anges et d’archanges; elle est si bien faite pour séduire et embabouiner les âmes pieuses, que c’est elle seule, presque en toute circonstance, que l’artiste charge d'apparaître aux faibles mortels, entourée de son cortège radieux de reine, de femme et de déesse. Murillo n’appartient pas à ce culte barbare, qui s’adresse aux naïfs et aux simples, et qui, pour pénétrer dans les intelligences, parle aux yeux un langage brutal. Son culte à

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