‹ L'Art et l'archéologieChapitre 12 sur 102 · INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DE ROME · texte numérisé non relu

INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DE ROME

de quelques artistes d’une grande école, et de deux ou trois savants obscurs, personne dans la patrie de Montfaucon, même parmi les lettrés, ne paraît éprouver un penchant bien vif pour l’antiquité flgurée.

Ce fait est remarquable. Mais ce qui l’explique, ce sont nos nouvelles mœurs littéraires : cette activité fébrile, ce besoin de produire et de se montrer sans cesse, ne saurait s’accommoder des veilles souvent stériles de l’antiquaire, forcé de s’adonner aux plus difficiles recherches. On s’effraye de ce labeur patient et acharné, de ce travail d’alchimiste auquel manquent les encouragements du public, qui est à mille lieues de cet ordre d’idées. Que de lectures avant de pouvoir écrire une seule ligne sur un monument figuré ! que de travaux préparatoires ! Edifices, statues, vases, médailles, inscriptions, l’antiquaire doit tout voir, tout étudier. Dans une science livrée à ce point aux hypothèses, et où l’induction joue un si grand rôle, ce n’est que par la comparaison assidue des monuments entre eux qu’on arrive à deviner ce qu’ils signifient. Dieu sait si l’effort doit être grand, aujourd’hui que leur nombre s’est prodigieusement accru!

Un éminent écrivain, M. Ernest Renan, citait naguère le portrait suivant, tracé par M. de Maistre; c’est celui de la science moderne, que l’auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg représente « les bras chargés de livres et d’instruments de toute espèce, pâle de veilles et de travaux, se traînant souillée d’encre et toute pantelante sur-le chemin de la vérité, en baissant vers la terre son front sillonné d’algèbre. » J’aurais à personnifier l’archéologie, que je la peindrais une loupe

à la main, promenant ses regards sur les sublimes reliques qui font sa joie. Surtout j’aurais soin de l’asseoir sous des lambris dorés, et voici pourquoi : en dépit de l’union la plus étroite avec le savant, elle garde toujours un sourire pour l’amateur riche et instruit. Les sacriQces que cette science exige sont parfois trop coûteux pour qu’elle puisse sc contenter en tout temps du manteau un peu troué de la philosophie. Ce côté, le côté faible, à mon avis, l’a rapprochée dans bien des circonstances du luxe intelligent d’une aristocratie éclairée. Pour mieux dire, le goût des arts, la culture élégante de l’esprit ont attiré vers elle les personnes de condition. Un des privilèges de l’archéologie, c’est de plaire aux grands seigneurs : le comte de Caylus et le comte d’Arundel, lord Pembroke et sir llamilton, M. de Choiseul-Gouffier et le cardinal Albany, le baron de Stosch et le duc de Blacas, le comte Alexandre de Laborde dont l’ardeur scientifique revit dans son fils, le comte de Clarac, qui a donné sa fortune en échange du plaisir de publier un grand ouvrage, et bien d’autres, témoignent éloquemment en faveur de cette disposition libérale des hautes classes. Le duc de Luynes, dont la main généreuse a si vaillamment soutenu les Annales', est le dernier rejeton de cette noble

1. En 1836, pour suppléer au retard apporté à la coDtiauatlon des publications de la direction romaine, les membres de la section française se constituèrent provisoirement pour publier de nouvelles Annales jusqu’au moment oit l'Inslilul de (tome serait en mesure de continuer son murre : deux volumes seulement (1836 et 1838) furent mis au jour. La rédaction en fut confiée à un comité composé de MM. Quatremère de Quincy, président ; le duc de Luynes, viceprésident ; F. Lajard, Ch. Lenormant, Letronne, Raoul Rochette el J. de VVitte.

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