L'ÉCOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES
(Journal da l’Instructian publique, 1863.)
Voici ce qu'on lisait dans le Journal des Débats du 25 août 1846 :
« On a récemment parlé d’un projet qui honorerait à la fois le gouvernement français et le gouvernement grec; il s’agirait d’établir un lien régulier entre l’Université de France et la patrie renaissante des Hellènes ; de mettre en rapport l’étude du grec en France avec cette étude retleurie au sein même de la Grèee; d’instituer en un mot une sorte de concordat littéraire entre notre pays -latin et la terre d’Athènes. «
Et, après avoir indiqué brièvement quels seraient les avantages attachés à la réalisation de cette idée, M. Sainte-Beuve ajoutait :
« Il semble que le résultat indiqué par ces considérations diverses, c’est qu’une École française, instituée à Athènes pour un certain nombre de jeunc-s architectes et de jeunes philologues, concilierait à la fois les intérêts de l’art et ceux de l’érudition. »
Le 11 septembre 1846, vingt jours après la publication de cet article, le vœu de l’éminent critique était en partie exaucé : une ordonnance royale, signée de .Salvandy, instituait une école de perfectionnement pour l’étude de la langue, de l’histoire et des antiquités grecques à Athènes.
L'École, suivant les prescriptions ministérielles, se composait d’élèves de l’Ecole normale supérieure reçus
L’KCüLE FRANÇAISE D’ATHÉNES. '.13
agrégés des classes d’humanités, d’histoire ou de philosophie, placés sous la direction d’un professeur de ’ Faculté ou d’un membre do l’Institut ; les élèves devaient passer deux années à Athènes , et même une troisièmes! le Ministre l’autorisait. Celui-ci se réservait le droit d’arrêter le programme des cours d’études et des travaux et de les réviser annuellement en conseil; enfin l’École d’Athènes pouvait ouvrir des cours publics et gratuits de langue et de littérature française et latine, et ses membres professer dans l’Université et les écoles grecques tous les cours compatiblesavec leurs études. C’estbien là, si je ne me trompé, ce concordat littéraire entre la terre d’Athènes et le pays latin, concordat annoncé par M. Sainte-Beuve. Telle est la première forme donnée à l’École d’Athènes, telle elle fut conçue dès l’abord par l’esprit élevé de M. de Salvandy.
J’ai hâte d’ajouter que, dès l'année 1847, quelquesuns des élèves les plus remarquables de l’École normale s’embarquèrent avec joie pour Athènes. Ardents, pleins d’espoir, soutenus dans cet exil volontaire par M. Daveluy, mis à leur tête, et protégés en outre par M. Piscatory, ministre de France en Grèce, ils ont prouvé, dès le début, par quelques travaux distingués, qu’ils étaient dignes d’inaugurer cette fondation d’une colonie universitaire sur le sol le plus classique de toute l’antiquité.
Toutefois, deux ans s’étaient à peine écoulés, et déjà l’on commençait à sentir que les bases delà nouvelle institution devaient être non-seulement affermies maisélargies ; on comprenait qu’il y avait là un prin-
94 ARCHÉOLOGIE CLASSIQÜK.
cipc (le vie scientifique, un terrain vierge et riche à féconder; ce qui n’avait été entrevu que faiblement dès l’abord, on le vit clairement. Donner une impulsion plus forte à cette École, régulariser ses travaux, c’était un devoir pour ceux qui se trouvaient chargés des destinées de la jeune colonie : aussi, pour répondre aux nécessités de la situation, le successeur de M. de Salvandy, M. de Parieu, averti à temps, rendit un arrêté (26 janvier 18S0) dont les termes sont assez remarquables pour qu’on veuille bien nous permettre de les rapporter ici textuellement :
« L’Ecole française d’Athènes, y est-il dit, devant sa naissance à une pensée analogue à celle qui a fondé l’École de Rome, dont les élèves envoient chaque année à l’Académie des beaux-arts des travaux qui donnent la mesure de leur application et de leurs progrès ; considérant en outre qu’il importe à l’avenir de l'École et à l’avenir de ses membres que cette institution ne demeure pas stérile, mais qu’elle fournisse à l'érudition des résultats sérieux et publiquement constatés, arrête : Chacun des membres de l’École française d’Athènes sera tenu d’envoyer, avant le d" juillet de chaque année, au Ministre de l’instruction publique et des cultes, un Mémoire sur un point d’archéologie, de philologie ou d’histoire, choisi dans un programme de questions que l’Académie des inscriptions et belleslettres sera invitée à présenter à l’approbation du Ministre. »
On le voit, il ne s’agit plus ici simplement d’une École de langue et de perfectionnement, il s’agit de quelque chose de plus large encore, de plus vivant :