ÉCOLE FRANÇAISE D’ARCHÉOLOGIE, A ROME
(Tourna/ des Débats^ 21 février 1873.)
Je n’osais pas l’espérer, le vœu que j’ai exprimé ici il y a quelques mois* vient d’étre exaucé. En effet, sur la proposition du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, le Président de la république a décrété, le 23 mars dernier, l’établissement à Rome d’une École française d'archéologie^ et pour donner à cette École l’impulsion et la vie, on a fait cho ix d’un habile antiquaire, en même temps littérateur et voyageur; d’un homme jeune, très-actif, très-conciliant et fort apprécié dans le monde des Académies : j’ai nommé M. Albert Dumont.
Je ne me le dissimule pas, les esprits sont ailleurs . La gravité du présent les enlève au passé. Et cependant comment ne pas remercier M. Jules Simon de cette mesure, une des dernières de son ministère. M. Jules Simon, qui aime les idées généreuses, qui les a favorisées autant que possible quand il était au pouvoir, ce sera gon honneur, M. Jules Simon, disons-nous, a pensé que le meilleur moyen de faire refleurir une branche d’étude implantée en France il y a plus d’un siècle serait de pousser un certain nombre des meilleurs élèves de l’Uuiversité vers l’antiquité figurée, c’est-à-dire vers une science en veine d’activité et de progrès en Italie et en Allemagne, en Allemagne sur-
. Journal des Débats du 13 octobre 1872.
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tout, et gr;\ce à laquelle l’étude des anciens est rajeunie ou plutôt régénérée.
L’idée d’établir à Rome uneécole d’archéologie n’est pas neuve, elle s’est présentée à bien des esprits. Et, tout dernièrement encore, elle a été' préconisée par un philosophe dont la haute intelligence est ouverte aux beaux-arts, par M. Ravaisson. En effet, qu’est-ce donc que Rome, si ce n’est le gouffre où vinrent s’engloutir successivement tous les trésors du monde antique ? Que n’a-t-on point trouvé depuis Jules II dans cette classique poussière et que ne trouve-t-on point tous les jours ! L’imagination peut-elle se figurer ce qu’on découvrirait’ si le limon du Tibre était à sec !
En 1825, un antiquaire allemand, dont le vaste savoir et l’étonnante activité ont laissé des traces profondes, Édouard Gerhard, persuada à quelques amis de s’unir pour former une Société qui devint quatre ans plus tard cette grande association dite delC.Instituto di corrispondenza nrcAeo/oyica. Charles Bunsen, ancien secrétaire de Niebuhr, et qui fut sou successeur comme chargé d’affaires de Prusse près du saintsiège, l’ingénieux et hasardeux Panofka, le jiaron de Stackelberg, antiquaire et artiste à la fois, et d’autres personnes dévouées à la science formèrent le noyau de V Institut de correspondance. En 1829, l’association était formée. Elle imprimait un Bulletin mensuel et des Annales, et elle avait trouvé, dans les classes les plus élevées et les plus éclairées de la Société européenne, de puissants appuis et de savants collaborateurs.