ÉCOI-E FRANÇAISE D’ARCHÉOLOGIE, A ROME
Parcourez la’ liste des Associati, memhri onorari et ordinari à cette date de 1829, vous y verrez figurer les deux aristocraties, celle de la naissance et celle des lumières. Souvent vous les trouverez réunies. Entête, comme protecteur de l’Association, paraît le prince héréditaire de la couronne de Prusse (Frédéric-Guillaume IV), un enthousiaste de la science et des arts, un triste roi par exemple ! Au-dessous figure la princesse Hélène, grande-duchesse de Russie ; puis deux ducs, le duc de Luynes et le duc de Blacas : le premier un grand antiquaire, et par les manières un grand seigneur du siècle dernier; le second, un serviteur fidèle des Bourbons, et un vrai connaisseur, comme le prouve la précieuse collection formée par ses soins, et, à notre préjudice, achetée par l’Angleterre, Vous trouverez aussi le nom d’une des puissauces intellectuelles du siècle, celui de Guillaume de Humboldt, et, mêlé aux noms plus ou moins obscurs d’une série de diplomates, ce nom glorieux ; le vicomte de Chateaubriand.
Letronne, Raoul Rochette, Quatremère de Quincy et un certain nombre de nos compatriotes prirent dans l’Association la place que leur assignaient leur mérite et leur spécialité. Le duc de Luynes fut mis à la tête de la section française, et l’on décerna au duc de Blacas le titre de président de l’Association tout entière. L’inlluence de la France était grande alors; aujourd’hui cette influence est détruite. Inféodé à l’Académie des Sciences de Berlin, Vlmtituto di corrispondenza est tout prussien en 1873 ; aussi, peu à peu les rangs se vident. Ce qui restait de collaborateurs français se rc-
tire doucement. Il ne leur convient plus d’être membres d’une Société qui trahit, en dépit des convenances obligatoires, son dédain tout germanique pour le reste de l’univers.
Il faut le reconnaître, Édouard Gerhard a fait ici une de ces brillantes tentatives qui avancent une science de deux siècles. Fonder une publication périodique qui compte pour ainsi dire tous les pas de l’archéologie, signaler les fouilles sur tous les points du territoire classique, resserrer le lien entre deux études déjà connexes, celle des monuments et celle des mythologies, montrer en plein l’importance de la céramique des anciens, dresser l'inventaire des musées, noter leurs acquisitions, étudier la topographie des cités célèbres ou de certaines provinces, appeler à soi la coopération des archéologues de tous les pays, quel beau projet ! Le succès a répondu aux espérances, et Édouard Gerhard s’est fait un renom qui restera. Quarante ans et plus ont passé surl’/«s<i<M< de correspondance i non-seulement il dure encore, mais il vit et paraît même vouloir vivre longtemps.
Ce coup d’œil rétrospectif était nécessaire, avant de parler de notre nouvelle École d’archéologie, pour mieux faire comprendre en quoi elle pourra différer de VInstitut de correspondance et par quels sentiers elle pourra s’en rapprocher. Et d’abord l’école française est toute simple, toute démocratique ; elle ne possède pas le moindre duc, le plus mince ambassadeur. Elle ne s’adresse point à l’Europe, ni à cette exquise société romaine qui tendit à Gerhard une main amie. Si elle vit, ce sera par sa force intérieure, par