‹ L'Art et l'archéologieChapitre 30 sur 102 · BihHcai Researchi*.^ in PalRstine, l. II, p · texte numérisé non relu

BihHcai Researchi*.^ in PalRstine, l. II, p

trouvé sur sa route, dans le pays de Moab, un chapiteau d’une facture assez étrange. « Un pareil chapiteau, dit-il, n’a qu’une analogie fort éloignée avec le chapiteau ionique, et ceux qui l’ont taillé étaient à coup sûr de véritables sauvages qui ont plus probablement précédé que suivi les artistes grecs auxquels nous devons les belles proportions de l’ordre ionique. » La vue de ce chapiteau sur le sol arabe, au milieu de ruines que M. de Saulcy considère à priori comme antérieures aux civilisations grecque et romaine, paraît avoir été pour le savant voyageur un véritable trait de lumière. De là découle en grande partie sa théorie si neuve sur l’architecture hébraïque en général, dont il nous a donné un aperçu en traitant de l’origine du tombeau des rois ; « Il n’est pas douteux, dit-il, que le rocher dans lequel est taillé le vestibule des Qbourel-Molouk n’offre des triglyphcs et des patères ; de plus les moulures dont la corniche est surchargée ont bien l’élégance des moulures grecques ; mais qui pourrait affirmer que les ordres dorique et ionique sont d’invention grecque? » Qui pourrait affirmer, dirons-nous de notre côté, que les ordres dorique et ionique sont d’invention hébraïque, ou du moins ont passé par la Judée avant d’arriver à la Grèce? Personne, nous avons le regret d’être contraint de le dire, personne, si ce n’est M. de Saulcy, s’appuyant sur une autorité toute récente, celle de M. Prisse d’Avesnes, qu’il cite un peu trop longuement. M. Prisse d’Avesnes est l’auteur d’une histoire inédite de l’art chez les anciens Egyptiens, où il fait voir que les Grecs, aussi bien que les Hébreux, out reçu leur architecture de

U6 ARCHKOLOOIE ORIENTALE.

l’Égypte, en vertu « de certaines transmissions des idées et des styles des peuples majeurs à tous les peuples en travail de civilisation, » d’où il suivrait inévitablement que l’architecture grecque est la sœur cadette de l'architecture hébraïque. Appliquez maintenant cette théorie au tombeau des rois, et vous reconnaîtrez que les patères et triglyphes qui en ornent l’entrée, en dépit de leur caractère hellénique, émanent des architectes de Salomon.

On ne peut qu’applaudir au louable dessein de M. Prisse; mais prétendre que l’Égypte a procréé l’art architectural non-seulement chez les Phéniciens, les Hébreux, les Assyriens, mais encore chez les Grecs, c’est s’exposer à être vivement et sérieusement combattu. Et d’abord, les monuments phéniciens et hébraïques qui pourraient servir de point de comparaison et fournir témoignage sont restés complètement inconnus jusqu’à ce jour. Secondement, il n’est pas permis d’oublier que les relations entre l’Égypte et la Grèce ne datent que de six cents ans avant l’ère chrétienne, et ne remontent point au delà du règne de Psammitichus. La race égyptienne, sédentaire outre mesure, avait peu d’inclination pour les expéditions lointaines. La mer l’effrayait à ce point que les Pharaons n’avaient pas un seul port sur la Méditerranée ; aussi pendant longtemps les côtes septentrionales furent-elles fermées aux étrangers comme l’est encore le Japon. 11 est à croire que les prêtres de ce pays, qui avaient quelque intérêt à capter les Grecs, dont l’influence croissante les inquiétait, se sont plu à créer entre les deux peuples certaines assimilations de religion et

JKnOSALEM ET LA MER MORTE. )47

d’origine, as&imilàtions factices qui ont égaré tant d’érudits. Je crains que M. Prisse d’Avesnes, à l’exemple de ses devanciers, ne s’y soit laissé surprendre ; mais alors que fera-t-on de ces corporations d'artistes, de ces pontifes lithotoniistes qu’il dirige sur l’Hellade pour y porter tous les arts ? On sera forcé de les renvoyer, dans le pays des fables, rejoindre les colonies égyptiennes de Cécrops ou de Danaüs.

Il y a des savants, gens de mérite, fort éloignés de s’enrôler sous la bannière de M. Prisse, qui croient cependant, — les uns, que la sculpture grecque procède de l’Égypte, — les autres, que l’école éginétiqüe est fille de l’Assyrie. Ils ignorent que tout simplement ils s’essayent à combler un abîme, celui qui sépare l’idée de la réalité. Mais comment a-t-on pu supposer que l’incomparable souplesse de l’art grec, que sa variété Infinie ne nous offraient rien autre chose que le simple développement d’un germe oriental ou égyptien? Comment n’a-t-on pas vu qu’il était impossible qu’une Hberté si charmante eût pris naissance au sein de la lourdeur asiatique ou de la rigidité égyptienne? Un art qui n’a que des muscles ne peut rien enfanter de délicat ou de subüme. Comment n’a-t-on pas songé que ce génie plastique, auquel il a suffi de quelques siècles pour toucher à la perfection, ne pouvait rien emprunter à cet autre géme plastique qui, au lieu de se développer, s’est borné à tourner, pendant des milliers d’années, dans le cercle que le sacerdoce, d’une main inexorable, lui avait tracé? Si quelquefois, quand on remonte le cours des âges, on est frappé d’un faux air de famille entre des ceuvres d’essence si différente.

ARCHKOLOQIË ORIENTALE.

ceci provient de ce que partout, au début, les difficultés pratiques arrêtent et maîtrisent l’essor du talent. Les arts, en tout pays, ont eu leur enfance ; aussi, les monuments de la première heure paraissent-ils tous jumeaux.

Comment M. de Saulcy, lui, l’habile antiquaire, n’a-t-il pas été ébranlé par des considérations de cette nature? Il est vrai que nous aurions été privés de ce sarcophage transporté des Qbour-el-Molouk au Louvre sous ce titre imposant : Tombeau du roi David! Avouons que la perte n’eût pas été irréparable. Rien que pour sauver l’honneur de la sculpture hébraïque, il faudrait contester l’origine donnée à ce morceau*. Qu’on se figure une longue bière dont le couvercle

1. CetUi origine deviendraU cent fois pius douteuse, s'ii était vrai qu'un sarcophage sans inscription, trouvé près de Beyrout et placé nouvellement dans une des salles de la sculpture assyrienne au Louvre, est pliénicien. En eiTet, rien de plus dissemblable que ces deux monuments. Si le sarcophage de Jérusalem ressemble à une bière, le second, qui rappelle la gaine égyptienne, offre à l’une de ses extrémités une tète de lemmc dont les cheveux sont bouclés à la manière des statues d'Ëgine. Il est impossible cependant de reconnaître dans cette tète l’art phénicien. Entre les sculptures d'origine asiatique qui sont dans la même salle et celle de Beyroul, le contraste est frappant. ‘ \ Ce bel ovale, cette ligne du front et du nez si peu tourmentée, ces grands plans et cette grâce qui décèle partout la Grèce, excluent, nous le répétons, dans le monument de Beyroul toJle idée d'art phénicien. Sous le règne d'Auguste, Bery tu avait cessé, d'ètre phénicienne, et l’a^t mélangé de l'époque impériale ou l^^aprice d'une famille riche a pu produire le nouveau sarcophage du Louvre, Il nous semble que la première condition pour décider qu'un monument appartient à l'art pliénicien, c’est de connaître ect art. Or en est-on là ? Ü’ailleurs, si l’érudilion invitait plus souvent les artistes à prendre la parole dans des questions qui reposent spécialement sur l'appréciation des caractères et des styles pour les oeuvres plastiques, elle ferait preuve de sagesse et de bon guOt.

arrondi est orné de larges bandes où se déroulent des rinceaux de pampre entremêlés de grenades et de coloquintes; ciseau maladroit, ornementation recherchée, goût douteux, détails trop nombreux, voilà ce que montre cette œuvre bizarre, marquée du sceau de la décadence. C’est de Byzance, mais non de Jérusalem, qu’elle évoque le souvenir.

Au nombre des arguments réunis par M. de Saulcy pour faire naître la conviction dans l’esprit de ceux qui le lisent, il en est un sur lequel il fonde beaucoup d’espérances : c’est dans la tradition qu’il puise cet argument. Que cette tradition soit juive, chrétienne ou musulmane, cela lui importe peu. Du moment où elle tient au pays, il n’en faut pas davantage pour que le voyageur l’accueille sans défiance. Que la tradition orale soit aussi oublieuse que capricieuse, voilà, d’un autre côté, ce que certains témoignages donneraient à croire'. Un célèbre voyageur arabe, Ibn-Batoutah“, a fait le procès à la tradition orale musulmane en racontant l’anecdote que voici : « Un certain iman, qui avait des doutes sur l’authenticité de ces tombeaux, — il s’agit des tombeaux d’Âbraham, d’Isaac et de Jacob à Hébron, — entra dans la grotte, et se tint debout

1 . Ce qui est certain, c*est que ]a tradition, au quatorzième siècle, ne voyait nullemenl dans les grottes rovales la tombe des rois de Juüa. On peut consulter à ce sujet Titinéraire d’Isaak Chelo, Juif portugais fort instruit, qui s’établit à Jérusalem en 1333. • Les sé> pulcres de la maison de Darid, dil-ii, qui étaient sur la montagne de Sion, ne sont plus connus aujourd’hui ni des Juifs ni des musulmans. Tarer ne sent point les tombeaux des rois... Ces derniers sépulcres... sont près de la caverne de Ben-Syra. » — Voyez Carmoly, Itinéraires de la Terre-Saintef 1847, p, 238.

Page 1